Un fond d’UBS dans la tourmente

Les 107.000 clients souscripteurs des parts du fonds UBS Wealth Management Global Property fund (GPF) sont dans l’impossibilité de vendre leurs parts depuis fin 2008 ! Ayant confié leur épargne « déclarée ou non » dans le cadre d’un mandat de gestion pour certains discrétionnaire, ils peuvent se demander si la vente des actifs de ce fonds a été fait dans leurs intérêts ?

Fin 2011, UBS remet en cause la joint-venture avec Shaftesbury Asset Management qui gérait depuis 2005 la foncière des Docks Lyonnais, partie française des actifs du fonds. UBS fait nommer Roderick  Sloane, un de ses cadres, comme Président Directeur Général . Début Janvier 2012, un mois plus tard, il nomme deux Directeurs Généraux salariés, Messieurs Fournage et Pinon, mais Sloan reste Président du Conseil d’Administration. Il l’est toujours.

Deux nominations qui posent question. Au moment de leur embauche Roderick Sloan ne révèle pas à son conseil d’administration les conflits d’intérêts potentiels des directeurs généraux.  Il les autorise même à créer, alors même qu’ils sont directeurs généraux, une société à 50/50 « Firce Capital » dont l’objet social est la gestion d’actifs immobiliers.

Lorsque cette information est portée à la connaissance du Conseil d’Administration des Docks Lyonnais, Sloan reconnaît avoir caché la situation au Conseil. L’administrateur qui a informé le Conseil est révoqué ! Et que font les administrateurs indépendants ? Ben pardi, ils suivent aveuglement leur président en ayant connaissance des risques qu’ils font supporter aux épargnants. Une plainte pénale à l’encontre de Sloan et d’UBS pour abus de pouvoir est d’ailleurs toujours en cours d’instruction.

Et ce n’est pas tout.  Fin 2012, les Directeurs Généraux, sans l’autorisation du Conseil d’Administration résilient le contrat d’Asset Management avec leur gestionnaire des actifs en France, la société Shaftesbury Asset Management, UBS et Sloan considérant qu’il s’agit d’une simple décision de gestion. Mais, en l’absence de raisons ou de fautes, le fonds est finalement définitivement condamné à payer 11,7 millions d’euros au gestionnaire, auquel il faut ajouter les frais juridiques. Des sommes, cela va sans dire, supportées par les porteurs de parts.

 Le feuilleton continue fin 2013. Les Docks Lyonnais cèdent leurs actifs à ADIA dans des conditions troubles comme l’attestent les décisions du Conseil d’Administration.

Voyez- plutôt : les Directeurs Généraux, qui ont créé leur société de gestion d’actifs « Firce Capital », sont révoqués quelques jours avant la cession…. pour reprendre du service pour ADIA comme gestionnaire d’actifs à travers « Firce Capital » …des actifs vendus à prix bradé.

Un conflit conflit d’intérêts validé par UBS, qui crée à la même période une Joint-Venture immobilière avec ADIA en Australie.  Hasard ou coïncidence ?

Le Directeur Général actuel des Docks Lyonnais, John Mowat, est installé en Australie. Sans doute-est il plus facile de gérer des contentieux commerciaux, fiscaux et pénaux, à 17.000 km de distances et avec 8 heures de décalage horaire. 

Évidemment, peu importe si le prix est bradé, les clients ne sont pas consultés. Les auditeurs du fonds n’ont jamais émis de remarques tout comme les administrateurs basés à Jersey, surement overbookés puisque l’un d’entre eux détient des centaines de mandats d’administrateurs

 Tout cela toujours au détriment des porteurs de parts, les juridictions ne semblent pas beaucoup intéressées par l’appel et la protection de l’épargne publique pourtant, l’AMF en France pourrait être interrogée sur la cession à ADIA qui a également conservé le même gestionnaire d’OPCI que celui des Docks Lyonnais (AXA IM).  Quant aux clients américains, ils pourraient s’adresser à la SEC. Mais à Jersey existe-t-il un régulateur digne de ce nom qui mettrait en cause ses natifs et son industrie financière ?

 Depuis le jugement dans l’affaire UBS dite « Les carnets de lait » en France, les autorités judiciaires semblent être passées à la vitesse supérieure. Le conflit juridique risque de connaître des développements nouveaux. Après avoir perdu devant les tribunaux français, UBS pourrait se retrouver sur la sellette en France mais aussi au Luxembourg, là où se situent de structures de co-contrôle du GPF.

Dans les 40.000 clients qu’UBS va dénoncer dans les prochaines semaines combien ont souscrits des parts du fonds GPF ? Ont-ils d’ailleurs souscrit par eux-mêmes ou dans le cadre du mandat discrétionnaire ? Enfin ont-ils souscrit en 2008 en pleine crise des « subprimes » dans laquelle UBS était aussi en pointe ?

Légalement, ces clients devraient bénéficier des mêmes droits et des mêmes protections contre la mauvaise gestion de leur gérant. Cette incurie symbolisée par cet étonnant conflit d’intérêt a fait perdre près d’un milliard d’euros aux investisseurs du fond GPF[1]. Qui dit mieux ?

 

 

·      [1]Voir l’article sur Mediapart : l’article « L’autre dossier qui pourrait inquiéter UBS en France » https://blogs.mediapart.fr/jerome-jessel/blog/050819/l-autre-dossier-qui-pourrait-inquieter-ubs-en-france

 

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