Guantanamo-Sur-Seine - Lettre à la Commissaire Robert

Au coeur de Paris, dans un hôpital public de la République de France, un bunker-fantôme pour faire taire les dérangeants. Sans trace. La commissaire Robert vous fait la visite, n'oubliez pas le guide.

 

Manifestation contre Guantanamo Manifestation contre Guantanamo
J'ai fait cinq gardes à vue dans ma vie, pour (prétendue) rébellion et autres petits zéphyrs - comme des milliers de Français souhaitant s'exprimer... la rébellion pour le policier, c'est un peu le truc qui sert quand on a pas de motif.

Cinq gardes à vue sans motif valable, dans 90 % des cas tous mes droits de citoyen étant violés, dans les cinq cas avec violences multiples et dans le premier avec coups et blessures volontaires (sur personne vulnérable) par un officier de police. Dans les cinq gardes à vue, les PV ne mentionnaient aucune violence de ma part en détention, même pas pendant celle où l'inspecteur Jean-Louis Giroud a failli me tuer en me claquant la tête parterre trois fois.

La dernière fois que l'on m'a enfermé, c'était il y a deux ans, le 16 juin 2015. Deux ans plus tard, je ne sais toujours pas si cela constituait une garde à vue, ou pas. 

Je n'ai toujours pas le motif de l'enfermement, ni aucun document relatif à cette procédure dont j'ignore toujours le nom et les règles. Mon avocate (théorique) n'en sait pas plus, aucune communication de la part du système judiciaire n'a été initiée, malgré mes multiples appels à l'aide... Je ne sais que deux choses sur cet emprisonnement-fantôme : 

- c'est la commissaire Robert, du commissariat de la rue Chauchat à Paris 9, qui m'a fait séquestrer ;

- j'ai été séquestré dans un endroit dont peu de gens connaissent l'existence et encore moins le nom, un endroit terrifiant à l'écart de tout droit fondamental républicain ; cet endroit se trouve au centre de Paris.

 

Quand on tape "IPPP" dans Google : "Accès interdit" Quand on tape "IPPP" dans Google : "Accès interdit"

 

Le traumatisme que j'ai subi avant pendant et après est inestimable et indélébile. J'ai naturellement surnommé cet endroit "Guantanamo" ; auparavant et après libération seulement, mon avocate m'a appris où je me trouvais : à l'IPPP ("I3P" disent les professionnels qui connaissent l'existence de cette folie et vous le disent avec l'air désolé de celui qui sait le nom de l'assassin mais ne peut pas le dire).

IPPP veut dire : Infirmerie Psychiatrique de la Préfecture de Police. Dans les faits c'est une prison sans jugement : cellules remplies d'un lit, ou deux lits, rien d'autre, certaines sans fenêtre, enfermement 24 / 24 sans sortie extérieure, pas de lecture, RIEN. J'y suis resté 48 heures à ce tarif, dans un état de destruction psychologique et émotionnelle déclenché dès que j'ai compris que je n'allais pas voir un médecin mais un garde-chiourme ; que j'allais vivre mon pire cauchemar de claustrophobe, grâce à des gens supposés me "soigner de ma claustrophobie" (j'adore cette idée digne d'un sketch des Monty Python).

 

Cette histoire je veux la raconter au travers du lieu de son action et au travers du principal protagoniste : la commissaire Robert. Parce que sans le protagoniste, le lieu n'existerait pas. Le mal vient de l'Homme.

Comment en suis-je arrivé là ?

