Jérôme Daquin
Journaliste en liberté, animateur d'ateliers d'écriture, écrivain public
Abonné·e de Mediapart

93 Billets

0 Édition

Billet de blog 2 avr. 2012

Menace d'abstention massive? La belle affaire...

Jérôme Daquin
Journaliste en liberté, animateur d'ateliers d'écriture, écrivain public
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ca y est ! Nous y voilà ! C’est l’heure de la menace qui pèserait prétendument sur la démocratie : celle d’une abstention massive.  Une fois que les électeurs semblent, selon les commanditaires des principaux sondages depuis un an, se répartir là où on voulait qu’ils aillent l’heure est à la cristallisation (supposée) de l’opinion.

Pour amener les Français là où ils voudraient qu’ils aillent, les «principaux» candidats ont fait usage sans vergogne de tous les paradoxes, le sortant faisant, par exemple, un éloge à peine voilé de Mélenchon en espérant emmerder Hollande. Mais maintenant, c’est fini, l’heure est revenue à l’affrontement droite-gauche à la papa : Bayrou, nous dit-on n’existe plus, passant miraculeusement de 16 à 10%, et on fait comme si ses électeurs étaient a priori de droite, et le candidat du Front de Gauche, passé non moins miraculeusement de 7% à 15%, incarne désormais la «terreur», selon la patronne du Medef.

A ce propos, vous avez remarqué la lenteur avec laquelle évoluent les pourcentages des des candidats UMP et PS, ou ceux des «petits» (qu’ils me pardonnent!) candidats qui gravitent entre 1% et 2%. En comparaison, les pourcentages de Mélenchon, Bayrou et de la fifille à son papa (et seulement les leurs) font du saut à l’élastique! Et on voudrait nous faire croire que les sondages sont un travail sérieux : une fois de plus les électeurs sont des crétins supposés (au sens de suppositoire).

L’abstention menace, donc.  Ainsi, les hésitants de gauche, de peur de voir Hollande rater le deuxième tour pour cause de trop forte percée de Mélenchon voteront direct pour le candidat PS au premier tour. Les hésitants centristes qui veulent chasser le sortant voteront pareil Hollande au premier tour, pour assurer, quoi. Quant aux hésitants de droite qui auraient bien voté Bayrou, quand même plus présentable que l’actuel tenant du titre, mais qui ont encore peur des sans-culotte et de la guillotine (on a les chars soviétiques qu’on peut, hein?), ils voteront quand même pour le mari de la chanteuse, même s’ils le détestent. Ca s’appelle le vote utile, mais en fait, c’est un piège.

C’est un piège parce que, cette menace d’abstention massive arrive à point nommé. Pas tellement pour le président-candidat, qui n’est quand même pas assuré de l’emporter en finale (heureusement!), mais pour ceux qui ont entraîné les électeurs dans ce piège, j’ai nommé les instituts de sondage qui ont parfois posé les questions un peu sommairement, à des «échantillons représentatifs» un peu étriqués (moins de 1.000 personnes le plus souvent, représentatives de plus de 40 millions d’électeurs !), et dans des conditions pas très précises : ont-ils appelé des titulaires de lignes fixe? de téléphones portables? etc. Les sondeurs, en effet, doivent penser à l’avenir. A leur avenir. Et, quelque soit le résultat de l’élection, il faudra qu’ils puissent justifier de l’écart prévisible entre ce dit résultat et leurs prédictions. 

J’écris «prévisible» parce que, comme en 1995 (avec Chirac devant Balladur et Jospin en tête au premier tour, double plantage prévisionnel), comme en 2002 (avec Le Pen arrivant inopinément en deuxième position), comme en 2007 (avec Le Pen donné à 16% et arrivant en fait à 10% et Bayrou donné à 13 % et arrivant à plus de 18%), il leur faut se ménager une porte de sortie, histoire de ne pas mettre la clef sous la porte, mais surtout afin d’organiser un énorme rideau de fumée qui cachera le fait qu’ils auront tenté d’influencer le vote en suscitant craintes et rejets de part et d’autre...

L’abstention, nous dit-on depuis ce matin, pourrait atteindre 32%. Dont acte.

