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Billet de blog 12 mars 2017

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La catastrophe annoncée : la gauche dans l’impasse stratégique

Les prochaines élections présidentielles risquent fort de se solder par une catastrophe politique, à rebours des aspirations sociales majoritaires sur les salaires, l’emploi, la sécu[1] Cela exige de revenir sur le débat de fond mais aussi et surtout de considérer que l’impasse où nous sommes à gauche, au-delà de légitimes désaccords sur les programmes, est d’abord stratégique

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Les prochaines élections présidentielles risquent fort de se solder par une catastrophe politique, à rebours des aspirations sociales majoritaires sur les salaires, l’emploi, la sécu[1]

Cela exige de revenir sur le débat de fond mais aussi et surtout de considérer que l’impasse où nous sommes à gauche, au-delà de légitimes désaccords sur les programmes, est d’abord stratégique

I  État des lieux

  • à quels dangers sommes nous confrontés ? il y a tromperie à réduire le danger à Le Pen , même si celui-ci est grand. En réalité la menace est triple : Le Pen, Fillon , Macron. On peut d’ailleurs observer que les programmes économiques et sociaux de Fillon et de Macron sont pratiquement interchangeables. Mais , tout est fait pour évacuer cette réalité majeure, en utilisant l’alibi Le Pen et on voit fleurir les appels au vote utile Macron, « pour éviter Le Pen », au passage en légitimant la casse de notre système social annoncé par Macron.[2]
  • ceux qui se livrent à ce genre de manœuvre sont d’une irresponsabilité, d’un cynisme absolus, d’autant plus qu’en même temps d’autres vont aller voter le Pen pour éviter Macron ! Ces apprentis sorciers ignorent donc que 5 ans de Macron (ou de Fillon) c’est la porte ouverte à l’élection de Le Pen en 2022 ? ignorent ils que la seule manière d’éviter durablement Le Pen est de commencer à apporter des solutions en terme de progrès social et économique plutôt que de s’enfoncer encore plus. Mais bien évidemment, ce n’est pas compatible avec les intérêts du Medef.
  • à l’heure actuelle , ni Hamon ni Mélenchon ne sont en situation d’être au second tour : c’est une donnée déplaisante mais qu’il est préférable de prendre en compte plutôt que de prendre ses espérances (qui sont aussi les miennes) pour des réalités. Voir la situation telle qu’elle est et non pas comme on le rêverait est le préalable pour en sortir. On objectera que tout ceci est le résultat de la politique de Hollande : c’est exact mais en quoi cela nous dispense de chercher une issue ?
  • il est aujourd’hui indéniable que la candidature de JLM, en dépit d’une bonne campagne , et de propositions bien plus crédibles que tous les autres candidats, même si elles sont parfois discutables[3], est sur un plateau à 11 ou 12% ce qui annonce un score honorable mais en aucun cas , l’accès , voire la victoire au second tour .Et cela tient , beaucoup plus qu’à ses propositions ou à sa personnalité, à un problème de stratégie qui affecte lourdement sa crédibilité et au delà celle de tout changement véritable.

II   L’élection présidentielle au cœur du problème

1)   Elle détourne les enjeux

  • Paradoxe : les préoccupations majeures sont toujours l’emploi, les salaires et la santé , et pourtant deux(Fillon, Macron) des trois candidats affichés en tête nous promettent clairement de nouvelles régressions , d’un niveau sans précédent, alimentant ainsi le fond de commerce démagogue et xénophobe de la troisième .
  • l’élection présidentielle, à droite comme à gauche est une pièce centrale de ce jeu de passe passe,elle empêche tout vrai débat, et pousse les électeurs placés face à un théâtre soigneusement préfabriqué par les medias à voter contre leurs intérêts .
  •  La manière dont les turpitudes de Fillon sont mises en scène aboutit ainsi à l’évacuation quasi-totale du débat de fond .Et on voit certains qui se disent de gauche, utiliser l’alibi Le Pen et le danger des forces « rétrogrades » pour appeler au vote Macron, parce que sans doute casser le code du travail, briser l’assurance maladie, et les retraites, ouvrir la chasse aux chômeurs, laminer les services publics, ce n’est pas être « rétrograde » ?