Je résume rapidement la situation : j'ai été licencié deux fois en 2008 et 2010 (deux condamnations aux prudhommes des deux employeurs, j'étais animateur radio). En 2012, je ne peux donc plus payer la totalité de mon loyer, j'ai une demande de logement social en cours depuis 2007, je suis prioritaire DALO (Droit Au Logement Opposable) et donc selon la loi DALO et la circulaire Valls / Duflot de 2012, inexpulsable sans relogement HLM. Je suis par ailleurs en invalidité partielle, j'ai le statut RQTH (Reconnaissance Qualité Travailleur Handicapé) et je suis en ALD (Affection Longue Durée), le tout pour syndrome anxio-dépressif ; en termes plus simples, pour dépression chronique et stress profond permanent. A ma demande, un psychiatre m'a soumis à une expertise dont la conclusion est que je suis sain d'esprit. Par ailleurs, tous les médecins que j'ai vus m'ont reconnu comme non-violent. Des médecins vus pour calmer ma souffrance, la même que des millions de Français avec un handicap mais avec une vie comme la mienne : à peu près normale.

Entre 2012 et 2015, je médiatise ma situation catastrophique grâce à divers médias (20h00 TF1, France Inter, Inrocks, etc), sur une page Facebook (Résistance Rue de Chantilly), sur un site internet (www.jeromevigliano.fr) et enfin, sur le mur de mon logement situé au rez-de chaussée du 1 rue de Chantilly à Paris 9.

 

Le mur de mon appartement parisien - Photo Les Inrocks Le mur de mon appartement parisien - Photo Les Inrocks

 

En résumé, je fais du bruit, trop de bruit... pas pour les nombreux flics du 9e qui passent régulièrement et me félicitent pour mon mur ou me saluent. Mais trop pour deux junkies qui tentent de m'assassiner le 6 janvier 2013, et pour un pompier (la cinquantaine, titubant, alcoolisé ?) intervenant chez moi alors que j'ai demandé un médecin chez SOS Médecins et alertant une escadre d'une trentaine de policiers dont trois défoncent ma fenêtre et me plaquent au sol en petit commando armé. Parce que le pompier leur a dit que j'étais "énervé", je cite (je suis souvent énervé mais ce jour-là quand le pompier titubant a convoqué le 212e Airborne et deux divisions blindées pour m'alpaguer, j'étais en train de discuter tranquillement avec ses deux jeunes collègues...). Une fois rentré chez moi, les flics ont défoncé la fenêtre avec un bélier, éclairant la scène de guerre avec des Maglite, comme dans Homeland. Puis m'ont emmené à l'hôpital Lariboisière, où le médecin leur a dit en gros de se calmer et m'a renvoyé chez moi 15 minutes plus tard...

En 3 ans donc, ma propension à vouloir me défendre pacifiquement (10 passages dans les médias, des voisins et des tas de médecins en attestent sur papier) m'a apporté une seule chose : la volonté farouche pour la commissaire Robert de me faire sortir de mon trou (c'est une supposition puisque celle-ci ne m'a pas dit grand chose sur tout ça avant de me séquestrer à "Guantanamo-sur-Seine" ; la commissaire, elle cause pas).

 

Le 16 juin 2015, suite à nouvel acte de malveillance (pendant trois ans j'ai trop attiré l'attention de tous les vrais désaxés, drogués et alcooliques de passage) je vais déposer plainte au commissariat rue Chauchat à Paris. La commissaire, qui connaît mon mur et mon combat, m'a persuadé la veille de venir, en m'appelant personnellement au téléphone. Car j'avais finalement abandonné l'idée de le faire, sachant comment sont traités les plaintes dans les commissariats...

Je m'y rends donc tout de même.

Commissaire Robert, je m'adresse à vous ici parce que je refuse de m'adresser directement à vous par recommandé.

Commissaire, le 15 juin 2015, vous m'avez assuré que vous prendriez ma plainte personnellement et que vous feriez un point sur les différentes plaintes déposées par mes soins dans le cadre d'un harcèlement continu par Lionel Forey (un homme de radio pour qui j'ai refusé de travailler en 2003 et qui fait une fixation) ainsi qu'une plainte contre un policier...

