Rapide tour du monde de la place des femmes dans la société de part le monde

Merci à Frédérick pour cet article !

Les théories féministes sont depuis quelques années devenues des éléments de débat, même si plus dans certains partis politiques que d’autres. Si certains partis se considèrent féministes car des cheffes y sont nommées, quelle est la réalité ? Ces trois premières vagues du féminisme ont eu un impact global majeur, quelle que soit la réalité sociale de chaque pays. Et même si aujourd’hui les droits des femmes se sont améliorés, ils sont toujours en danger.

Sous couvert de bonne volonté, la fausse participation des gouvernements à ce combat est un des symptômes du patriarcat moderne. Il est fourbe et est prêt à se rapprocher de vous pour mieux vous dominer.

Don Helder Camara (1971) présentait en son temps les trois niveaux de violence. Une description de l’origine de la violence et de la source de sa pérennité : la première est la violence institutionnelle créée par les hommes, la seconde est la violence révolutionnaire qui naît de la volonté d’abolir la première. La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.

La première a été créée par les hommes afin de systématiser et systémiser les violences subies par les femmes qu’elles soient physiques ou mentales. La deuxième est née de cette systématisation et systémisation des violences et de leur continuité temporelle et du besoin de se défendre et ont créer des mouvements tels que #metoo (sous toutes les formes de ce mouvement) et plus récemment #scienceporcs. La troisième est maintenue par les hommes pour assouvir un besoin de pouvoir né de la première. C’est cette troisième violence que nous voyons et que les femmes vivent tout au long de leurs vies. Ce processus d’invisibilisation des problèmes et celui qui a amené 

Désormais, au même titre que les mouvements tel Black Lives Matter le féminisme est un combat d’actualité. Se présenter comme humaniste avant d’être féministe revient à dire « all lives matter » ou « not all men ». Bien sûr que tous ne le sont pas, mais quel intérêt de s’en ramener à ça dans les argumentaires ? Cela invisibilise le fond du problème. Les strates de genre ont encore de beaux jours devant elles si les problèmes sont invisibilisés.

Mais la place des hommes dans le féminisme est remise en cause, et à raison. Depuis le mouvement #metoo la parole s’est ouverte et les violences que les femmes subissent à travers le monde ont été montrées comme elles le sont. Il n’est pas à parier que ce mouvement aurait été reçu de cette manière s’il était parti en France. Au vu du départ d’Adèle Haenel lors de la cérémonie des Césars, il y a encore beaucoup à faire en France. Mais chez nos voisins, que se passe-t-il ? Voici un florilège des avancées, des reculs et de l’importance du féminisme dans des pays autour du monde. 

L’Ecosse

En Ecosse, la Première Ministre Nicola Sturgeon est la figure de proue au Royaume-Uni la plus populaire tout genre confondu (YouGov, 2020). L’avancée la plus récente, et la plus spectaculaire, est le remboursement intégral des protections périodiques pour les femmes pour lutter contre la précarité mensuelle (Le Monde, 2020). Les institutions d’éducation doivent désormais proposer des tampons et des serviettes hygiéniques gratuitement. L’Ecosse devient donc le premier pays au monde à proposer cela et permettra de protéger les femmes de toute stigmatisation sur ce sujet. Il est important de noter que la loi est passée unanimement au Parlement Ecossais (Scottish Parliament, 2020).

En Ecosse, l’égalité salariale reste un terrain important. Selon l’étude de 2020 Equal Pay review d’Ecosse pour l’audit salarial du pays, plus la bande de salaire est haute, moins les femmes gagneront en salaire moyen. Aujourd’hui, en France, les écarts peuvent, eux, monter à plus 30% (Observatoire des inégalités, 2018).

 

La Finlande

 

Les pays nordiques sont souvent érigés en modèles, et souvent à raison, sur un sujet comme l’égalité des genres. On peut penser, par exemple, à cette image de 2019 de la Première ministre, Sanna Marin, accompagnée de plusieurs de ses ministres, toutes des femmes également, et les chefs des partis de la coalition de gauche au pouvoir actuellement. 

 

Mais ce n’est pas si récent, en Finlande The Guardian titre un article Feminism comes of age in Finland as female coalition takes the reins (The Guardian, 2019), traduit par Courrier International En Finlande, les femmes sont au pouvoir et c’est presque ordinaire (Courrier International, 2020). Étonnant, peut-on penser ? Pas tant que cela si on est Finlandais ! Les femmes ont obtenu le droit de vote dès 1906 (38 ans avant la France) et les premières femmes élues le sont dès 1907. Aujourd’hui les femmes représentent 47% du parlement Finlandais (Finland.fi, 2019).

Mais ce ne sera qu’en 2003 qu’Anneli Jäättenmäki, devient la première femme Première minsitre et suivie en 2010 par Mari Kiviniemi. De 2000 à 2012, Tarja Hallonen devient quant à elle la première femme Présidente du pays. il n’est donc pas étrange sur ces dernières années de voir que le rôle de la Femme est centrale dans ce pays et qu’elle ne souffre pas d’un manque de représentativité, comme c’est le cas dans d’autres pays d’Occident.

