Ce que nous voulons

Billet écrit en réaction aux deux récents votes à l'Assemblée Nationale, celui du vendredi 15 mars reportant de trois ans l'interdiction de la production d'insecticides : 37 personnes présentes, décision prise par 27. du samedi 16 mars adoptant la Loi Pacte : 45 personnes présentes, décision prise par 27. Parce que nous ne voulons plus que 27 personnes décident pour plus de 67 millions.

Nous ne voulons pas être contenu·e·s.

Nous ne voulons pas être contenu·e·s dans des sondages, dans des théories, dans des échantillonnages, nous ne voulons pas être contenu·e·s dans nos appartements, dans des métros, dans nos retranchements, dans la rue ; nous voulons déborder.

Nous ne voulons pas être des journalistes de plateaux mais nous voulons être des reporters et reportrices de terrain.

Nous ne voulons pas être des intellectuel·le·s noyé·e·s dans des concepts et des théories mais nous voulons appuyer notre réflexion sur notre expérience matérialiste sensible ainsi que celle des autres.

Nous ne voulons plus être divisés·e·s, nous ne voulons plus nous détester les un·e·s les autres mais nous voulons nous comprendre et faire naître de nos différences un réflexion sur qui nous sommes et qui nous pouvons être.

Nous ne voulons plus être relégué·e·s derrière nos écrans, qu’ils soient réels ou symboliques, mais nous voulons nous voir, nous voulons nous toucher, nous voulons nous entendre.

Nous ne voulons pas que des humain·e·s ne puissent passer des frontières que peuvent passer les fourmis et les oiseaux.

Nous ne voulons pas d’un monde qui « va bien », nous ne voulons pas d’un monde contrôlé et sécurisé, réduit aux seules limites de notre rationalité, mais nous voulons en embrasser l’absurdité.

Nous ne voulons pas craindre le monde ni ne voulons d’un monde de craintes, nous voulons le comprendre.

Nous ne voulons pas nous conformer à un système de valeur arbitraire qui puise sa légitimité dans des systèmes de valeur passés eux-mêmes arbitraires mais nous voulons que la compréhension même de cet arbitraire nous amène à nous questionner toujours sur nos systèmes de valeurs.

Nous ne voulons plus qu’une poignée de gens décident pour nous mais nous voulons avoir les clés pour prendre nos propres décisions.

Nous ne voulons pas de votre argent mais nous voulons que cet argent nourrisse les hôpitaux, les écoles, les infrastructures routières.

Nous ne voulons pas que la sphère de l’imaginaire et de l’irréel serve à faire fluctuer l’argent ou à endormir nos esprits, nous voulons nous réapproprier l’imaginaire pour faire naître de nouvelles possibilités d’existences, de nouvelles manières de vivre.

Nous voulons vous dire que la crise politique que nous vivons ne pourra pas être résorbée sans s’atteler à la crise écologique globale, car il s’agit de la lutte entre un monde fictif de sondages, de discussions de plateaux et d’audience, de grande théories, de spéculations et d’hologrammes et un monde réel où circule la vie, avec autant de subjectivités qu’il y a d’êtres humains, un monde qu’on laisse pourrir en placardant dessus l’image de sa santé.

Nous ne voulons plus nous réfugier derrière cette image, ces images, les images, mais nous voulons nous atteler à construire le réel. Nous ne sommes pas des fainéant·e·s, nous choisissons seulement dans quelle tâche nous voulons mettre notre énergie.

Nous ne voulons plus être au service d’une machine défaillante que nous avons construite et que nous construisons depuis des siècles, mais nous voulons aider le monde qui nous a donné les facultés de la construire.

Nous ne voulons plus d’un monde fictif de spéculations financières, de faux débats, de dialogues de télévision. Nous ne voulons plus d’un monde détaché du monde. Nous voulons sauver ce dernier.

 

Nous ne voulions pas de la violence mais nous allons nous battre.

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