Commissaire, vous m'avez menti : le 16 juin 2015, vous n'avez pas pris de plainte, vous m'avez fait venir dans votre commissariat alors que j'avais renoncé, m'avez mis entre les mains d'un agent de police judiciaire directement, qui a pris non pas une plainte, mais une main courante (ce qui ne sert quasiment à rien et qui de toute façon ne faisait que résumer des plaintes déjà déposées depuis des années).

J'émets ici une première hypothèse : vous m'auriez fait venir au commissariat pour m'enfermer à l'IPPP, sous le prétexte que je serais "dangereux pour moi-même et pour les autres" (selon l'expression galvaudée bien connue). Et surtout pour pouvoir m'expulser tranquillement en compagnie de Maître Louvion, huissier de justice, en mon absence et malgré ma protection DALO.

Je serais donc dangereux (?) mais vous me laissez une heure durant, sans être menotté, en compagnie d'un agent de police qui établit la main courante en un résumé des différents actes de harcèlement subis depuis environ 7 années.

Vous revenez à la signature de ma main courante en m'annonçant que maintenant je « vais aller voir des médecins ». Je n'ai rien demandé, je précise calmement que je ne désire pas voir de médecins mais rentrer chez moi. A ce moment, trois policiers me barrent la route. Vous êtes toujours là. Vous ne me dites rien d'autre. Je serais "violent" et dangereux" mais je ne me défends pas de ce premier acte de séquestration.

C'est la dernière fois que je vous vois.

 

La traversée de Paris, suivez le guide La traversée de Paris, suivez le guide

 

Les policiers me font venir dans une salle à l'écart et là commence non pas une procédure légale de dépôt de plainte ou d'assistance à personne se plaignant d'une agression, mais une procédure non-dite, qui dans les demandes ressemblent fortement à celle d'une garde à vue, sans les règles de droit : les policiers me demandent de vider toutes mes poches, me font déshabiller puis ré-habiller, ne me laissent aucun objet, bourrent toutes mes affaire sans ménagement dans mes deux sacs, ne me font rien signer, n'écrivent rien.

A ce moment-là, le Code de procédure pénale et l'évidence même me donnait clairement le droit de m'opposer aux policiers. Je ne le fais pas et vous savez pourquoi personne ne le ferait...

A partir de là et jusqu'à ma séquestration à l'IPPP, aucune communication des autorités sur la situation dans laquelle je me trouve, aucun échange, aucun document signé, aucun témoin extérieur. Et toujours pour un individu supposé "dangereux" (dangereux ou dérangeant ?), toujours pas de menottes aux mains. 

Donc : je serais "dangereux", je suis encadré et privé de liberté par trois policiers qui ne me fournissent aucune explication, emmené dans un endroit inconnu dans un car de police, sans parole, "dangereux" mais sans menottes. Ca ressemble drôlement à un thriller complotiste mais putain c'est la terrifiante réalité.

Sans menottes mais destination : consultation psychiatrique (?) dans un hôpital (?). Je ne sais même pas où cela se passe (Hôtel-Dieu, hôpital des gardés à vue ?). Je suis au milieu de Paris, privé de liberté sans explication, sans menottes (!!), dans un endroit inconnu. Je suis déjà dans un état de désespoir avancé et terrifié.

On me fait asseoir dans une pièce, où l'on me laisse seul (!!). Sans menottes. J'attends quelques minutes, deux hommes viennent me voir, ne me disent pas bonjour, ne se présentent pas, me posent deux questions insignifiantes et m'observent comme un rat de laboratoire. L'un des deux repart, puis le deuxième, les deux sans rien dire d'autre. Aucune manifestation empathique, aucune explication. J'attends encore quelques minutes. Aucun des deux ne revient.

Les policiers reviennent me chercher. Aucune explication, malgré ma demande. Nous remontons dans le car de police. Je ne sais pas où je vais, je n'ai toujours pas de menottes. 

Nous arrivons dans un autre lieu (ou le même à un autre endroit, je n'en sais rien, je suis déjà assommé). Tout ce que je sais sur cet endroit, je l'ai lu beaucoup plus tard sur internet : l'Infirmerie Psychiatrique de la Préfecture de Police (IPPP), bunker pénitentiaire fantôme situé au milieu de l'hôpital Sainte-Anne.

