Personne Ne Veut Être Sauvé


"J’ai trouvé mon dieu, toi… mon premier dieu… non, je ne l’ai pas trouvé à l’église, mais dans une salle de classe... c’est l’idéalisme… quel dieu magnifique… croire que tout irait bien.

J’étais dans ce temple qu’est l’université, d’abord comme étudiant, puis comme professeur, et je me suis laissé enveloppé de cette lumière creuse, oui.

La justice ? Oui, nous devions redresser tous les torts, la faim dans le monde ? Non, tout le monde mangerait à sa faim, la pauvreté ? Un souvenir lointain… dont l’existence serait difficile même à imaginer… la richesse serait distribuée, à chacun selon ses besoins… (rire), hé oui…

C’est seulement en arrivant à la banque mondiale que l’énormité du pathos du monde, la souffrance infinie inhérente à la condition humaine, s’est révélée dans toutes ses terribles manifestations, lentement, un jour à la fois… non, une minute à la fois…

J’ai compris la futilité de la lutte contre cette insurmontable tsunami que sont les troubles auxquels nous sommes confrontés.

Les choses ne changeront pas, ceux qui ont faim mourront.

Les malades, mourront aussi.

La pauvreté, oui… c’est un bon business… Les hommes sages sont réconfortés de connaître leurs limites. Je suis absourdi par cette révélation.

Non, je ne peux pas revenir à ce bienheureux temps."

 

Georges Devereaux - Welcome in New York, d'Abel Ferrara.

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