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Comment soumettre les populations par l’austérité

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L’austérité est l’opium du peuple

Tribune de Michel Santi, dans Marianne, mardi 31 Décembre 2013 à 05:00

Ne nous y trompons pas, derrière cette lutte de classes que livrent avec ferveur, et dédain pour ceux qui ne partagent par leurs positions, les partisans de la rigueur, il semblerait bien que la préoccupation fondamentale de ces « austériens » soit de ne pas laisser passer cette crise sans adopter encore et toujours plus de réformes « structurelles ».

Illustration - Shizuo Kambayashi/AP/SIPA

« Austériens de tous les pays: unissez-vous ! » Telle est en effet la rengaine servie par les obsessionnels de la rigueur fiscale et budgétaire dont les arguments prennent volontairement des intonations moralisatrices afin de masquer les vrais enjeux. C’est à peu près à ce moment que l’on nous vante l’aspect expiatoire qui impose de faire des sacrifices et de se serrer la ceinture en cas de crise.

Autrement dit : la vertu par l’austérité. Pour autant, ne nous y trompons pas. En effet, derrière cette lutte de classes que livrent avec ferveur, et dédain pour ceux qui ne partagent par leurs positions, les partisans de la rigueur. Derrière l’hypocrise de cette caste ultra-libérale bien consciente que les économies budgétaires et que le recul de l’Etat ne feront que distribuer davantage les ressources en sa faveur. Il semblerait bien que la préoccupation fondamentale de ces « austériens » soit de ne pas laisser passer cette crise sans adopter encore et toujours plus de réformes « structurelles ».

Autoriser aujourd’hui des mesures de relance de la croissance et desserrer ainsi l’étau insoutenable qui étouffe les populations reviendraient en effet à…gaspiller une bonne crise. Et à n’en pas tirer parti du point de vue de la rationalisation, de la dérégulation, comme de l’amélioration de la sacro-saint compétitivité ! A cet égard, pour les défenseurs de l’orthodoxie budgétaire, le cas récent du Japon est l’équivalent de l’Antéchrist.
 
Voilà en effet un pays qui stagne depuis plusieurs décennies, qui subit une instabilité gouvernementale endémique, dont la productivité s’effondre, qui a dépensé des trillions de dollars dans de grands travaux publics destinés à relancer en vain son économie, qui inflige à ses femmes un traitement moyenâgeux, qui vieillit irrémédiablement. Voilà une nation dont l’implosion – qui n’était plus qu’une question de mois – permettrait enfin de mettre en place de vraies réformes structurelles.

Voilà que ce nettoyage à sec était enfin imminent : avec la crise de 2008 puis avec le tremblement de terre et le tsunami de 2011, dont la violence extrême serait néanmoins « rédemptrice ». Ce pays réagirait enfin en adoptant les bons réflexes au lieu de sempiternellement céder à la facilité en gonflant sa dette publique afin de tenter de soulager son économie. Pourtant, ne voilà-t-il pas qu’un homme d’Etat volontariste parvienne contre toute attente à opérer un redressement de cette économie en perdition et à combattre la déflation grâce à…encore plus de stimuli ?
 
« Et pourtant elle tourne »…et elle fonctionne à merveille cette planche à billets nippone qui, par « Abenomics » interposés, relance les précieuses anticipations inflationnistes, fait baisser la monnaie nationale et propulse une bourse naguère en état de mort cérébrale. Au grand dam des austériens qui déplorent que cette reprise économique japonaise ne remette aux calendes grecques la mère des réformes qu’ils appellent de leurs vœux.

Pourquoi, en effet, se donner la peine de rationnaliser un système qui redémarre ? Pourquoi ménager l’Espagne, la Grèce ou le Portugal qui saisiront ainsi cette occasion afin de se soustraire aux réformes structurelles jugées vitales par les austériens ? Comment oser préconiser la sortie de l’euro de certains pays qui pourraient s’en sortir par une dévaluation massive de leur monnaie qui leur évitera de passer par la case « crucifixion » ? Le cauchemar absolu pour ces austériens ne serait-il pas que la relance et que les stimuli marchent, après tout ?

Selon leur logique imparable, la souffrance et les privations d’aujourd’hui représentent de réelles opportunités d’assainir en profondeur. Et rien ne serait plus regrettable que de dilapider la chance offerte par cette crise.

Leur hantise suprême étant que ces mesures keynésiennes soient bénéfiques : car le néo-libéralisme ne sait ni ne peut prospérer que sur la désolation sociale. Par exemple, ce sont ces mêmes austériens irréductibles qui souhaitent ardemment une envolée des frais de financement de la dette publique française qui forcera ce pays à enfin prendre les bonnes décisions pour l’amélioration de sa compétitivité…

Pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris, nous nous retrouvons aujourd’hui dans une authentique « stratégie du choc » décrite par Naomi Klein où une infime minorité – ai-je prononcé le terme d’élite ? – exploite les malheurs et profite des désastres afin de renforcer son pouvoir.

  
(*) Michel Santi est économiste, auteur de « L'Europe, chronique d'un fiasco politique et économique »« Capitalism without conscience »  Son dernier ouvrage est  «Splendeurs et misères du libéralisme»   (l’Harmattan)

Source : Michel Santi, dans Marianne : http://www.marianne.net/L-austerite-est-l-opium-du-peuple_a234788.html

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