 

Article StreetPress Article StreetPress

 

Entre le départ sous escorte et l'arrivée à "Guantanamo", des heures d'attente et de trimballement et quasiment pas un mot. A "Guantanamo", personne en deux jours ne m'a jamais expliqué où j'étais, ce que je faisais là et pourquoi j'y étais. Pire, le psychiatre, tout à fait professionnel par ailleurs, ne sait lui-même pas pourquoi j'atterris chez lui : "Mais Monsieur Vigliano, qu'est-ce que vous faites là ?". Il ne me le demande pas sur le ton "Racontez-moi, de quoi souffrez-vous ?". Il me dit : "Je ne comprends pas pourquoi on vous envoie ici"... En se grattant la tête.

Je lui réponds la seule chose que je crois comprendre à cet instant : "Docteur, je suppose que la commissaire veut m'expulser tranquillement et que donc elle me fait enfermer, vous voyez l'astuce ?"... Pas de réponse du psy... Il se gratte la tête... A ce moment, je pense naïvement que le malentendu va se régler en quelques minutes - d'autant plus que le médecin se montre tout à fait réglo et pro.

Mais non. Pendant deux jours je reste enfermé, je vois deux psychiatres et des infirmiers, qui à aucun moment ne me posent de questions particulières sur mon état de santé, à part les banalités. Je répète pendant deux jours que cet enfermement n'est pas légal, est précisément nocif au regard de mes blessures psychologiques existantes et que la commissaire Robert est en train de tenter de m'expulser illégalement de chez moi. Aucune réaction. Aucune explication. Ni sur l'expulsion ni sur l'aggravation de mon état de santé.

Je réclame de contacter mon avocate, Maître Géraldine Vallat. Sans succès.

Le reste du temps, je suis enfermé dans une cellule délabrée, sans fenêtre, puis avec fenêtre à ma demande, avec un lit et les mouches au plafond, dans des locaux semblant avoir 50 ans d'âge. Je fais plusieurs crises de panique dues à cet enfermement. Aucune réaction malgré mes appels à l'aide. Pendant deux jours, personne ne sait où je suis. Quelqu'un à ma sortie me dira qu'on me croyait mort. Je dois attendre des heures pour prendre une douche dans un endroit qui compte à peine une quinzaine de cellules, environ. En tapant continuellement à la porte. Pareil pour les toilettes. Le tout sous surveillance.

Au bout de deux jours, le psychiatre m'annonce que je ressors, sans autre explication, me confirmant que je n'ai rien à faire ici... entretemps, mon appartement a été vidé et scellé : je suis à la rue. Ils me rendent mes affaires, je prends un exemplaire de la documentation relative à cette prison-fantôme, traînant sur une chaise ; immédiatement, l'infirmier qui me rend mes affaires tente de me dissuader de prendre le petit livret : "Pourquoi vous prenez ça, ça sert à rien...". Moi : "Si, Monsieur, ça va servir...". Je n'en dis pas plus, de peur d'être à nouveau enfermé. Pendant que je m'habille, le même infirmier me regarde en disant "Tout ça pour ça...", moi : "Comme vous dites...".

Je suis mis dehors, sans argent, sans ticket de métro, sans rien, aucun papier, avec juste mes deux sacoches. C'est le psychiatre qui est obligé de me fournir un ticket de métro personnel afin que je rentre chez moi - il me croise par hasard dehors. Et prononce la phrase magique : "Prenez soin de vous quand même...". C'est un mec bien, je ne lui réponds donc pas comme à d'autres "Heu... Ce n'est pas à moi de prendre soin de moi, Docteur", mais j'aurais du. Et depuis deux ans, je me pose la même question : est-il vraiment inconscient qu'il bosse pour des tortionnaires ?

