Retour sur l'assemblée générale d'Ibuka Europe

Le nouveau bureau ainsi que les sections Ibuka sont plus que jamais déterminées à porter la voix des rescapés, faire connaître leurs témoignages au monde et ainsi lutter pour la justice et contre le négationnisme concernant le génocide contre les tutsi.

Le génocide contre les tutsi (et non pas "génocide rwandais", et non pas "génocide au Rwanda", et non pas "génocide contre les tutsi et les hutu modérés") est l'un des 4 génocides du XXème siècle. Il s'agit d'une histoire méconnue, malmenée, déformée, amenuisée selon les envies et les agendas.

Faire connaître cette histoire est un combat éminemment universel : il ne s'agit pas uniquement de pleurer nos morts et nos familles tous les ans afin de culpabiliser la terre entière dans l'unique but de se sentir mieux : il s'agit d'abord de faire en sorte que cela ne se reproduise plus jamais. Nulle part. Celles et ceux qui ont assisté aux conférences savent que de nombreux liens peuvent être établis avec des histoires plus récentes voir actuelles. 

Il s'agit de faire vivre le souvenir des victimes à travers la transmission de la vérité et d'empêcher l'aboutissement ultime du crime de génocide : l'éradication du groupe de personnes visées, du souvenir du crime, et du souvenir même de leur existence.
Il y a donc une raison à la création de la qualification de "génocide" de certains crimes de masse et pas d'autres. Elle ne réside pas dans la volonté d'établir un classement des tragédies dans un concours malsain de "quel peuple a plus souffert que l'autre".


La distinction entre le crime de génocide et d'autres crimes de masse réside dans le fait que ce crime généalogique est particulier, ses conséquences aussi : la justice doit donc être particulière ..


Malgré cette évidence, de nombreux "militants" voir "historiens" et "journalistes" (j'insiste sur les guillemets) tentent de tenir cet infâme carnet de points en détournant l'utilisation du mot génocide en la refusant à ceux effectivement reconnus, dans d'abjects procédés d'instigation d'une certaine jalousie ou colère d'autres peuples qui souffrent.
Et sur ce sujet, je pense malheureusement avoir tout lu malgré mon jeune âge : de la négation de la shoah sous toutes ses formes, à la négation du génocide contre les tutsi : parce qu'il y aurait les "raisons cachées du génocide rwandais car c'était juste une guerre pour que Paul Kagame prenne le pouvoir à vie et vole le coltan du Congo".

Les agendas négationnistes des aspirants influenceurs ou acteurs politiques sont extrêmement néfastes ... et efficaces du fait du manque d'intérêt des militants et acteurs de la justice envers notre histoire.

Malgré cela lisez-moi bien : malgré votre nombre, on ne vous lâchera pas. 

Les rescapés, les militants de la mémoire et de la vérité luttent sans relâche depuis près de 25 ans maintenant contre les stratégies des génocidaires impunis vivant un peu partout en Europe (et ailleurs) ainsi que contre les stratégies de certains de leurs proches soutiens et également contre les stratégies de contournement de la vérité de ceux qui ont collaboré, de ceux qui ont fermé les yeux, et de ceux que cela arrange tout simplement.

Je suis pour ma part immensément reconnaissante envers eux, et je prendrai volontiers la part qui incombe à ma génération, avec de nombreux autres.

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