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Billet de blog 3 févr. 2013

Faux-cul, l’Islande !... Ne pas se laisser piéger au double-jeu en trompe-l’œil d’experts en illusions politiques

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Je reprends l'essentiel de mes informations du coup de gueule d'un Islandais (Baldur Bjarnason) que je reprends pour miennes ici après vérification et après avoir entendu Michel Sallé démysthifier beaucoup de ce qui est dit sur les dernières années de l'Islande à propos de la Constitution que cet amateur appelle plus prudemment (et justement) « révision participative » (http://www.ladocumentationfrancaise.fr/pages-europe/d000405-islande.-une-revision-participative-de-la-constitution-par-michel-salle). Merci également à André Bellon qui m'a généreusement fourni les éléments d'analyse pour rétablir quelques vérités face aux doxas dominantes, à la suite de la conférence avec l'ambassadrice d'Islande organisée à l'ENS-Ulm autour de la Constituante (http://www.pouruneconstituante.fr/spip.php?article647).

1.

En dépit de ce que disent mes amis indignés, le FMI a tout lieu de se féliciter de l'attitude de l'État islandais :

Rapport de la Commission Spéciale d’Investigation (http://sic.althingi.is/) : le gouvernement islandais a tout entrepris au service des banques, même demander des prêts insensés pour… payer les dettes des banques !... Bref, l’Islande a voulu aller plus loin encore que ne le préconisent les mesures les plus drastiques du FMI contre les pays du monde et dont on voit les résultats dans les plans d’austérité.

Une lecture (à peine) attentive du rapport du FMI au sujet de l'Islande permet de voir que tous les critères de satisfaction du FMI sont ceux que les peuples d'Europe dénoncent parce que ces critères entraînent la faillite de leurs États : mesures anti-inflationnistes, (re)privatisation des banques, ouverture aux capitaux étrangers... FAUX-CUL, l'État islandais ! Faux-cul !... le gouvernement islandais joue un double jeu. https://www.imf.org/external/np/sec/pn/2012/pn12129.htm

https://www.imf.org/external/np/sec/pn/2012/pn12129.htm

Directors cautioned against premature and disorderly capital account liberalization, and concurred that it should continue to be conditions-based. However, they noted the limited progress in reducing the large stock of liquid offshore krona—a pre-condition for lifting the controls. They urged the authorities to strengthen incentives for locked-in offshore krona holders to participate in the capital account liberalization strategy, including by amending legislation so as to remove the terminal date for the controls and by making it clear that the conditions under which liquid offshore kronas are allowed to exit will become less favorable over time.

 2.

Le gouvernement islandais sert avant tout les milieux affairistes

Petits arrangements entre amis... Les parlementaires islandais ont reçu de la part des banques de grandes sommes sans contrepartie. Les acteurs-clés de la bulle bancaire et de l’effondrement qui a suivi ne sont pas les mêmes que ceux qui ont été reconnus coupables de fraude ou de délit d’initié, sauf deux :

–        Baldur Sakfelldur, chef de cabinet d’un ministère, qui a vendu la totalité de ses actions peu après avoir assisté à une réunion sur l’état des banques, a été condamné pour délit d’initié… au motif qu’il n’avait pas pris les garanties de discrétion habituellement pratiquées pendant ce type d’opérations !

–        Lárus Welding, que certains considèrent comme un acteur clé, souvent mentionné, a été condamné à six mois, plus trois mois de probation... Tout en conservant les sommes qu'ils avait perçues indument ! Compte tenu de la pente libertaire de la haute cour, sa condamnation n’est pas encore une certitude car il va faire appel. La peine de prison qu’il vient d’obtenir devant les tribunaux d’instance nettement inférieure à celle que réclamait le procureur, ce qui n’augure rien de bon pour les affaires du pays par la suite.

 3.

L’Islande aurait nationalisé les banques ? – Mensonge !...

Le gouvernement a juste pris le contrôle en utilisant une loi d’urgence après que les banques se soient déclarées en faillite. (Nationalisation = contrôle et gestion par le gouvernement des banques, ce qui n’est pas le cas ici). Certaines banques en faillite ne restèrent sous contrôle du gouvernement que quelques semaines. SPRON, par exemple, a fusionné avec la Banque Arion qui à son tour a été donnée à ses créanciers quelques semaines plus tard. Les clients de SPRON sont surtout un cadeau gracieux pour les créanciers étrangers de Kaupthing.

