Les Cons Regardent Passer Les Trains

Je me souviens avoir toujours voulu être honnête, en remontant jusqu'au plus vieux de mes souvenirs. Je ne sais pas pourquoi et je ne veux pas le savoir mais un psychanalyste irait chercher absoument comment on peut être fou au point de vouloir être honnête à ce point.

Fox Mulder, X Files Fox Mulder, X Files
Au début j'ai cru que dire la vérité était l'évidence et que respecter son prochain était naturel.

 

Puis il y a eu les cons. Je n'ai pas vu qu'ils étaient des cons, je pensais juste que c'était comme ça, que dans la vie on était confronté à des gens qui aiment la violence, que c’était terrible mais qu’il fallait trouver le moyen d’encaisser.

 

Et après j’ai perdu l’innocence.

 

Il y a eu les cons qui m’attendaient à la sortie parce que mon oncle était le conseiller d’éducation du collège où j’étais élève. Les cons qui me demandaient où était mon père. Ma conne de prof de math qui m’humiliait en public. Mon con d’oncle qui m'humiliait avec sa conne de femme parce que je n’aimais pas les artichauts, parce que j’avais peur des insectes, parce que je ne voulais pas prendre ma douche.

 

Il y a eu les cons de militaires avec leurs grosses couilles qui m’ont traité de voleur de béret, les cons de flics qui m’ont mis sur la gueule en riant et prétendant que j’étais tombé, le con de flic qui m’a traité de con et qui a prétendu que je l’avais traité de con.

 

Il y a eu ma conne de patronne qui a prétendu qu’elle m'avait viré alors que j’étais parti de moi-même pour gagner plus ailleurs, il y a eu mon con de chef d’antenne qui a prétendu que j’étais toujours en panne d’essence et donc un problème à l'antenne mais qui n’était pas foutu de me payer, pour que je mette de l’essence dans mon réservoir.

 

Les cons de patrons de radio qui ne faisaient pas de contrat de travail et qui prétendaient que j'étais un emmerdeur parce que j’en réclamais et que j'étais un violent parce que je réclamais une deuxième fois.

 

Les cons de psy qui cherchaient pourquoi je ne pouvais pas trouver la résilience face à l’absence de mon père. Les cons de psy qui se grattaient la tête en cherchant pourquoi j'avais vécu tout ce que je viens de dire. Le con de psy qui me parlait de "référent" là où je lui parlais de "mon père". Les cons de psy qui cherchent pourquoi j'en suis à raconter ça sur un blog.

 

Les cons qui me disaient de me bourrer d’anxyolitiques et qui me disaient le contraire le lendemain. Les cons que ma gueule emmerdait mais qui oubliaient ce que j’avais fait pour eux, en faisant la même gueule.

 

Les cons qui me disaient que j’étais un excellent animateur (radio) et qui me donnaient le SMIC, les cons qui me faisaient travailler gratuitement, les cons qui en profitaient, mes cons d'amis de la radio qui m'ont oublié mais qui m'appelleraient pour aller boire un drink, aussitôt je ré-apparaîtrais dans le monde des gentils qui travaillent et qui ferment leur gueule. Bref.

 

Un jour j’ai voulu dire stop.

 

J’ai dit stop et ça a recommencé. Les cons s’en sont pris au pauvre con qui avait laissé faire pendant des années. Un coup de bâton sur le pauvre con faible parce qu’il était faible et puis un coup de bâton sur le pauvre con parce qu’il tentait de devenir fort.

 

Il y a eu les cons qui m’ont frappé et les cons qui ont regardé les cons me frapper en me disant que tout allait bien car j’étais fort.

 

Ma famille m’a regardé crever, mes amis m’ont regarder crever, les gens payés pour m’aider m’ont regarder crever, tous avec leur petit manuel du "J'en ai rien à foutre" : « C’est comme ça », « On est désolés », « C'est un mauvais combat".

 

J’ai crié plus fort, j’ai demandé justice, j’ai mis mon bras en travers quand on me mettait sur la gueule.

 

Et rien n’est arrivé que la sentence : coupable.

 

Je dis « Je suis fatigué », ils traduisent : « Tu es un malade ».

 

Je dis « Je suis désespéré », ils répondent : « Zut alors ».

