Le djihadisme, conséquence des erreurs politiques dans la gestion du chômage

Une des origines du djihadisme est le chômage des jeunes. Les gouvernements successifs n'ont jamais réussi à comprendre qu'il fallait répartir le temps de travail notamment en direction des jeunes. Une société clivée crée la révolte sous diverses formes que des jeunes d'origine maghrébine ont trouvé dans la délinquance d'abord, dans le radicalisme ensuite.

 

En période économique et industrielle faste, les gouvernements français et belge ont été recruter de la main d'œuvre maghrébine. Vingt ans plus tard, la France et la Belgique ont peu à peu connu une crise économique grave, européenne, et les gouvernements n'ont pas osé répartir le travail entre tous et notamment aussi aux jeunes.

Au lieu d'une politique d'assistanat par allocations, il fallait viser un taux de chômage égal à zéro et répartir le travail public et privé disponible entre tous, notamment en diminuant le temps de travail individuel pour mieux distribuer les emplois entre tous, aussi convertir les charges sociales des entreprises destinées aux budgets destinés aux allocations de chômage en investissements d'embauche et masse salariale nette.

Les enfants des adultes d'origine maghrébine recrutés par nos pays se sont retrouvés sans travail, sans revenus, sans perspective d'avenir. Certains ont donc cherché des revenus par la délinquance, frustrés par une société qui ne leur a pas trouvé une place. Une rancoeur s'est installée et une rupture avec la société, initiée par notre société elle-même.

Les dérives dans la délinquance et même le djihadisme ne doivent pas nous étonner. Il faut aussi faire son autocritique, politique, sociale, économique.

Nous avons laissé sur le bord de la route des millions de jeunes sans emploi, sans ressources suffisantes, sans perspectives d'avenir. Cette frustration a pu être plus grande encore dans les milieux populaires et plus encore dans les populations d'origine maghrébine parfois montrées du doigt ou stigmatisées.

La frustration a généré une rupture, parfois définitive, pour certains qui se sont radicalisés dans un état d'esprit de vengeance contre cette société qui les a négligés, oubliés, marginalisés, enlisés, qui a en quelque sorte exterminé leur vie et leur avenir.

La recherche d'une identité jugée plus digne, plus noble à travers la religion de leurs parents, ensuite dévoyée vers des causes faussement militantes a pu redonner illusion de sens à une vie en impasse. Le mélange de ces ingrédients de sentiments de révolte, de comportements délinquants et d'appartenance à une communauté identitaire aboutit à des actions synonymes pour eux d'éclat à travers les réseaux sociaux.

Leurs parents avaient la chance de retourner au pays, parfois pour vacances, parfois pour retraite, avec un sentiment de réussite. Leurs enfants, djihadistes aujourd'hui, retournent aussi sur leurs terres d'origine comme pour retrouver un sens et une identité sociale et culturelle plus digne pensent-ils que ce qu'ils trouvent en Europe ou plutôt ont reçu de l'Europe des années 2000.

La politique depuis 40 ans, incapable de juguler le chômage et de répartir l'emploi disponible entre tous, a laissé se développer la crise et le chômage et a créé le terreau du djihadisme. Nous devons aussi assumer nos erreurs, dont sont d'ailleurs victimes tous nos jeunes, presque sans distinction.

Une société qui laisse s'imprimer la primauté de l'économique sur une gestion politique attentive à une égalité entre citoyens et notamment ses jeunes ne doit pas s'étonner que sa jeunesse se révolte, avec diverses formes d'expression et de dérives. Mais n'est-ce pas la société qui a elle-même dévié de sa trajectoire, de ses promesses, de ses responsabilités ?

Priver sa jeunesse d'avenir, de rêves et de bonheur, n'est-ce pas aussi une forme de djihadisme, une sorte d'holocauste ? Même s'il y a une horreur dans les actes terroristes, il ne suffit pas de les dénoncer et hurler devant ces drames, il nous faut aussi faire notre autocritique.


Si ces  jeunes avaient trouvé du travail, des revenus corrects, une vie plus digne dans une civilisation qui dispose globalement de richesses, nous n'aurions pas de tels djihadistes franco-belgo-maghrébins. Les partis politiques n'ont pas eu le cœur ni la lucidité ni l'audace de répartir le travail notamment à l'attention de sa jeunesse, et encore moins aux jeunes d'origine maghrébine. Depuis 40 ans. Voilà l'origine du crime, voilà le premier crime, politique. Avoir laissé la jeunesse se faire assassiner par l'économie. 

 

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