Pire !... Le gouvernement a confié le contrôle des banques aux créanciers environ quinze mois plus tard. Techniquement, le contrôle des banques a été transmis aux gérants des anciennes banques du secteur, qui à leur tour les gèrent pour les créanciers, beaucoup anonymes. Établir l’identité des créanciers et leur nationalité a pris beaucoup de temps et reste encore relativement incertain.

La nationalité des créanciers est importante parce que les banques ont repris plusieurs entreprises dont la propriété est réglementée par la loi en Islande. Les entreprises de pêche doivent être détenues uniquement par des Islandais ou des entreprises de propriété islandaise, par exemple. Il y a également des limites sur la nationalité des propriétaires d’entreprises dans les secteurs de l’énergie et d’autres industries réglementées.

Ainsi, les receveurs n’ont pas encore remis le contrôle direct des banques aux créanciers. Il y a de bonnes chances qu’ils ne le feront pas tant que les banques se se seront pas départies de la propriété d’entreprises dont la nationalité des propriétaires est réglementée.

Parce que la bulle bancaire et le crash étaient une affaire très compliquée. Nous ne savons toujours pas exactement ce qui s’est passé, où est passé l’argent, qui possédait quoi et qui a réellement pris les décisions. Les banques islandaises ont utilisé des droits de propriété complexes et des structures d’entreprise pour se cacher et masquer les détails. Trier parmi les décombres de ces structures hyper-complexes et faire en sorte que le gouvernement sache réellement ce que les banques étaient, reconstruire un système bancaire, réformer les organismes de régulation, et autres, prend plus de quinze mois et, dès lors que le gouvernement a abandonné le contrôle, il a de fait rendu à peu près impossible l’adoption des réformes dont il y avait besoin.

(Bon nombre des réformes qui résoudraient la crise de la dette des ménages en Islande, par exemple, ne sont possibles qu’avec la coopération des banques.)

En outre, les banques sont sous le coup d’enquêtes pour fraude, évasion fiscale, manipulation du marché et délit d’initié. Dès que les créanciers ont repris les banques, les banques elles-mêmes (en particulier les filiales à l’étranger, mais détenues entièrement sous propriété islandaise sont devenues beaucoup moins coopératives et ont commencé à se protéger à nouveau derrière le secret bancaire.

En redonnant aux banques le contrôle dans un si court délai, le gouvernement a ainsi détruit le peu de chances que l’Islande avait pour la réforme bancaire et a saboté lui-même les enquêtes criminelles en cours (involontairement ?).

4.

L’Islande est désormais en très forte croissance ?... Mouaif, faut le dire vite !...

L’inflation pour 2012 est de l’ordre de 4%, en 2011 elle était de l’ordre de 5%.

La croissance est estimée à 2,7% pour 2012 et était de 2,6% en 2011. (Sources : http://www.hagstofa.is/ l’estimation : http://www.hagstofa.is/Pages/95?NewsID=9321.)

Les chiffres ci-dessus montrent que l’économie islandaise tourne pour rester sur place. Ce n’est pas de la forte croissance ou de la bonne santé. C’est survivre à peine. Surtout quand on regarde les chiffres de http://www.hagstofa.is/ et http://www.sedlabanki.is/ qui montrent que la plus grande partie de cette croissance provient de la croissance d’une bulle immobilière en Islande. Les entreprises ne récupèrent pas.

Salaires avant impôt en Islande (http://icelandicecon.blogspot.co.uk/2012/10/wages-in-iceland-according-to-tax-man.html). La nouvelle bulle immobilière en Islande (http://icelandicecon.blogspot.co.uk/2012/05/bloomberg-bested-update-on-housing.html).

La croissance est mesurée en couronne islandaise qui a aujourd’hui une valeur d’environ 20-50% de ce qu’elle était en 2008, ce qui signifie que ces chiffres de croissance ne sont rien de plus que des erreurs d’arrondi dans l’effondrement de l’Islande en termes de devises étrangères.

