Lettre candide d’un « rien »

Interrogation d'un être humain ordinaire sur un possible avenir pour nos enfants...

Donc nous en sommes là ?

Déjà ?

Si vite aux portes d’une nouvelle ère de destruction massive ?

Massive ne veut pas dire qu’il faille passer sous silence toutes les victimes, familles de victimes et autres « dégâts collatéraux » que les incessants conflits armés génèrent depuis la fin officielle de la seconde guerre mondiale. Car oui, l’humanité n’a jamais cessé d’être en guerre depuis ce jour. Et qu’elles soient stratégiques, géopolitiques, ethniques, religieuses, civiles ou autres, leur seul point commun est d’avoir été destructrices pour des millions d’êtres humains dont la seule aspiration était de vivre en paix avec son voisin.

Massive parce qu’il faut être aveugle et sourd, ou fou, pour refuser plus longtemps de voir la catastrophe (l’effondrement ? l’apocalypse ?) vers laquelle nous entraînent tous les dirigeants de la planète. Par docilité ou ignorance pour les plus bêtes – car oui certaines de nos pseudos-démocraties sont gouvernées par quelques moutons bêtes –, par esprit de supériorité démesurément développés des plus féroces.

De toutes les parties du monde encore épargnées par les conflits armés depuis 1945 remontent les signes avant coureurs d’un embrasement dont personne aujourd’hui, même ceux qui se pensent à l’abri dans leurs forteresses dorées, ne peut prédire où il nous mènera. Bien sûr, nos « belles démocraties » peuvent continuer à faire l’autruche, chacun de nous peut continuer à se réfugier dans son petit monde ultra-connecté, s’accrocher à son appartenance factice à une « grande communauté », quelle qu’en soit la nature… religieuse, sexuelle, alimentaire, raciale, etc.

Mais il est clair que tous les ingrédients pour un retour à la barbarie sont là. Et quand les discours se veulent rassembleurs, dans les faits la réalité est toute autre.

Force est de constater que depuis le début de ce siècle, tous les droits acquis au cours du précédent, souvent dans la douleur et la lutte, sont menacés, pour la plupart déjà mis en pièces. Droits de l’homme, de la femme, droits sociaux, droit de manifester, liberté d’expression, etc. … tout y passe. Dans notre société de bruit et de rapidité, si l’on écoute sans trop y prêter attention les belles paroles qui nous sont concoctées par les nouveaux régulateurs du monde, nous pourrions presque croire que cette destruction systématique de nos acquis est mise en place pour notre plus grand bien. Si l’on n’y prête pas trop attention… car dans le cas contraire, nous ne pouvons que trembler devant le monde que cette élite « qui sait » nous prépare. Il n’y a rien de pire que quelqu’un qui « sait ». Quelqu’un qui « sait » n’est plus en mesure d’entendre la moindre pensée alternative, puisqu’il est certain de détenir « La » vérité…

Qu’il s’agisse de nos libertés individuelles, collectives, de notre alimentation, de notre santé, de l’environnement dans lequel nous et nos enfants grandiront, de nos croyances, voire de nos rêves, cette élite « qui sait » nous prépare un avenir « d’esclaves heureux ». Convaincue de la justesse de sa réflexion, elle ne peut même pas concevoir une autre voie à explorer. Elle est sûre de son fait… et gare à ceux qui refuseront de suivre le mouvement.

Au 21ème siècle, tout est permis. On peut laisser des partenaires bombarder des civils innocents à des seules fins économiques ; on peut affamer une population entière en criant « Haro ! » contre son dirigeant à seule fin de récupérer ses richesses ; on peut entretenir le flou entre le rejet (condamnable) d’une religion et la critique d’une politique dévastatrice ; assassiner une être humain pour son appartenance ethnique, sexuelle, politique ou religieuse ; utiliser un slogan d’inspiration nazie pour promouvoir les voitures qu’Hitler, lui-même a fait construire avec le sang de ses victimes. Ces évènements font « la une » quelques heures avant d’être relayés en arrière plan par le lancement d’un nouveau smartphone, les dernières péripéties d’un(e) people star de la vulgarité, le dernier tueur de masses qui rêve de supplanter tous ses prédécesseurs… Aujourd’hui, tout est permis.

Nous sommes sommes dans la dernière période de test avant un basculement vers des régimes ouvertement tyranniques. Des bataillons entiers de nouveaux « Eichmann » ont été formatés et sont prêts à exécuter les ordres sans en remettre une seconde en cause le bien-fondé.

Il y a, bien sûr, des signes d’espoir, une mobilisation de plus en plus grande pour les causes essentielles que sont les bouleversements environnementaux qui se préparent, la lutte des femmes pour accéder (enfin) à l’égalité avec les hommes, particulièrement dans les zones où le patriarcat est une institution séculaire, la résistance naissante de la masse des laissés pour compte face aux mépris des élites politiques et financières. Il y a des propositions pour expérimenter d’autres systèmes de vie en société, axées non plus sur la compétition mais sur la collaboration. Mais le temps presse…

L’humanité est aujourd’hui face à un choix : un avenir à redéfinir ensemble ou l’extinction de notre présence sur Terre.

Il ne s’agit pas de la planète. Si lourd que soit le tribut que lui impose notre folie consumériste, la vie retrouvera son chemin et la Terre saura très vite effacer toute trace de notre passage.

Il s’agit de l’humanité.

Voulons-nous, oui ou non, au-delà de nos égos ridicules tant ils sont insignifiants, donner une chance à l’humanité ?

Les mots qui suivent furent écrits le 7 mai 1947 par Albert Camus. Leur actualité est troublante :

« Le monde d’aujourd’hui n’est pas celui de l’espérance. Nous reviendrons peut-être à l’Apocalypse. Mais la capitulation de l’Allemagne, cette victoire contre toute raison et contre tout espoir, illustreront pour longtemps cette impuissance de la force dont Napoléon parlait avec mélancolie : « A la longue, Fontanes, l’esprit finit toujours par vaincre l’épée ». A la longue, oui… Mais après tout, une bonne règle de conduite est de penser que l’esprit libre a toujours raison et finit toujours par triompher, puisque le jour où il cessera d’avoir raison sera celui où l’humanité tout entière aura tort et où l’histoire des hommes aura perdu son sens. »

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