Obéir 2/2

Je suis par tempérament et conviction, opposé à l’obéissance lorsqu’elle repose sur le mensonge. Nous sommes nés dans une société plurielle et un régime politique pluraliste dans lequel le citoyen autorise le pouvoir politique à mener des actions en son nom, pas l’inverse. Mais bon, par les temps qui courent, on est à peu près sur de rien. Et l'issue de cette période n'échappe pas à la règle.

À quoi assiste-t-on dans ce qui apparaît de plus en plus comme un drame national ? Le temps des divisions semble s'imposer comme ultime réponse des Français à un pouvoir qui les tyrannise depuis 4 ans, s'employant à épandre tous les motifs de souffrance sur un terrain démocratique déjà bien fragile.  

Ce pouvoir, lui semble être déjà passé à autre chose, du plus sérieux, au temps des élections à venir ; enfin, ce n'est pas si sûr que ça. 2017 aura été l'année au cours de laquelle nous avons collectivement plongé dans l'inconnu.

Faites l’expérience de vous rendre sur les sites de celles et ceux qui se présentent comme autant d’opposants au pouvoir en place.

Allez sur le site d’un PS qui ne doit sa survie médiatique qu’au bénéfice d’élections à 33% de participation. Nous y apprenons que le PS appliquera scrupuleusement la loi concernant les conditions d’accès à ses universités d’été, que le port du masque sera obligatoire, du gel hydroalcoolique à disposition. Tout va donc très bien. Il ne se passe rien dans les rues des villes françaises.

Allez sur celui de LFI, la question des libertés n’y est pas présente. La « vaccination » y est toujours présentée comme un but légitime. La fin est bonne, pas les moyens ; d’où la mollesse des premiers temps de son opposition au « pass sanitaire » avant que son leader ne flaire l’opportunité politique. Être le seul, à « gauche » à soutenir un mouvement populaire, ça peut être utile. Reste que le site du 31 juillet n’intègre en aucune façon l’actualité des manifestations anti-contrôle et anti-discrimination du 24 juillet.

Allez sur la page d’accueil d’EELV, des mouvements d’opposition au « pass », il n’est pas question. Tout juste un onglet « Covid » avec des propositions de mesure économique et sociale, pour « l’après ».

Sur la page de ce qui reste de PCF, la campagne de 2022 est lancée et puis peut-être aussi les deux ou trois suivantes pour son candidat. Des manifestations, du « pass », absolument rien.

Le NPA publie en page d’accueil un « pass » européen et propose un tract qui s’oppose clairement aux décisions présidentielles.

C’est donc aux de bouts de l’arc politique qu’il est possible de rencontrer une pensée politique critique. Les autres mouvements, à commencer par celui qui est à l’origine du macronisme, préfèrent exposer leurs idées de réforme sociale et leurs projets pour 2022, le PCF semblant résumer sa communication à la présentation d’une nouvelle icône.

Nous n’en avons pas fini avec la personnalisation du pouvoir. C’est assez affligeant et cela renvoie aux effets d’une certaine culture politique partagée par de nombreux mouvements qui pensent pouvoir réduire leur projet à l’incarnation d’un seul homme, faisant fi des multiples engagements individuels qui les rendent vivants.

Nous vivons une bien curieuse période au cours de laquelle le citoyen s’est dépossédé, bien aidé en cela par les médias et tout seul de ses prérogatives en abandonnant son droit de vote au nom d’un « tous pourris » ou d’un « à quoi bon » qui contribuent aujourd'hui à renforcer un sentiment commun d'impuissance et de perte d'espoir.

Nous vivons actuellement une période de montée aux extrêmes au-delà d’un clivage des opinions induit par un pouvoir lui-même divisé entre l’envie d’aller le plus loin possible dans son projet et très probablement, celui d’aller employer son temps à autre chose que gouverner.

Je reprendrai ici la phrase devenue classique de Gramsci « La crise consiste [...] dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître. » pour interroger la période actuelle qui en effet semble témoigner d’un impossible, en témoigne les ratés et ratages sanitaires qui ont transformé une épidémie sévère en drame économique mondial. L’ancien n’y consent pas à mourir. Il est même possible de dire qu’il s’accroche jusqu’à hypothéquer la vie des jeunes générations avec l’injection forcée de bout de codes génétiques réputés aider l’organisme à se protéger d’un virus élevé au rang de cause unique de décès en population générale.