 

Je dis « Ma vie est détruite », ils répondent : « Va te promener ».

 

Je croyais au début que la famille était la base, j’ai cru que certains de mes meilleurs amis seraient au rendez-vous, j'ai cru que vivre en France, c'était pas pareil qu'en Corée du Nord, c’était avant la fin de l’innocence, avant de mourir à petit feu, expulsé illégalement de mon logement par la République des riches, enfermé parce que je la ramenais, licencié à répétition par des employeurs menteurs condamnés aux prud’hommes, harcelé par des prédateurs qui ne s’en prennent qu’à ceux qu’ils savent être de bonnes proies, avant de me faire défoncer la gueule par des cocaïnomanes ou des flics pourris, avant de voir certaines des personnes que j'aimais le plus me regarder mourir en pensant qu'ils ne pouvaient rien faire.

 

Au début j’ai cru que le bon droit était suffisant. J’ai cru que dire la vérité était la solution. J’ai cru qu’être innocent était le principal. J’ai cru que même sans père, même avec ce manque, je ferais de grandes choses, je me lèverais, je marcherais, j’ai cru que ma famille serait là parce que si elle n’est pas là, personne n’est là.

 

Et j’ai compris un peu tard que tout ça n’existait pas pour moi.

 

De famille, je n’ai plus.

 

Ce n’est pas que mon con d’oncle me manque, lui, sa carte au RPR et ses Petits frères des pauvres, ses coups de chevalière dans mon œil et son gros cul dans son fauteuil.

 

Ce n’est pas que ma conne de tante me manque, sa psychologie inexistante, ses ricanements égocentriques, sa haine quotidienne, ses leçons de morale et son surendettement.

 

Ce n’est pas que mon frère me manque, lui qui voulait être un créatif et qui a fini flic, lui qui ne savait pas quoi faire quand j'avais besoin d'un avocat pour défendre mon honneur et qui n'a juste été bon qu'à me donner du fric.

 

Ce n’est pas que ma sœur me manque, elle qui ne m’a jamais plus donné de nouvelles depuis des années, qui me juge à distance mais qui va se faire inséminer en Espagne illégalement pour avoir des gosses parce qu’elle est lesbienne, des gosses qui ne sauront jamais d’où ils viennent mais ça ne la dérange pas, l'important pour elle c'est de se venger de la vie et du viol qu'elle a subi quand elle était gosse, un sexe d'homme dans la bouche à 6 ans, pas de plainte, pas d'enquête, jamais puni.

 

Ce n’est pas que ces gens me manquent, ou bien tous les cons plein de fric de ma famille, plein d’appartements quand je suppliais des proprio pour avoir un logement avec un CDI, ces cons plein de tout, qui ne m’ont jamais aidé.

 

C’est juste le désespoir de voir mon propre sang, juste la moitié, me dire lui aussi que moi, je suis le coupable.

 

C’est juste le vertige de voir que cette famille est le néant. De les voir vivre comme si de rien n’était et pour certains aller voter à gauche parce qu’ils pensent que ça va résoudre leurs propres injustices ou voter à droite parce qu’ils pensent que c’est plus propre.

 

Certains m’ont aidé, certains m’ont aimé, que ce soit dit, que je ne ramasse pas encore les fameux commentaires des cons qui diraient que je tourne les choses à mon avantage et qui retourneraient voler leur prochain l'âme tranquille.

 

Certains pensent à moi, comme mon ex, certains compatissent, ah ah ah !

 

J’ai cru que réclamer justice contre ces gens qui m’ont violé, tué, démoli, déshonoré et re-violé, serait évident, j’ai cru que la gravité des faits suffirait à rallier plein de gens, ceux que je connaissais et d’autres que je ne connaissais pas.

 

J’ai cru qu’être honnête suffirait à remonter la pente. J'étais un enfant.

 

A force de crier à mon innocence, j’en ai vu la fin.

 

J’ai appris que mentir était plus fort, j’ai appris que voler était plus simple, j’ai appris que les poings l’emportaient sur le respect.

 

J’ai appris qu’un innocent qui crie est un coupable et que face aux collabo, on ne peut qu’attendre la fin et fermer sa gueule.

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