Depuis ce jour, 17 juin 2015, je n'ai eu de nouvelles ni de mes plaintes (malgré promesse de la commissaire Robert), ni de cette procédure. Je n'ai aucun document.

Je suis détruit et condamné au silence et à l'indifférence. Comme si ce qui m'était arrivé, c'était un vol de clés ou un accrochage sur un parking.

 

Robert, J'veux 2000 francs ! Robert, J'veux 2000 francs !

 

Commissaire Robert, j'aimerais que vous puissiez publiquement expliquer - à défaut de l'expliquer à l'IGPN et au Procureur de la République, sur quels motifs vous m'avez séquestré, sur quels articles de loi vous vous êtes appuyée, sur quels faits et enfin pour quelle raison personne à l'extérieur n'a été mis au courant de ma séquestration pendant deux jours. Pourriez-vous également me fournir la totalité du dossier médical et juridique relatif à ces deux jours de séquestration ? Demande officielle et publique.

Je me souviens, commissaire, que le soir où je suis sorti du bunker de Guantanamo-sur-Seine, ayant la rage au ventre et les larmes au yeux, vous m'avez appelé sur mon portable avec la voix d'une mère (!!). A ce moment-là, j'ai cru parler à une déséquilibrée. J'ai ensuite compris à peu près votre comportement, mais bien plus tard.

Quand vous m'avez appelé pour me prévenir que vous m'aviez trouvé une "chambre" dans un hôtel de passe pourri du 11e (un placard de 8 m2), réservé à ceux que la République française exclue glorieusement, j'ai voulu vous proposer d'aller vous faire foutre, et puis j'ai retenu ma rage, malgré le sang chaud qui bouillonne en moi, spécialement quand on me plante un couteau entre les deux omoplates. Et là encore, je me suis tu, je n'ai rien répondu à ce que vous me disiez, j'ai veillé à ne pas vous parler, pour que vous compreniez bien ; j'ai noté l'adresse et je vous ai laissé me dire au revoir sans vous répondre, très froidement - j'étais au maximum de ce que je pouvais faire. Je savais à qui j'avais affaire et je sais maintenant avec qui il faut parler et avec qui il faut se taire.

Sale, pas douché, épuisé, j'ai marché 4 ou 5 km en pleurant, suis allé à l'adresse indiquée, le patron à la tête d'enterrement, parlant à peine le Français, a mis dix minutes à comprendre ce que je lui disais : "J'ai une chambre ici, Monsieur, par la Préfecture !". L'endormi a fini par me dire qu'il n'y avait pas de chambre libre et m'a demandé de "dégager."

Je suis resté un mois à la rue. Par 40 degrés en journée, un autre de mes cauchemars. La pire expérience de ma vie certainement.

 

"Nous sommes de ceux qu'on ne remarque pas, des fantômes, des transparents, des moyens" "Nous sommes de ceux qu'on ne remarque pas, des fantômes, des transparents, des moyens"

 

Tout ce que je sais de vous, commissaire Robert, c'est le peu de choses que vous m'avez dites : des mensonges. Et le peu de choses que vous avez faites pour moi : me voler mon univers, couper mes racines et me mettre dans une boîte.

J'ai mis deux ans à vous comprendre, comme un psychiatre met deux ans à comprendre son patient. Je n'ai pas besoin d'employer de noms d'oiseaux à votre encontre, ce que j'ai raconté suffit. Je n'ai pas à vous convaincre, je n'y arriverai jamais. J'ai fait la paix avec un ennemi aujourd'hui, en parlant avec lui. Je sais qu'il y a des gens avec qui je peux ré-engager le dialogue et d'autres avec lesquels plus jamais je ne discuterai.

Je n'ai même pas voulu tout lire sur cet endroit sordide hors de la République, votre boîte à torture, je ne veux rien savoir de plus. Je ne sais toujours pas quelle procédure a été engagée ce jour-là mais ce que je sais c'est que vous n'aviez pas le droit de faire ça. Vous n'aviez pas le droit et vous m'avez assassiné.