2)   Le système présidentiel contre la gauche

  • Peut-on rappeler que le PS est devenu dominant à gauche par le biais de l’élection présidentielle, par la sacralisation de Mitterrand , le tout débouchant sur la marginalisation du parti communiste et de ce fait, des 1983, sur une politique qui a tourné le dos aux intérêts des travailleurs pour le plus grand avantage des profits capitalistes . Cette réalité pèse évidemment sur toute perspective de reconstruction à gauche, d’autant plus qu’avec Hollande, la coupe a été définitivement pleine. le rapport de forces à gauche a été depuis plus de 30 ans modelé par l’élection présidentielle, avec pour résultat de saper de plus en plus toute idée de progrès social
  • il a été relevé par beaucoup de monde qu’une candidature unique Hamon Mélenchon ouvrirait l’accès au second tour. C’est une réalité arithmétique qui n’a pas pu se convertir en réalité politique, et il convient d’examiner pourquoi.
  • la monarchie présidentielle, le caractère structurant de l’élection présidentielle pèsent très lourdement même chez ceux qui les contestent (plus ou moins) mais qui fonctionnent quand même dans ce cadre. Et passer de deux candidats à un (ce qui serait une nécessité arithmétique) c’est en même temps tuer le compromis nécessaire puisque celui qui se retire, dans notre contexte institutionnel, perd tout. Poser le débat par la focalisation sur les candidats ne pouvait qu’aboutir à l’impasse actuelle
  • les désaccords entre les candidats pourraient être réglés seulement en sortant du cadre présidentiel (où un seul homme tranche de tout) pour s’en remettre à un futur parlement ou directement au peuple (referendum)
  • il aurait été possible de défricher cette voie si en même temps il y avait, des deux côtés une perspective d’entente entre une fraction du PS et la gauche radicale, mais c’est là où la stratégie de JLM percute la réalité de ce qu’est le courant réformiste en France, au-delà du PS

III    « en finir avec le PS » un objectif crédible ?

1)     Le réformisme une réalité historique

  • beaucoup de partisans de JLM sont catégoriques sur le sujet « plus jamais le PS » . Il est piquant de constater que beaucoup de ceux qui émettent cette affirmation tranchée avouent en même temps tranquillement qu’ils ont pendant longtemps voté pour le PS au 1er tour, confortant ainsi le rapport de forces qui nous a conduit où nous sommes, mais il n’est jamais trop tard pour changer.
  • l’essentiel est surtout qu’il est totalement vain d’espérer la disparition du courant réformiste dans ce pays et d’espérer qu’une nouvelle force qui ne serait plus réformiste pourrait couvrir tout l’espace politique à gauche , et c’est là depuis 2012, la grande erreur stratégique de JLM qui le conduit aujourd’hui dans l’impasse et nous avec.
  • il existe depuis largement plus de 100 ans un courant réformiste dans ce pays, et il a survécu à toutes ses turpitudes , au soutien à la guerre en 1914, au vote de la majorité des parlementaires SFIO pour Pétain en 1940, aux guerres coloniales , au virage à 180 degrés de Mitterrand en 1983. et cela tient au fait que des millions de gens dans ce pays sont à la fois favorables à une certaine justice sociale tout en refusant que cela débouche sur trop d’affrontements et de conflits. position hésitante, ambiguë, contradictoire mais largement répandue qui est la base de masse du réformisme
  • alors certes , la base organisationnelle peut changer : il y a un peu plus de 40 ans la SFIO a disparu pour faire place au PS et il est probable que le PS sous sa forme actuelle va se fractionner et faire place à autre chose
  • le courant réformiste a toujours existé , il peut se placer soit sur des positions de progrès social soit sur des positions d’abandon et de reniement cela dépend des circonstances mais surtout du rapport de forces avec un courant révolutionnaire qui lui remet clairement en cause les rapports de production capitalistes.
  • le réformisme existera tant que notre société sera capitaliste parce que  dans une telle société, l’idéologie dominante le favorisera toujours ; espérer sa disparition dans le cadre des rapports sociaux existants est d’une naïveté confondante

2)     L’erreur stratégique

  • dès qu’il a été clair qu’Hollande tournait carrément le dos aux attentes de ses électeurs, JLM a adopté une stratégie qui considérait qu’en poussant un peu fort on allait aboutir à la quasi disparition du PS et à son remplacement par une nouvelle force authentiquement à gauche. Cela devait fonctionner en stigmatisant systématiquement le PS (qui par sa politique offrait effectivement de quoi faire) et en refusant les alliances dans tous les cas de figure.
  • cela n’a pas fonctionné : l’effondrement du PS à toutes les élections intermédiaires n’a absolument pas profité au FDG et au contraire les divergences sur la stratégie ont conduit, sans débat de fond sur la démarche, à la dislocation du FDG
  • le processus se répète pour l’élection présidentielle : certes le candidat officiel du PS s’effondre par rapport à 2012, mais Jean Luc Mélenchon ne décolle guère. Le fait de tout miser sur une structure partidaire nouvelle, la FI ,créée ex nihilo pour cette campagne électorale , en ignorant les forces politiques existantes a permis , certes , un bon démarrage de la campagne , mais pas son élargissement et le postulat qu’une force nouvelle à gauche pouvait balayer tout l’existant et l’emporter seule est démenti par les faits.
  • l’affirmation que la France Insoumise devait être la seule force à gauche, et que pour les autres la seule issue était le ralliement sans conditions à JLM , à son programme , à sa formation politique est apparue comme une négation de la diversité et du pluralisme[4]
  • en résumé , la démarche de Mélenchon, à l’inverse de 2012 s’inscrit dans une vieille tradition politique française , le bonapartisme, où un homme prédéfinit pour le bien du peuple la solution qu’il est ensuite appelé à approuver et valider.
  • la question unitaire est reposée brutalement par la victoire d’Hamon à la primaire du PS qui a pris JLM à contre-pied et par le cours de la campagne avec l’émergence du danger Macron. Et de ce point de vue, la réponse de JLM n’a pas été à la hauteur des enjeux et l’a desservi.

