La langue française aux États-Unis : quel avenir ?

Souvent, on entend la presse française parle du globish comme menace. Or, aux États-Unis c’est l’apprentissage de la langue française qui est menacé par la langue espagnole, voire le chinois. La France doit faire plus pour que sa langue fleurisse en Amérique.

En tant qu’Américain, je viens de lire un énième article dans les médias français à propos de l’usage du globish en France. Cette fois, l’hebdomadaire Marianne nous avertit que les sociétés des origines étatiques (EDF, Orange, et cetera) sont les coupables parce qu’ils utilisent ce mélange de franglais dans lequel on trouve des mots «100% globish.» Moi qui suis en train d’apprendre la langue de Molière demande pourquoi les Français ont tel enthousiasme pour une langue qui n’est pas ni jolie ni très à la mode dans une époque trumpienne si lamentable. 

J’avais commencé d’apprendre la langue française tard dans ma vie, quand j’avais 50 ans. Comme la plupart d’Américains, je parlais qu’une seule langue, l’anglais. C’était un parcours long, difficile et j’ai plus de travail à faire pour arriver à mon niveau idéal. Mais après avoir suivi quelques cours de français, je me suis tourné vers les chaînes radiophoniques françaises en essayant de comprendre comment les «vrais» Français et Françaises parlent. Pour moi, c’était surprenant d’entendre de temps un temps pas mal des mots anglais. Depuis, la situation n’a pas amélioré. Actuellement, j’observe de plus en plus des mots anglais chaque jour sur les chaînes de radio et de télévision.

À l’autre côté d’Atlantique aux États-Unis, l’apprentissage de cette belle langue française est de moins en moins possible. Selon le Chronicle of Higher Eduction (Chronique de l’enseignement supérieur), plus de 600 universités américaines ont coupé leurs programmes d’enseignement des langues étrangères de 2013 à 2016. Le Modern Language Association (Association de la langue moderne) a rapporté que le taux d’inscription des cours des langues étrangères a baissé 9,2 % de 2013 à 2016. Quant au niveau d’éducation primaire et secondaire, le bilan n’est pas étincelant non plus. Le Pew Research Center (Centre de recherche Pew) a indiqué qu’en 2017 seulement 20 % d’étudiants primaires et secondaires aux États-Unis étaient inscrits dans un cours de langue étrangère. 

Où j’habite en Californie, l’apprentissage d’une deuxième langue est obligatoire au lycée. Malheureusement, la langue française est mal vue par la plupart d’étudiants. Plutôt, c’est l’espagnol qui les enchante. Bien sûr, la Californie est un état au caractère latino-américain, mais j’ai bien peur que la langue française soit la victime d’emballement d’autres langues comme l’espagnol ou le chinois. Ou simplement parce que les Français eux-mêmes s’en fichent de leur propre langue ?

Récemment, j’ai eu l’occasion de regarder quelques postes à Paris sur Indeed (fr). La société Criteo y sollicite des ingénieurs logiciels auxquels le bon anglais est un atout essentiel, mais la langue française est facultative. Donc, si je travaille à Paris, je vais parler l’anglais avec mes collègues ? Je le trouve bizarre qu’un pays qui s’inquiète des effets néfastes des GAFA continue volontiers l’épandage du globish.

Bien sûr, je comprends le désir pour la France d’être un acteur majeur dans le secteur de la technologie et donc l’utilisation d’Anglais est nécessaire pour tisser des liens mondiaux. Mais la langue de la République est le français. C’est écrit dans la constitution, article 2. Je n’imagine pas une seconde que les Français sont prêts de sacrifier cette langue pour rétablir une économie croissante ni que ce soit nécessaire. S’il vous plaît, ne salez pas votre langue avec la mienne !   

Ensuite, j’aimerais voir l’État français redoubler ses efforts d’établir l’apprentissage de la langue et la culture française aux États-Unis. Trop souvent et tristement, c’est le sentiment contre la France et les Français qui règnent en Amérique. Malheureusement, l’institution culturelle Alliance Française qui a pour objectif «de faire rayonner la langue française et la culture française» est souvent le pire des endroits d’apprendre la langue et la culture. Je suis désolé de le dire, mais c’est la vérité. Mon expérience était que les professeurs ne sont pas assez formés ni qualifiés pour cette mission. Donc pour quelqu’un qui a envie d’apprendre la langue, c’est presque une mission impossible.

En ce qui concerne l’éducation primaire et secondaire, il y a un autre problème. Presque tous les professeurs de français aux États-Unis ne connaissent pas la langue et la culture profondément parce que ce sont des Américains majoritairement formés ici. Leur connaissance de la France et la culture sont souvent d’un caractère démodé, c’est-à-dire la France d’antan. Et leurs liens avec la France d’aujourd’hui n’existent pas. Le mouvement des gilets jaunes ou les grèves récentes sont des choses qu’on lit dans nos journaux, mais qui ne sont pas bien comprises dans leur contexte actuel.  

À mon avis, la clé pour l’apprentissage d’une langue est d’instiller un amour pour la langue, la culture, et même son peuple. Cet apprentissage devrait aller bien au-delà les sujets stéréotypes de la révolution, la gastronomie, la mode, et les symboles touristiques de Paris. On devrait trouver les moyens pour que la France et son peuple aillent rayonner en Amérique. J’appelle pour l’État français d’investir dans une telle mission. La France profiterait autant que mes concitoyens.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.