Et quand bien même vous auriez le droit, vous devez pouvoir comprendre qu'il y a, d'une part, ce qu'on a le droit de faire et d'autre part, ce qu'on peut faire.

C'est un concept qui échappe à beaucoup de policiers et c'est bien le malheur de notre sytème : donner des pouvoirs quasi-absolus à des gens qui ne les maîtrisent pas. Je ne parle même pas de la grenade sur Rémi Fraisse ou la matraque entrée malencontreusement dans l'anus de Théo. Je vous parle de choses bien en amont : la garde à vue est peut-être légale, mais non, elle n'est pas normale ; pas dans le système qui est le nôtre, qui ne met aucune barrière ni aucun contrôle à cette privation de liberté - exactement comme dans un état totalitaire. Les outils à la disposition des policiers devraient être employés de manière chirurgicale, comme on met la dose exacte de vaccin dans une seringue. La réalité est que l'on donne des forteresses volantes à des coureurs cyclistes. Trop de policiers que j'ai croisés n'ont quasiment aucune maîtrise sur les armes létales et moyens mis à leur disposition, et la première des choses qu'ils sont incapables de maîtriser, c'est eux-mêmes. 

Commissaire Robert, je me croyais un Don Quichotte à l'attaque de moulins à vent, et le Don Quichotte c'est vous : vous vous attaquez aux moulins à vent et vous laissez les violents en liberté, parce que les violents ont les avocats, ceux de la drogue, ils ont le nombre et les réseaux. Je parle plus particulièrement des deux junkies qui ont tenté de m'assassiner le 6 janvier 2013 devant chez moi et devant une vingtaine de témoins, deux junkies qui n'ont pas mis les pieds en prison - défendus vaillamment par Maître Saint-Palais, ténor du barreau. Deux chômeurs, drogués, dont un au casier avec prison ferme non effectuée, défendus par un ténor. Et moi, 1000€ de revenus, payant une avocate 1500 euros en trois fois et sans aide juridictionnelle, pour qu'elle se plante lamentablement dans la procédure - et me propose sérieusement en reconnaissant son erreur, de déposer une requête contre elle auprès du Syndicat de la magistrature !

 

La traversée de Paris - Claude Autant-Lara La traversée de Paris - Claude Autant-Lara

 

Vous vous trompez de cible, commissaire, là où vous voyez un dragon, il n'y a que des mouches. Vous balayez vaillamment les mouches avec la Grosse Bertha et tout ce que vous arrivez à faire c'est d'accoucher d'autres larves. Vous m'avez fait larve, exclu, exilé en mon pays, dans un trou perdu au bout d'une route, vie sociale détruite, isolement, impossibilité d'exercer mon métier, commissaire. Deux ans plus tard, je n'ai toujours pas déposé plainte contre vous et vous savez déjà pourquoi : car moi je sais parfaitement maintenant que ça ne sert à rien d'aller réveiller le système judiciaire français, s'écroulant sous son propre poids. 

Déposer une plainte, encore plus contre un officier de police et tenter d'alerter la justice, c'est un peu comme vouloir inviter Jabba the Huth à faire un jogging. La seule plainte que j'ai déposée contre des flics, dans les locaux même de l'Inspection Générale de la Police Nationale, à Paris dans le 12e, le 30 décembre 2014, n'a jamais eu aucune suite, RIEN. Contre quatre flics différents, pour des faits de violence verbale et physique, violations multiples du Code de procédure pénale, dénonciation calomnieuse, faux et usage de faux. Même pas un avis de classement de l'affaire. RIEN.

Nous sommes entrés dans une période de violence sociale, et cette violence ira en s'amplifiant. Vous vous en prenez à moi, qui me bats pour l'ordre, pendant que d'autres, faisant partie du système ou pas, oeuvrent dans l'ombre pour le désordre. Plus des policiers taperont sur des citoyens innocents, plus la violence augmentera ; pas la mienne, je suis non-violent, hyper-sensible et désespéré par la France, attendant la fin en pleurant ; non, la violence de ceux qui se sentent exclus dans leur propre pays, et combattu par ceux-là même qui devraient les aider.

