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Billet de blog 8 mars 2015

Ces chênes que les institutions laissent abattre : le cas Armand Gatti

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À 20 ans, parachutiste pendant la fin de la guerre, son parachute ne s’est pas ouvert lors d’un saut, et l’homme en chute libre fut reçu par un arbre qui le sauva ainsi d’une mort certaine(1). Sa vie est à l’image de cette aventure. Voyageur, poète, visionnaire, né pauvre avec une enfance dans les bidonvilles d’Italie, Armand Gatti a, très jeune, rencontré des poètes, des institutionnels, des dirigeants comme Mao et Fidel Castro.

https://www.youtube.com/watch?v=cxY274llnME

© Jean-Jacques M U ABCéditions

La Parole errante sédentarisée

La Maison de l’Arbre, fruit des rencontres d’Armand Gatti dans son parcours du monde, s’installe en 1998 à Montreuil dans les mêmes entrepôts où Méliès travaillait ses films. Avec le soutien du ministère de la culture et du Conseil général, Armand Gatti a pu continuer d’œuvrer pour l’émancipation des esprits. Pourtant aussi, notre fin d’époque voit pointer en filigrane toutes les cruelles contradictions qui sont l’effet rien moins que pervers d’une volonté anarchiste que, tout en la reconnaissant par ailleurs, les institutions d’État vont d’année en année atténuer. Car il est toujours possible, du point de vue officiel, de consacrer le travail d'une vie entière par des médailles et par l'octroi de lieux d'activités ; les institutions peuvent s’en honorer, et même s’en servir indirectement, pour, peu à peu, l’homme tombant dans l’oubli derrière son symbole, en prolonger l’action d’une autre manière, nettement plus édulcorée, et, le nom du héros ainsi récupéré, comme l’ont été ceux d’autres grands pionniers de l’histoire, de l’art et de la culture, se mettre à remercier l’artiste en l’envoyant discrètement finir sa vie ailleurs. Et quand bien même il serait laissé dans son logement de fonction jusqu’à son décès, qu’adviendrait-il de sa veuve ensuite, dont le nom n’apparaît dans aucun protocole ?... Voilà bien le sort des personnes ayant vécu pour changer le monde pendant que les personnalités lèvent leurs coupes de champagne dans les salons feutrés où se font et se défont les suites socio-culturelles de nos combats.

Hélène Châtelain et Armand Gatti chez eux © ABC’éditions Ah Bienvenus Clandestins !

Effets pervers d’une reconnaissance artistique

Le contrat du Conseil général du 93 avec Armand Gatti courait pour 15 ans, et dans sa grande sagesse, le législateur a même pu prolonger le délai de fin de bail. Aujourd’hui à ses 91 ans accomplis, l’homme doit penser à quitter les lieux qu’il aura eu permis de faire vivre par sa constance et toute la charge symbolique de sa force libertaire, avec toute sa tribu. Les membres institutionnels ont fait tout ce qu’ils pouvaient et même plus que dans les cadres conventionnels, mais voilà, n’y a-t-il pas quelque chose à revoir dans ces lois qui pensent davantage au légal qu’à l’humain ?... La meilleure des solutions serait de maintenir en résidence artistique, dans leurs logements de fonction, l’artiste et sa compagne, la cinéaste Hélène Châtelain. Mais il y a des moments où l’ordre moral et l’ordre des lois deviennent une folie.

Premières questions

La programmation permanente de La parole errante sera-t-elle maintenue dans les conditions actuelles ? Que deviendront les accompagnateurs de la tribu ?...

Armand Gatti et Hélène Châtelain, dans l’idéal, souhaiteraient que les ateliers de création puissent continuer ici, qu’un dialogue avec la tribu permette d’identifier les possibles au milieu des besoins légitimes et des moyens de chacun. Pouvoir continuer de vivre et de travailler dans ces lieux qu’ils ont contribué à faire vivre.

Et ainsi, commence à circuler l’idée d’une association des amis d’Armand Gatti et Hélène Châtelain.

Une association d’amis ?... Pourquoi pas ?...

Une association regroupant la tribu et tous ceux qui le souhaitent à un titre ou à un autre, personnel ou institutionnel. Dont l’objectif serait la préservation et la perpétuation de l’œuvre de ces deux artistes. Le siège social serait ici, au 7-9 rue François-Debergue à Montreuil, et le financement proviendrait des adhésions, des instances publiques, locales, nationales et internationales, des activités, colloques, séminaires, ateliers, interventions, manifestations, rétrospectives, mises à disposition d’archives et de documents, campagnes, films... Avec une pareille palette, sûr que nos deux amis pourraient tranquillement envisager la suite auprès de ceux et de ce en quoi ils croient toujours, eux qui voient avec tristesse les jeunes de plus en plus sensibles aux pressions commerciales et technocratiques auxquelles ils avaient toujours voulu tourner le dos !...