Le revenu a baissé pour les ménages islandais. Leur dette est indexée. La croissance est en grande partie due à une résurgence de la bulle immobilière et au retour à la croissance pour les banques en raison des prêts indexés s’envolant vers des sommets ; c’est-à-dire que les ménages n’en bénéficient pas beaucoup, voire pas du tout. Ils ne peuvent pas puiser dans le marché immobilier en plein essor parce qu’ils sont déjà surendettés, les lois islandaises sur la faillite empêchent les gens d’échapper à leur prêt hypothécaire (vous ne pouvez même  pas y échapper en mourant, si vous décédez, vos enfants devront le payer) et le marché immobilier est largement dominé par de l’argent captif, du capital étranger qui ne peut s’échapper à cause des restrictions de change.

D’où le chiffre de l’inflation. L’inflation compte vraiment en Islande.

On ne peut pas parler de croissance en Islande sans introduire le taux d’inflation en contexte. Dans les économies normales, une inflation sous-jacente de 4% avec une croissance de 2,6% n’entraîne pas l’augmentation du principal du prêt de tout le monde de 4% sur l’année. Mais c’est exactement ce qui se passe en Islande. Donc, il faut considérer l’inflation dans tout débat sur la croissance en Islande.

 5.

Ce qu’on ne dit pas : liste interminable qui rejoint les préoccupations des autres peuples du monde !

Le service de la dette des ménages prend une part de plus en plus importante du budget de chaque Islandais,

- les niveaux de revenus se sont effondrés,

- les compressions budgétaires ont donné lieu à des chutes importantes dans la qualité du service, à la fois dans les services de santé et dans le système éducatif.

Le système de protection sociale de l’Islande, de style nordique, est en cours de démantèlement.

Les personnes âgées meurent de faim

Les pauvres se voient refuser de l’aide.

+ Fuite des cerveaux : les spécialistes quittent le pays.

La sélection des produits dans les épiceries s’est effondrée au bénéfice du discount, de la grande distribution, de l’industrie agro-alimentaire, et des OGM.

Crise politique où aucun des partis politiques n’ose prendre position contre les banques.

Les banques sont à nouveau en expansion en jouant exactement le même jeu que dans la bulle.

6.

Conclusions

Petit détail pas anodin, et en contrepoint des discours auto-satisfaits sur une révolution qui n'est qu'imposture, l'Islande est dans les meilleurs termes avec le FMI, quand je dis l'Islande, je dis l'État actuel, qui a effectivement permis aux couches moyennes d'avoir satisfaction en acceptant un audit de la dette et l'arrestation des responsables banquiers, oui, mais... la politique d'austérité contre les plus démunis, elle, elle s'est imposée. La seule satisfaction, c'est que les couches moyennes sont rassurées, mais les chômeurs, eux, ne sont pas mieux protégés que les autres sans-droits de la société.

La Constitutuante ?... 25 tirés au sort sur un peu  plus  de 500 candidats, est purement consultative, et n'a rien d'obligataire pour les gouvernants. Qu'importe ! elle est formée de notables issus du monde politique, du droit et de la presse. Rien de nouveau sous le soleil, donc. Nous avons tort de nous laisser berner par ces leurres qui cherchent à inertir notre vigilance.

Eeffectivement l'Islande a réussi à faire faire un audit citoyen de la dette qui a fait arrêter quelques responsables (mineurs) de la crise bancaire, et que le processus de Constituante mis en place par tirage au sort n'entrave nullement la politique d'austérité contre les plus défavorisés, ceux qui n'ont pas voix au chapitre... Sous des dehors qui pourraient nous faire plaisir, en réalité le système se maintient en place et les prochaines élections à venir vont conforter le pouvoir en place. Seules les couches moyennes sont en train de se sentir soulagées du poids fiscal qui les menaçait, mais ce n'est pas le cas du reste de la société civile islandaise, qui est rurale, et qui n'a pas droit au vote (il n'y a pas de suffrage avec 1 personne = 1 voix, ça aussi ça peut se vérifier).

Ça me rend triste parce que j'y ai cru, mais c'est une douce illusion qui fait le jeu des nantis. http://studiotendra.com/2012/12/29/what-is-actually-going-on-in-iceland/

Jean-Jacques M’µ

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