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Billet de blog 26 mars 2018

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Mouvement social : convergences

Ce qui va se jouer dans les prochaines semaines (autour notamment du conflit pour préserver le service public ferroviaire) sera vital pour l’avenir de tout notre modèle social

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Ce qui va se jouer dans les prochaines semaines (autour notamment du conflit pour préserver le service public ferroviaire) sera vital pour l’avenir de tout notre modèle social

  • Ou le rouleau compresseur Macron l’emporte et après les cheminots, ce sera le tour de la Sécu, de la santé et de l’ensemble des services publics.. Ce n’est pas par hasard que Macron affiche son admiration pour Thatcher qui en brisant la grève des mineurs avait mis à genoux tout le mouvement ouvrier britannique
  • Ou les mouvements sociaux sont assez forts pour enrayer la marche vers l’arrière de Macron , pour l’instant droit dans ses bottes (comme un certain Juppé en 1995).

Pour cela, il faut que les luttes des uns et des autres s’affirment partout et convergent

Les raisons des uns et des autres d’entrer dans l’action sont diverses

  • exaspération et épuisement des personnels de santé
  • colère des retraités taxés par Macron pour engraisser les « premiers de cordée »
  • inquiétude des enseignants devant la casse à venir du Lycée
  • colère des fonctionnaires dont le salaire net baisse, contrairement à toutes les promesses de Macron et devant les suppressions de postes massives à venir
  • indignation des cheminots devant la mise à l’encan de leur service public
  • Les motifs de mécontentement (dans un contexte global où les illusions sur Macron reculent) ne sont pas les mêmes et chacun part en lutte au départ sur ce qu’il connaît le mieux et qui le concerne le plus directement. C’est un processus normal et qui n’a rien de corporatiste ou de catégoriel à partir du moment où chacun prend conscience qu’il est confronté à la même politique globale , cohérente , même si ses modalités sont évidemment différentes d’un secteur à l’autre.
  • Dans chaque secteur, la perception plus claire de ce que fait Macron peut amener à surmonter la chape de plomb de la résignation et conduire les personnels à l’action massive et unitaire : ce n’est pas un hasard si la grève s’annonce particulièrement forte à la SNCF et si l’unité intersyndicale y est réalisée, les organisations réformistes n’ayant d’autre choix, sauf suicide, que d’entrer aussi dans la lutte.
  • ce qui se construit, secteur par secteur, avec des préoccupations immédiates et des configurations unitaires qui diffèrent, est un point d’appui précieux pour tous : il est normal que la lutte pour l’Hôpital démarre avec les personnels de santé, que celle pour la SNCF s’amorce avec les cheminots…

Mais tous ces mouvements sont appelés à faire cause commune

  • Les uns et les autres sont en effet les victimes d’une volonté délibérée du pouvoir et du grand patronat de diminuer les coûts salariaux et les prestations sociales pour en donner toujours plus aux plus riches
  • C’est aussi et c’est essentiel , la volonté d’offrir au capital de nouvelles sources de profit par la mise à mal des services publics et de la protection sociale , le privé piaffant d’offrir des alternatives (pour ceux qui peuvent payer ) que ce soit pour l’hôpital ou le ferroviaire. Ce qui s’est passé avec les autoroutes privatisées à vil prix au bénéfice des géants du BTP n’est qu’un hors d’œuvre.
  • Face à un pouvoir dont la détermination n’est pas factice et qui dispose de tous les moyens de l’état et du patronat , qui peut compter sur le soutien servile de tous les grands médias, il faut que ces actions se rejoignent , que ce soit la SNCF, la Fonction publique , les retraités , les travailleurs en lutte pour leur pouvoir d’achat et leur emploi.
  • En face, ils sont solidaires pour défendre les intérêts de classe de la grande bourgeoisie, on ne pourra gagner qu’en leur opposant notre solidarité, et cela en partant des raisons qui poussent chacun à l’action et qui loin de s’opposer se complètent du travailleur de Ford à Bordeaux au prof et à l’infirmière et au cheminot.

Les services publics un enjeu essentiel pour ceux qui les font vivre mais aussi et surtout pour les usagers

 Enfin, il importe de faire mesurer à chacun comment les services publics sont menacés et ce que chacun a à y perdre

  • sur l’Hôpital et sur la Sécu, ce qui s’esquisse par la remise en cause des cotisations sociales, par  l’amputation des moyens, c’est l’universalité de l’accès aux soins, au profit des cliniques privées et des assurances privées (AXA frétille déjà).
  • sur le ferroviaire, ce qui se profile avec l’ouverture à la concurrence, c'est-à-dire la privatisation , c’est la fermeture de « ce qui n’est pas rentable » et la privatisation des secteurs rentables , avec à la clé l’explosion des tarifs et ou un entretien encore dégradé (il faut bien faire des profits)

 Le salarié francilien (ou autre) qui risque d’être effectivement fortement gêné pour aller travailler dans les prochaines semaines, doit prendre conscience de ces enjeux

  • la responsabilité du conflit incombe à Macron qui impose sa réforme à la hache, par ordonnances, en refusant toute négociation, alors qu’il n’a rien dit sur ce sujet dans sa campagne électorale
  • si les cheminots laissent faire, ils en seront bien sûr les premières victimes mais au-delà le service public lui-même et ses usagers
  • une gêne importante pendant quelques semaines ou une dégradation sans doute irréversible du service public ? C’est aux usagers aussi de choisir et peut-être de s’informer sur ce que cela a donné en Angleterre en terme de retards , d’accidents, et de tarifs explosés.

NB Pour empêcher cette convergence entre personnels et usagers , le pouvoir mise sur la dégradation réelle des services publics qui conduit trop d’usagers à incriminer les personnels qu’ils peuvent croiser (cheminots , infirmières, profs) plutôt que les décideurs (directions et politiques)..

Il est en effet plus facile pour des dysfonctionnements réels et inadmissibles d’incriminer le guichetier qui n’en peut mais plutôt que le sieur Pepy patron de la SNCF ou les ministres des transports successifs.

Et cette dégradation des services publics n’est pas l’effet du hasard mais d’une politique délibérée.

 Parole d’un « marcheur »

« Le problème que nous avons en France, c'est que les gens sont contents des services publics. L'hôpital fonctionne bien, l'École fonctionne bien, la police fonctionne bien. Alors il faut tenir un discours, expliquer que nous sommes à deux doigts d'une crise majeure …..- mais sans paniquer les gens, car à ce moment-là, ils se recroquevillent comme des tortues. »Renaud Dutreil ministre de la Fonction publique de Chirac discours tenu devant une officine patronale le 20 octobre 2004

Monsieur Dutreil considérait donc qu’un service public qui fonctionne bien est un « problème », lui et ses successeurs se sont attachés à y remédier, à coup d’amputations budgétaires massives pour ensuite s’indigner devant le résultat. Monsieur Dutreil est ensuite passé dans « les affaires » (LVMH notamment) et il a soutenu la candidature Macron en 2017.

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