S’il y a crise, c’est bien celle de l’intelligence critique qui donnera lieu, peut-être, dans un avenir proche au bannissement des lieux où se déroule une vie commune dans le respect de gestes barrières devenus de véritables rites d’une nouvelle religion.

J’ignore qu’elle sera l’issue de cette très douloureuse période marquée par un enchainement de décisions autoritaires qui contribuent à la souffrance de celles et ceux qui prétendent encore pouvoir disposer de la faculté de juger sans consentir à la domination et l’instrumentalisation par une quelconque doxa fût-elle amplifiée et rendue exclusive de toute pensée critique par la quasi-totalité des médias.

J’évoquais plus haut la quasi-absence de débat politique autour de la question du « pass » sanitaire et sur ces implications individuelles et collectives en termes de disposition de la liberté d’aller et venir, de travailler et de se soigner, au cœur de notre pacte républicain.

Comment allons nous sortir de ce qui prend la forme d’une impasse démocratique ? Comment dépasser un sentiment d'impuissance qui procède aussi d'une expérience concrète de la réalité sociale et professionnelle ? Comment pouvoir d’agir sur des décisions prises par un seul homme qui s'appliquent sans discrimination sur une population qui est réputée l'avoir élu ou contribué à son élection, dans l'attente d'un vrai leader, capable de prendre de vraies mesures. Vous attendiez un "ordre juste" (S. ROYAL), vous avez désormais à la tête d’un exécutif, un individu qui joue avec les institutions et ses arcanes pour mener à bien un projet de changement de modèle politique. C'est peut-être ça, le "jour d'après".

Pour ce qui concerne le droit de vote aux fondements de la citoyenneté, il est désormais rendu conditionnel à la concession par celui qui se pensait pouvoir disposer du choix de voter ou pas, de ce Fabrice DI VIZIO a très justement appelé un sacrifice : sacrifice de celles et ceux qui doivent consentir au mal pour le bien des autres, vaccinés ou morts de la vaccination.

Un mal radical, en effet, un mal qui coupe court au spectacle auquel nous sommes sommés de nous présenter (avec le « pass »), un spectacle où le sordide le dispute au cynique, le mensonge au parjure, la menace de mort au consentement à la maladie nosocomiale ou à l’altération de la santé psychique.

Très curieusement, l’épidémie n’appelle pas de moyens supplémentaires pour l’hôpital, les injecteurs ayant quant-à-eux reçus quelques heureux subsides de la part de l’assurance maladie, grand bien leur fasse à distance de toute déontologie professionnelle et de toute éthique.

Pour le soin « psy », quelques « tickets » et l’argent qui va avec puisque l’argent magique existe, c’est celui qui guéri de tout, le remède universel à tous les maux, celui qui cautérise la plaie sans avoir éteint l’infection.

Vous souffrez d’un confinement absurde : l’argent magique remis à un psychologue vous permettra de changer d’état d’esprit et d’entamer la marche vers la résilience.

Vous souffrez d’un manque de revenu lié aux conséquences des décisions imbéciles qui ont été prises par un pouvoir dont on ignore s’il est irrationnel ou cynique (mais alors là, je ne vois pas pourquoi sauf à parler de projet de « great reset ») : la santé économique n’obéit pas aux mêmes règles que la santé humaine, « l’état de complet bien être, … », débrouillez-vous, ubérisez votre activité, extorquez de la survaleur en recourant au travail dissimulé, débrouillez-vous. Dans le monde d’E. Macron seule compte l’obéissance formelle aux ordres dont les objectifs affichés n’ont probablement que peu de relation avec les objectifs réels.

Nous savons depuis décembre puis plus récemment, qu’il est prêt à ne pas être réélu, amené à prendre des décisions difficiles (c’est lui qui l’a dit). Je m’interroge alors sur l’après et sur le sens que cela peut avoir chez un individu qui semble n’avoir pour seul sens politique que celui qui s’attache aux moyens à mettre en œuvre pour conquérir le pouvoir, mais pas pour l’exercer.

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