Cependant, le combat du féminisme n’est pas terminé dans ce pays. Bien que les femmes dominent le marché du travail et qu’elles ont accès à une meilleure éducation (la Finlande se classe première  du classement selon le Rapport du Forum Économique Mondiale, 2018), les inégalités salariales des femmes se situent entre 15% et 20% du salaires des hommes entre le privé et le public (Kyyrä et Pesola, 2018) et autour de 16,1% toutes professions confondues (Statistics Finland, 2017). Le travail ne s’arrête donc pas, même lorsque le pays est avancé en matière de droit des Femmes.


Les USA

Les USA en porte étendard des mouvements féministes, mais pour quelles raisons particulièrement ? En Octobre 2017, le New-York Times sort l’histoire Weinstein (New-York Times, 2017), ce porc multirécidiviste profitant de son statut pour arriver à ses fins. Le mouvement #metoo est né et prend une ampleur bien au-delà des frontières du pays. Serait-ce que les violences faites aux femmes n’ont pas de limites ? Probablement.

Cependant, cette histoire n’est pas la seule qui soit importante dans l’origine de ces mouvements et de la facilité des hommes à s’en sortir. En 1995, Bill Clinton, alors président des Etats-Unis, et une stagiaire, Monica Lewinsky, s’adonnent consensuellement à leur plaisir. L’histoire éclate au grand jour aux alentours de 1997 (cnn.com). Bill Clinton fera face à une procédure d'impeachment en 1998, mais le Sénat ne le considérera pas coupable, le nombre total de voix n’étant pas rassemblé, 67 voix étant le minimum nécessaire pour le Sénat. Au Sénat Américain, un Président responsable  d’une insurrection (New-York Times, 2021) est considéré tout aussi peu responsable, la procédure d'impeachment n’étant pas passé dans les deux cas.

L'utilisation de l’exemple de Bill Clinton et de Monica Lewinsky est ici importante car sur le long terme, nous avons pu voir que la vie de Clinton ne s’est pas arrêtée puisqu’il a pu finir son mandat jusqu’en 2001. Sa côte de popularité n’avait même jamais été aussi élevée que pendant la période de l'impeachment (cnn.com, 1998). Sa vie a pu continué et il a même pu soutenir Hillary Clinton, sa femme, pendant la campagne de 2016.

Monica Lewinsky a vu sa vie devenir plus difficile se voyant refusant des emplois à cause de sa notoriété, même si elle a décidé plus tard de le prendre sur un ton plus humoristique, après tout, “la comédie ce n’est que la tragédie plus le temps”, disait Steven Allen en 1957. 

(Quel est le pire conseil sur votre carrière que vous avez reçu? Un stage à la Maison Blanche serait génial sur ton CV)

 

Cependant, les US regorgent de penseurs qui font évoluer la cause des femmes, des LGBTQI+, des handicapé.e.s, des noir.e.s et de toutes ces minorités. Ces penseurs, dont les élites politiques ont peur aujourd’hui, qui pourraient déchirer “L’identité Française” (New-York Times, 2021). 

L’histoire relatée ci-dessus n’est qu’un exemple du statut des hommes aux US, mais les mouvements récents et l’élection de personnalités telles que Alexandria Ocasio-Cortez, Rachida Tlaib, Ilhan Omar, et même l’arrivée de Kamala Harris en position de Vice Présidente, montrent les avancées possibles et imaginables qui ne l’étaient pas il y a quelques années.

 

Ici, seulement des pays occidentaux ont été considérés, car le travail nécessaire est encore grand. Il peut-être intéressant de regarder également ce qu’il se passe dans des pays où les cultures s’éloignent le plus de notre modèle. On peut penser aux colleurs de serviettes hygiéniques en Inde (Scroll.in, 2015) ou encore à la lutte contre l’excision et les mariages forcés en Côte d’ivoire (Presse Cote d’Ivoire, 2021).

Après avoir présenté ces 3 pays Occidentaux, plus la France, et en prenant les bons et les mauvais exemples, quelles sont les actions qui peuvent être prises aujourd’hui en France pour avancer dans la bonne direction ?

1- En termes d’éducation, il est nécessaire de déconstruire la masculinité toxique construite ces dernières décennies et de prendre le problème du consentement dès le plus jeune âge. Aurélia Blanc  a écrit un guide pour que les garçons soient féministes (Tu seras un homme féministe mon fils, 2018). Ce livre montre la manière pour les parents d'éduquer leurs enfants à respecter les autres. La question du consentement doit être elle aussi centrale, même dans des pays développés comme la Finlande où les violences faites aux femmes sont encore très nombreuses (euractiv, 2020).

2- Lutter contre la précarité menstruelle en donnant accès aux protections hygiéniques. Sans accès aux bons produits, il y a forcément des risques inhérents pour les utilisatrices.

3- Augmentation de la représentativité des femmes et des minorités dans les institutions. Il existe aujourd’hui des associations, comme Elles Aussi, qui favorisent l’entrée des femmes en politique et les aident dans cet environnement historiquement masculin, quelle que soit leur origine politique.

 

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