S’associer entre amis et poursuivre l’œuvre engagée. HASTA LA VICTORIA SIEMPRE !... On rêve...

Et pendans ce temps c’est le temps de toutes les oppressions qui nous passe dessus. On bouge ?... Chiche ?...

Jean-Jacques M’µ

Nota :

Armand Gatti arbore un médaillon à l’effigie de Buenaventura Durruti, l’anarchiste espagnol chef d’une colonne militaire lancée à l’assaut de Madrid durant la guerre civile.

Buenaventura Durruti (1896-1936) © Affiche de la guerre civile espagnole

Ce qui peut nous renvoyer à ces vers encore inédits d’une amie femme poète en lutte en Catalogne et qui aurait toute sa place dans une soirée consacrée au Chili en septembre :

Durruti vit encore

Durruti vit toujours !

Je l’ai vu aujourd’hui même à la figure d’un ouvrier

À côté de l’étudiant qui rend ses couleurs au ciel

Les traîtres seront arrachés à leurs trônes

Je l’ai vu tenir les mains de nos femmes

Durruti est vivant

Je l’ai vu se dresser contre le bourgeois à la cravate bleue

Il arrive du nord au sud

Venant à pied de Barcelone

Ils l’attendent à Madrid

Le soleil monte des tranchées

Les rues vêtues d’aubes nouvelles

Élevant en seules bannières la révolution ouvrière

Durruti revit !

¡Durruti vive !

lo he visto hoy en la cara de un obrero

va junto al estudiante pintando los cielos

Los traidores serán arrancados de sus tronos

Le he visto agarrar las manos de nuestras mujeres

¡Durruti vive!

le he visto levantarse contra el Burgués de corbata azul

Viene del norte y el sur

viene de camino a Barcelona

le esperan en Madrid

el sol será la trinchera

Las calles vestidas de nueva alboreada

alzando como única bandera la revolución obrera.

¡Durruti vive!

(Marlene Feeley, LUCES/CLARTÉS, Perséfone cautiva del Hades/Perséphone captive d’Hadès,

3e volume du recueil poétique bilingue traduit par Stéphanie-Alice Sepschatski à paraître en triptyque chez ABC’éditions en décembre 2015)

PRÉSENTATION DE LA PAROLE ERRANTE

http://armand-gatti.org/index.php?cat=LPE

Héritière de cette histoire, de ces archives et de ces productions, La Parole errante créée en 1986, s’installe à Montreuil-sous-bois, en Seine Saint-Denis. L’ensemble du matériel attribué à l’Atelier de Toulouse fut confié à La Parole errante qui, en signant une convention avec le ministère de La Culture et de La Francophonie, devient Centre international de création. La direction artistique est confiée à Armand Gatti et la direction administrative à Jean-Jacques Hocquard. Une mission leur est ensuite confiée par le ministère de la culture afin de créer un lieu « où serait confrontée l’écriture d’auteurs de langue française avec des groupes diversifiés, allant de jeunes éloignés de toute culture classique à certains professionnels du théâtre intéressés ».

Ce lieu appelé La Maison de l’Arbre s’ouvre en 1998, et ce grâce à l’apport, par le Conseil général du département de Seine Saint-Denis, des anciens entrepôts où Georges Méliès inventa le cinéma.

Depuis 2005, les bâtiments étaient en travaux. Le lieu a été inauguré le 17 novembre 2008, le jour du vernissage de l’exposition consacrée à mai 68, "Comme un papier tue-mouches dans une maison de vacances fermée".

http://www.la-parole-errante.org/index.php?cat=LPE-PRESENTATION

Statut juridique de La Parole errante

La Parole errante fut, en 1985, une association que nous avons transformée, à la demande du Ministère de la Culture, en SARL, puis, en 1991, en SCOP SARL. Elle est dirigée par Armand Gatti (directeur artistique) et Jean-Jacques Hocquard (gérant, directeur administratif).
La convention (renouvelée en 2008) qui la lie à la DRAC est signée des deux dirigeants.

Il y a cinq coopérateurs : Armand Gatti, Jean-Jacques Hocquard, Stéphane Gatti, Chantal Duquesnoy et Jacqueline Badel.

Conventions et contrats de La Parole errante

Une convention de 3 ans nous lie au Ministère de la Culture (DRAC Ile-de-France) et nous assure une partie de notre financement.
Le Conseil régional doit, à partir de 2009, signer une convention pour 3 ans.
Le Conseil général nous a proposé un bail de 9 ans en 2000 pour les locaux de la rue François-Debergue. Le bail est renouvelé jusqu’en 2017 et nous avons signé, en 2008, une convention de 3 ans pour le financement de nos activités.

Nous avons une convention renouvelable avec l’Université de Paris VIII où sont déposées de nombreuses copies de nos archives.

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