Ce n'est pas les gardes à vue et les tirs de grenade qui aideront la police à maintenir l'ordre. L'ordre viendra dans la population quand l'ordre sera dans les forces de police : maîtrise des moyens d'action, connaissance de la loi, respect de la présomption d'innocence, arrêt des abus de pouvoir, formation sérieuse, et pour finir : pas de pouvoir à des puceaux de 20 ans se prenant pour John Wayne, les plus dangereux.

Bref, quand la police saura agir de manière chirurgicale, les moyens mis à sa disposition génèreront non pas de la violence mais du calme.

Cessez de chasser les mouches commissaire, et dites à vos collègues qui se plaignent d'être débordés cette semaine que lorsqu'on place en garde à vue un gars qui a volé un sandwich parce qu'il crevait la dalle (fréquent, selon un médecin de l'Hôtel-Dieu...), on génère automatiquement une procédure lourde avec procès verbaux, transmissions au parquet, attentes de réponses administratives et heures entières de paperasse inutile... Pour un morceau de jambon... Et que donc, on ne peut pas venir se plaindre que l'on est débordé par la dite-paperasse.

 

Jabba The Huth Jabba The Huth

 

Commissaire Robert, vous me faites peur. La bulle dans laquelle vous vous enfermez comme vous m'avez enfermé dans cette boîte immonde, vous fait perdre le sens des réalités. Pour un flic, c'est tout de même assez bizarre.

Sachez que votre acte m'a déchiré à vie - comme l'anus de Théo, ce qui l'empêche maintenant de jouer au football. Heureusement pour moi, je ne suis pas footballeur.

Sachez que je n'ai plus confiance ni en la police ni en la justice. Je connais des flics bien, personnellement - certains sont SDF, me dit-on. Je connais des magistrats bien. Mais je n'ai plus confiance en la machine.

C'est pour cette raison que je choisis aujourd'hui non pas de demander justice ni à l'IGPN ni au Procureur ni même à un avocat, mais de passer par un organe de presse. Je ne fais pas héberger mon blog sur Médiapart parce que je serais de gauche, tout comme je ne suis pas de droite. Je suis seulement du côté de la vérité, et Médiapart, pour moi, se résume à ça : un organe de presse sans grand groupe au cul et dont le but me semble être la recherche de la justesse et de la vérité. Et je paie pour ça.

Lorsqu'on se retrouve réduit à demander justice à la presse plutôt qu'à la justice de son pays, cela devrait faire réagir les gens qui détiennent le pouvoir et cela devrait vous faire réfléchir, vous.

 

J'ai l'honneur de ne pas vous saluer, vous le savez, et de vous informer que si par hasard je devais me retrouver une nouvelle fois en garde à vue pour m'être exprimé, ça se passerait de la même façon que la dernière fois (grâce à Mme. Attali-Schmid)  : silence absolu et grève de la faim. Mourir ne me dérange plus. Je ne suis pas suicidaire, mais vivre à genoux est impensable. Si vous pensiez me calmer en m'expulsant, vous vous trompez.

Cette expulsion a démultiplié ma rage, de celle qui fait doucement mourir, comme un poison lent. Et me pousse aujourd'hui à demander justice, ici-même, officiellement et éternellement.

Que toute personne ayant le pouvoir d'accéder à ma demande me le dise. Et sinon, vous et vos expéditifs collègues, soyez tranquilles, je resterai sagement dans mon mouroir jusqu'à la tombe, sans broncher. Inutile de me mettre dans une boîte, j'y suis déjà.

 

Jérôme Vigliano - www.jeromevigliano.fr 

NB : merci à ceux qui apprécient l'article de le partager : c'est pour moi le seul moyen d'avoir justice.

 

 

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