L'économie sociale (et solidaire): le déni d'existence?

Voici un écrit qui ne tentera pas d’expliquer mais qui cherche à comprendre. L’initiateur de cette discussion espère naïvement que d’autres contributeurs pourront lui fournir des arguments qui l’éclaireront.

Voici un écrit qui ne tentera pas d’expliquer mais qui cherche à comprendre. L’initiateur de cette discussion espère naïvement que d’autres contributeurs pourront lui fournir des arguments qui l’éclaireront. A quel sujet? L’économie sociale donc. Et si je mets entre parenthèses le mot solidaire c’est par sympathie envers ma professeure, Mme. Michèle Severs, également présidente de la CRES de Champagne-Ardenne (Chambre Régionale d’Economie Sociale), qui considère que l’économie sociale est par essence solidaire. Soit. Mais qui connaît l’économie sociale ?

 

Après une licence d’Histoire à la Sorbonne et une première année de recherche en maîtrise, qui m’a fortement éloignée des chances d’aborder cette notion, je suis confus de découvrir presque fortuitement les principes et l’existence d’un autre type d’économie.

 

Définie comme le « tiers-secteur » par Alain Lipietz, alors chargé d’organiser une consultation auprès des acteurs de terrain sous le ministère de Martine Aubry en 1999, cette économie rassemble différents mouvements qui se sont regroupés autour du concept d’économie sociale avec l’adoption d’une charte en 1979 (Cf. le premier lien en fin de billet). La première charte de l’économie sociale, rédigée à l’initiative du regroupement des différentes familles, le CNLAMCA : Comité National de Liaison des Activités Mutualiste, Coopératives et Associatives. On a là la liste des différentes entreprises que regroupe le tiers secteur, auxquelles il convient d’ajouter les fondations de ces entreprises. Car toutes les fondations ne se réfèrent pas aux principes de l’économie sociale.

Le 10 mai 1995 le CNLAMCA précise ses missions et la nature de ses actions dans une deuxième charte (Cf. le deuxième lien).

 

En dehors des particularités de chacune des familles qui composent l’économie sociale, un certain nombre de principes sont communs, issus de pratiques économiques alternatives développées au cours du XIXe siècle en réaction aux conséquences induites par la révolution industrielle et une certaine forme de capitalisme. Face à la misère ouvrière, ouvriers, théoriciens, humanistes réfléchissent et/ou expérimentent des pratiques économiques répondant à d’autres paradigmes.

Apparaissent alors des sociétés de secours mutuel, mères du mutualisme, et des systèmes coopératifs qui mettent en commun les outils de travail et favorisent le travailleur. Petit à petit ces mouvements se structurent et développent leurs particularités, se transforment, ou pas, et renforcent leurs pratiques.

En 1901 est aussi adoptée la loi relative au contrat d’association, sans but lucratif.

 

Pour plus d’informations sur ce tiers secteur et à ses principes, se référer à des ouvrages comme celui de Danièle Demoustier que j’ai particulièrement apprécié (L’économie sociale et solidaire, La Découverte) ou de Jean-François Draperi, auteur prolifique et professeur au CNAM. Pour une première approche, chercher sur Internet permet l’accès aux informations de base !

 

Mais revenons à notre propos.

 

Etablir une relation entre ces pratiques, ces expérimentations et les courants politiques de l’époque n’est pas chose aisée. Il est cependant évident qu’aucun de ces courants ne se réclamaient des théories classiques qui rejettent toute entrave à la liberté d’entreprendre dans un système économique ou le marché s’autorégule : la misère ouvrière était justement due à ce manque de contrôle et de législation étatiques assurant des droits aux travailleurs.

Les mouvements marxistes voyaient d’un mauvais œil les structures coopératives par exemple, dans lesquels ils analysaient la formation d’un corps d’ouvriers capitalistes.

A mon humble avis et sans grande maîtrise des théories économiques et politiques, j’émets l’avis que le courant chrétien-démocrate devait être le plus proche de ces mouvements…Puis le courant social-démocrate.

 

Il n’empêche, les pratiques économiques développées par ces mouvements mutualistes, coopératifs puis par les associations, qui peuvent tout aussi bien réaliser du chiffre d’affaires et dégager des excédents de gestion, des bénéfices, et qui ont prospéré, nous offrent de nombreuses alternatives au système hégémonique ambiant qui veut que la recherche de profit soit la priorité n°1 de toute activité économique.

Et sans même s’installer dans une posture d’opposition comme je viens de le faire, ces pratiques économiques existent (les entreprises de l’économie sociale représentent 10% du PIB national) et méritent d’être enseignées !

 

Titulaire donc d’une licence en Histoire, au cours de laquelle j’ai eu la chance de suivre des cours en économie politique, j’ai pu entendre parler de théoriciens et praticiens qu’on classe dans le mouvement utopique. Mais rien de plus. Le terme d’économie sociale et les mouvements coopératifs, mutualistes et associationniste : rien. En première et terminal ES, spécialité Sciences Economiques et Sociales, le même déni d’existence.

Puis ma rencontre cette année avec une jeune doctorante qui s’est formée et a obtenu une licence et un master en économie m’a révélé que même dans cette filière de formation, rien sur l’économie sociale. C’est le comble. Interrogeons donc les étudiants en école de commerce et de management : toujours rien. Ca en devient désespérant.

 

Ce n’est pas de promotion de l’économie sociale dont je fais ici une demande. Je m’indigne (oui, c’est d’époque) que l’école de la République, qui se doit d’être neutre envers les opinions religieuses, politiques, économiques, etc. et qui se doit d’enseigner avec une vision la plus large possible ne remplisse pas son rôle. L’économie recouvre bien plus de pratiques que celles qui sont découvertes lors de la formation des étudiants de notre pays. A l’heure où le système économique actuel enclenche d’innombrables problèmes dans notre société, il est bien dommage que la créativité de la jeunesse ne soit pas influencée, aussi, par ces pratiques.

 

Je voulais ici faire la lumière sur cette économie, en faire une première approche. Il existe de nombreuses problématiques et les sujets de discussion sur cette économie sont nombreux pour qui évolue dans ce secteur et y a accès.

Je me pose aussi la question du pourquoi ces pratiques économiques ne sont pas enseignées.

J’y pense en terminant cet article… C’est avec des fonctionnaires et des élus qui se dédient à l’éducation que je devrais poser la question…

Ou alors faire de l’éducation populaire pour que ça se sache.

 

 

Charte de 1979 : http://uce.universite-cooperative.coop/images/pdf/CharteCNLAMCA.pdf

Charte de 1995 : http://cress-bn.org/upload/charte_1995.pdf

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