Mais la menace d’abstention est en tout cas bien pratique pour les instituts de sondages en ce sens que, qu’elle soit en deçà ou au delà de ce seuil, elle permettra d’expliquer les écarts scandaleux entre les scores réels des candidats au premier tour et les prévisions des uns et des autres. Que Mélenchon ou Bayrou atteignent en fait 10% ou 25% le 22 avril, que le sortant et Hollande n’atteignent en fait que péniblement 22-23%, ou plus de 30% chacun ou que la candidate du FN fasse 12 ou 18%, qu’importe! L’excuse à double face est déjà prête à être débitée à longueur de soirée électorale : «Nous avions misé sur une abstention beaucoup plus importante», si elle s’avère finalement n’atteindre que 27 ou 28%, ou «Nous ne pouvions pas prévoir une abstention aussi forte», si elle tourne autour de 35-36%!

C’est l’abstention, rigoureusement absente de tous les sondages depuis un an jusqu’à ces derniers jours, qui expliquera de toutes façons les différences criantes entre les sondages et les résultats réels. C’est pour ça que d’ici le 22 avril, vous allez voir, on ne vous parlera que d’elle....

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Afrique
Kenya : le pays suspendu à des élections à haut risque
Mardi 9 août se déroulent au Kenya des élections générales. Alors que la population fait face à une crise économique et à une forte hausse des prix, ce scrutin risque de déstabiliser ce pays clé de l’Afrique de l’Est. 
par Gwenaelle Lenoir
Journal — International
L’apartheid, révélateur de l’impunité d’Israël
Le débat sur l’existence ou non d’un système d’apartheid en Israël et dans les territoires palestiniens occupés est dépassé. L’apartheid israélien est un fait. Comme le confirme l’escalade des frappes et des représailles autour de la bande de Gaza, il est urgent désormais de mettre un terme à l’impunité d’Israël et de contraindre son gouvernement à reprendre les négociations.
par René Backmann
Journal — Proche-Orient
Au moins trente et un morts à Gaza depuis le début de l’offensive israélienne
Parmi les victimes des frappes visant la bande de Gaza figurent six enfants et des dirigeants du groupe armé palestinien Djihad islamique. L’armée israélienne parle d’une « attaque préventive ».
par La rédaction de Mediapart (avec AFP)
Journal
Au Pérou, l’union du président de gauche et de la droite déclenche une déferlante conservatrice
Sur fond de crise politique profonde, les femmes, les enfants et les personnes LGBT du Pérou voient leurs droits reculer, sacrifiés sur l’autel des alliances nécessaires à l’entretien d’un semblant de stabilité institutionnelle. Les féministes sont vent debout.
par Sarah Benichou

La sélection du Club

Billet de blog
A la beauté ou la cupidité des profiteurs de crise
Alors que le débat sur l'inflation et les profiteurs de la crise fait rage et que nous assistons au grand retour de l'orthodoxie monétaire néolibérale, qui en appelle plus que jamais à la rigueur salariale et budgétaire, relire les tableaux d'Otto Dix dans le contexte de l'Allemagne années 20 invite à certains rapprochements idéologiques entre la période de Weimar et la crise en Europe aujourd'hui.
par jean noviel
Billet de blog
Réponse au billet de Pierre Daum sur l’exposition Abd el-Kader au Mucem à Marseille
Au Mucem jusqu’au 22 août une exposition porte sur l’émir Abd el-Kader. Le journaliste Pierre Daum lui a reproché sur son blog personnel hébergé par Mediapart de donner « une vision coloniale de l’Émir ». Un membre du Mrap qui milite pour la création d'un Musée national du colonialisme lui répond. Une exposition itinérante diffusée par le site histoirecoloniale.net et l’association Ancrages complète et prolonge celle du Mucem.
par Histoire coloniale et postcoloniale
Billet de blog
Michael Rakowitz, le musée comme lieu de réparation
À Metz, Michael Rakowitz interroge le rôle du musée afin de mettre en place des dynamiques de réparation et de responsabilisation face aux pillages et destructions. Pour sa première exposition personnelle en France, l’artiste irako-américain présente un ensemble de pièces issues de la série « The invisible enemy should not exist » commencée en 2007, l’œuvre d’une vie.
par guillaume lasserre
Billet de blog
Deux expos qui refusent d'explorer les réels possibles d'une histoire judéo-arabe
[REDIFFUSION] De l’automne 2021 à l’été 2022, deux expositions se sont succédées : « Juifs d’Orient » à l’Institut du Monde Arabe et « Juifs et Musulmans – de la France coloniale à nos jours » au Musée de l’Histoire de l’Immigration. Alors que la deuxième est sur le point de se terminer, prenons le temps de revenir sur ces deux propositions nous ont particulièrement mises mal à l'aise.
par Judith Abensour et Sadia Agsous