3) l’union incontournable contre le séisme social

  • si une candidature unique n’est sans doute qu’une illusion, (et c’est très regrettable[5]) dans le contexte immédiat de la présidentielle et du contentieux à gauche cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas affirmer en commun un certain nombre de choses
  1. sur les points de convergence entre Hamon et Mélenchon, notamment sur les droits sociaux et sur l’abrogation de la loi travail, et sur la VIème République
  2. sur la manière de traiter les divergences , avec des garanties qu’elles seront tranchées non pas par le futur président mais par le parlement et pour les plus importantes par référendum. ce serait une manière de commencer à sortir de la monarchie présidentielle
  3. sur la dénonciation des propositions de Le Pen Fillon Macron où il y a des convergences dans l’appréciation qui devraient s’exprimer
  • Au stade actuel, un tel accord limité permettrait de redonner un peu de perspective aux deux candidats, cela aiderait aussi pour les législatives où il ne faudrait pas attendre le second tour de la présidentielle pour crier « au feu ».Le Front populaire a été initié en 1934 avec un mot d’ordre « marcher côte à côte et frapper ensemble », il serait bon d’ y revenir, ce serait un début.
  • Macron et Fillon , les deux émules de Thatcher , nous annoncent un séisme politique et social : tout doit être entrepris pour s’y opposer aux présidentielles , aux législatives , et après pour empêcher çà. Tous ceux qui refusent cette perspective dévastatrice (et ils sont la majorité dans ce pays) doivent agir ensemble et faire barrage, ceux qui s’y déroberaient prendraient une très lourde responsabilité

NB sur l’état du PS : il est très visiblement en train de se fractionner .

§       Pour la gauche radicale , il n’est absolument pas indifférent ,sauf à croire qu’elle l’emportera seule (rappel : le plus fort score de la gauche « de gauche » a été en 1945 avec 28 % au PCF . A cette époque , les patrons et la droite rasaient les murs) , que le plus grand nombre d’électeurs de sensibilité socialiste restent à gauche , donc avec Hamon en dépit de toutes ses ambiguïtés plutôt que de passer chez Macron.

§       Si certains ne veulent pas voir qu’avec Macron la disparition formelle du PS s’accompagnerait d’un recyclage du réformisme avec un contenu totalement droitier, c’est atterrant. Le projet de la droite du PS de constitution d’une grande force centriste , d’un parti démocrate à l’italienne , réunissant les soit disant socialistes et les centristes pour une politique totalement libérale serait en voie de réalisation.

  • Hamon émet des velléités de gauche avec un programme incohérent, c’est pourquoi ,a priori, je voterai pour JLM parce que son programme me convient mieux , en dépit de fortes réserves sur sa démarche.
  •  mais Hamon n’est pas mon ennemi, et je voterai pour lui  au second tour comme pour JLM bien sûr si par miracle, un des deux y parvenait.
  • Le Pen, Fillon, Macron sont nos ennemis, ceux qui veulent démolir le cadre social que nos anciens , nous ont laissé en 1945 ; nous devons les combattre sans relâche .

[1] voir Le Monde diplomatique de mars Majorité sociale, minorité politique

http://www.monde-diplomatique.fr/2017/03/AMABLE/57285

[2] voir à ce sujet la contribution des Economistes atterrés qui est très lumineuse http://www.atterres.org/article/emmanuel-macron-l%E2%80%99%C3%A9conomie-en-marche-arri%C3%A8re

et ici même l’excellent article de Martine Orange https://www.mediapart.fr/journal/france/100317/programme-macron-un-copier-coller-des-recommandations-europeennes

[3] https://blogs.mediapart.fr/jjduch/blog/100217/le-programme-de-jean-luc-melenchon-elements-critiques

[4] la charte de la France Insoumise pour les législatives est de ce point de vue une illustration inquiétante puisque elle entend soumettre les futurs députés aux consignes de la France insoumise. En son temps, De Gaulle parlait de ses godillots. Il faudrait expliquer comment une telle démarche est compatible avec la fin de la monarchie présidentielle et la VIème république si les représentants du peuple ne sont plus responsables devant lui mais devant un parti , quel qu’il soit. voir à ce sujet https://blogs.mediapart.fr/tchapaiev/blog/210117/la-charte-de-france-insoumise-et-le-pcf

[5]Pour une candidature commune à l’élection présidentielle et un pacte de majorité

https://www.change.org/p/pr%C3%A9sidentielle-l-urgence-d-un-rassemblement-%C3%A0-gauche?recruiter=692603207&utm_source=share_petition&utm_medium=email&utm_campaign=share_email_responsive

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