La laïcité aujourd’hui, les enjeux et l’avenir de la laïcité

Merci au groupe de réflexion pour l'élaboration de ce dernier article sur le thème de la laïcité !

Aujourd’hui la laïcité semble solidement ancrée dans les mœurs politiques françaises.

Selon l’observatoire de la laïcité, il ressort d’une étude d’opinion (quelle étude ?) de 2020 un attachement à la laïcité majoritaire en France, 74% d’entre eux se déclarant attachés à la laïcité telle que définie par le droit. Les Français ne souhaitent globalement pas une modification de la loi de 1905.

Ils sont d’ailleurs 79% à considérer qu’il ne s’agit ni d’une idée de droite ou de gauche mais d’un principe fondamental à la République française. 

Toutefois, ces résultats fluctuent en fonction des générations, les plus jeunes semblent de plus en plus réticents, ils ne sont que 61% à considérer ce principe comme fondamental. Toutefois, une baisse de 10 points a été observée entre 2019 et 2020, témoignant de l’augmentation de défiance envers la laïcité. 

Les contrastes dans la relation des français vis-à-vis de la laïcité semblent se situer en particulier dans les différences d’âge, mais aussi en fonction de la religion des personnes, comme on peut le voir dans l’enquête IFOP publiée en septembre 2015 pour Charlie Hebdo, à l’occasion du procès des attentats de Paris de janvier 2015.

Quelques exemples : 

Quand 17% seulement des Français.e.s déclarent faire passer leurs convictions religieuses devant les valeurs de la République, la proportion monte à 40% chez les Français musulmans. 

Mais en examinant les résultats de manière plus précise, on observe un rapport moins distancié à la religion chez les jeunes. Pour la même question, on observe que la réponse est positive respectivement à 12%, 25% et 37% chez les personnes âgées de 35 ans et plus, les 25-34 ans et les moins de 25 ans. Ces chiffres montent à 25%, 42% et même 74% pour les Français musulmans, pour des classes d’âge identiques.

Le débat sur la laïcité semble de nos jours principalement sur la place de l’Islam en France. On observe en effet, depuis le début des années 2010, un afflux de polémiques autour des pratiques de cette religion. Cela s’explique par de nombreuses raisons. Lorsque la laïcité fut instituée en France, notamment par la fameuse loi de 1905, c’était un pays majoritairement catholique mais avec une Eglise en perte de vitesse et d’influence depuis la Révolution, dont les minorités religieuses juive et protestante avaient des rapports anciens avec le reste de la société - globalement apaisés, hormis le phénomène de l’antisémitisme. 

La croissance rapide du nombre de musulmans dans la population française (entre 3,3 et 5 millions de Français musulmans en 2019 selon l’Observatoire de la Laïcité) en quelques décennies pose de multiples défis. Il y a tout d’abord un manque de lieux de culte sur le territoire, et d’imams venant du territoire français. Ces manques de moyens conjugués à l’absence d’organisation plus ou moins centralisée du culte musulman ont souvent rendu les fidèles dépendants de financements et d’influence étrangères pour la pratique de leur culte dans des conditions correctes. 

Il peut par ailleurs y avoir une incompréhension voire une vision conflictuelle du principe de laïcité de la part de personnes issues monde musulman, comme l’Eglise a pu être en conflit par le passé, avant d’être contrainte de s’y soumettre. Enfin, les musulmans de France sont souvent victimes de racisme du fait de leur origine, au-delà de l’appartenance religieuse. Cela pousse certains jeunes français qui se sentent rejetés par la République à construire leur identité autour de la religion, qui les accepte et les reconnaît, jusqu’à en arriver, dans les cas extrêmes, à rejeter en retour la France.

Plus largement, alors que le nombre de croyants et surtout de pratiquants est en baisse constante en France, toutes religions confondues, on assiste à un retour du fait religieux, qui vient notamment se substituer aux anciennes institutions laïques telles que les syndicats ou les partis politiques de masse.

Les discours de défiance envers l’Islam ou les musulmans, déjà bien présents dans les médias et dans les discours politiques, se sont amplifiés mais surtout “décomplexé” suite aux attentats de 2015 sur le territoire français. Les discours stigmatisants sont monnaie commune dans une partie du paysage médiatique, notamment les chaînes d’information en continu et la presse conservatrice, ainsi que dans les positionnements politiques, principalement à droite. 

Il est nécessaire et juste de défendre les personnes victimes de stigmatisations et vexations en raison de leur religion, souvent doublées de racisme et de mépris social. Ceci est la raison d’être de la laïcité, qui repose sur la liberté individuelle. Ici il s’agit de la liberté laissée à tous croire ou de ne pas croire, tant que cela n’empiète pas sur la liberté des autres de ne pas croire ou de croire. Le problème arrive quand, au nom de la lutte contre les discriminations et pour les minorités, on en arrive à condamner la critique d’une religion. C’est le piège tendu par les ennemis de la laïcité. Car si toute personne a droit au respect, la liberté d’expression, principe fondamental d’une démocratie de citoyens libres, nécessite que toute idée (y compris les religions) puisse être discutée, portée aux nues comme vilipendée. En cela, le concept d’ “islamophobie” est problématique car on ne sait pas bien s’il désigne les comportements discriminatoires ou haineux envers des croyants - condamnables - ou la critique, voire la détestation, d’une religion - opinions permises dans les règles du débat public.

La période actuelle est cruciale pour le principe de laïcité qui, en se rapportant aux débats dans l’espace politico-médiatique, prend un tour dogmatique au détriment de son statut de principe juridique. De plus, la question de la laïcité est de manière croissante le terrain d’affrontement de visions identitaires de la société. Les enjeux que révèlent les débats publics nous font penser que ce concept en France pourrait connaître des changements de définition, sur le fond comme dans la pratique. Emmanuel Macron avait pour projet de réformer la loi de 1905, avant de se désister en mars 2019. L’actuel projet de loi “Contre le séparatisme” s’inscrit dans cette dynamique, en présentant un visage très répressif de la laïcité.

Malgré le fait que le principe de laïcité soit défini dans la loi de 1905, il reste sujet à interprétation en France. Si la conception de la laïcité venait à changer, un véritable débat et accord juridique précisant les nouveaux critères de la laïcité devraient avoir lieu. 

La laïcité reste la pierre angulaire de nos institutions, elle est le squelette de la citoyenneté sur lequel chacun devrait s’appuyer. 

C’est à tort que ce concept nous divise puisqu’il vise avant tout à nous rassembler en garantissant à chacun la liberté de croire et de ne pas croire.

C'est sans doute un truisme que d’affirmer que la laïcité vise à rassembler mais les conflits actuels autour de la notion nous invite parfois à rappeler de telle évidence. 

Car telles sont selon nous les questions qui se posent aujourd’hui clairement :

  1. Le principe de laïcité, et les pratiques qui le traduisent en action, doivent-ils évoluer avec les sensibilités des citoyen·nes ? Le cas échéant, quelles évolutions sont souhaitables ou nécessaires ?
  2. Comment faire en sorte d’appliquer la laïcité ? Quelle place pour l’éducation et quelle place pour les restrictions ?

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