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Billet de blog 20 oct. 2010

1. Politique du chaos : inquiéter les électeurs puis les rassurer par la répression

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La loi sur les retraites votée, les institutions de la république vont obliger (environ) un million de salariés seniors à poursuivre le travail ou partir à moindre revenu, pendant que, à l'autre bout de la chaine de l'emploi, non seulement un même nombre de juniors continuera de stages non rémunérés en contrats “aidés”, mais, de plus, le CAC-40 et les entreprises cotées en bourse continueront à enrichir le PIB national alors que les populations, elles, sont de plus en plus entretenues dans une extrême dépendance à multiples visages. Face à cette montée de la précarité et de la pauvreté, l'attitude jusqu'alors attentiste des syndicats et des partis hostiles aux réformes ultra-libérales du gouvernement continue de révéler ses divisions et ses contradictions. Le manque de concertation des dirigeants des grandes centrales fait craindre l'essoufflement du mouvement, son éparpillement.

Syndicats qui accompagnent les lois en vigueur, travailleurs réclamant que les syndicats les accompagnent enfin

Il n'y a en effet, du côté syndical, aucune cartographie certaine des points stratégiques, et encore moins de convergences stratégiques et programmatiques des luttes, à part quelques appels, qui restent isolés, comme celui de Bobigny ce 18 octobre. Bien sûr, aujourd'hui encore les énergies sur le terrain font preuve d'astuce et d'énergie. La suite nous dira jusqu'à quand... À moins d'un sursaut, on peut prévoir le scénario de la défaite des forces protestataires répéter celui d'après mai 68, où très rapidement, au grand soulagement des électeurs de l'époque, les services à la pompe ont réouvert, les déchets ont été nettoyés, et... les élections législatives ont fourni l'assemblée nationale la plus réactionnaire de la république !... Ce qui indique assez comment (et ô combien) les conservatismes s'imposent avec la plus grande légalité contre les populations tenues pour dangereuses, jeunes et activistes contestataires.

Ce qui est tenacement ancré et entretenu dans les positions et jeux de rôles de chaque adversaire, c'est une sorte de composition fonctionnant à la façon d'un balancier (tip-tap, tip-tap !...) : la cadence et le rythme peuvent s'accélérer et même s'affoler, le métronome remettra inéluctablement à zéro quelque tentative de fronde qui soit, même aussi légitime que celles auxquelles nous assistons de nos jours et qu'approuvent les personnes interrogées. C'est un classique : la suprématie de la frilosité l'emporte sur toute autre considération, dans la vie politique française. Et c'est bien là-dessus que comptent les actuels dirigeants de notre pays pour se faire réélire. Il semble que le temps, l'argent, et les forces soient de leur côté... Et c'est précisément ceci qu'il faudrait éviter : les responsables de partis et de syndicats auront fort à faire : cesser d'être les chambres d'enregistrement des lois les plus iniques qui se soient succédées depuis 1995, et répercuter enfin les légitimes revendications des populations en colère. Ce seraient là des changements d'habitudes qui surprendraient de la part de dirigeants (de tribuns du peuple) aux positions verrouillées dans des postures qui ont passablement contribué à entretenir l'acutelle déliquessence de nos droits.

Deux poids, deux mesures

Personne n'est dupe du jeu qui est en place : le maintien des richesses actuelles contre la justice sociale des plus démunis qui restent divisés. D'un côté, la totale mansuétude exprimée dans les plus hautes sphères de l'État, en faveur d'un trésorier de parti devenu ministre alors qu'il a été surpris à de nombreuses reprises à mentir à propos de ses comportements délictueux qui font le jeu de la grande finance ; d'un autre côté, les inégalités de traitement entre les fortunes nationales où l'on subit l'extrême sévérité des poursuites judiciaires contre les petits délinquants : les délits d'initiés en faveur de fonds de pension et d'organismes proches de la famille de l'actuel président, tout ceci crée un sentiment d'injustice qui exacerbe les positions (sans que, sur le plan légal ou légitime, à part Désir d'avenir l'été dernier, nul ne se soit guère soucié d'en appeler, par exemple à un référendum d'initiative populaire au sujet des retraites, ce qui avait pourtant été le cas pour la Poste, dont la défense était plus discutable que le régime des retraites par capitalisation venant défaire la solidarité inter-générationnelle du régime par répartition, ou la prise en considération de la pénibilité – autre plat de lentilles de la CFDT en 2003, on s'en souvient, avec la rebuffade du MEDEF en 2007, en dépit des promesses faites pour prix de l'abandon de l'unité syndicale).

Une police de plus en plus militarisée depuis l'entrée de la gendarmerie

Le Canard enchaîné de ce jour apprend que la police s'entraîne très régulièrement au tir de flasch-ball avec des visées électroniques qui ne laissent aucune place à l'erreur ou au dilettantisme : toute cible atteinte a été soigneusement visée. On sait que la police a été de plus en plus militarisée avec l'arrivée de la gendarmerie ; on sait que la police des frontières a des fondements racistes et sexistes, comme le dévoile une de ses jeunes recrues ; on sait que, derrière leur défilé sous l'Arc-de-triomphe, les armées des régimes très contestables (et contestés) africains sont le signe d'une menace à peine voilée pour les manifestants qui protestaient dans les mêmes jours contre la réforme des retraites...

Liberté des actions et des actionnaires, entraves pour les actifs et les activistes

La liste est longue des mesures qui obligent les salariés alors que les démarches boursières restent libres de toute obligation, affranchies de toute contrainte. Exemple : la CSG (cotisation de solidarité généralisée) nous est prélevée à la source et, par-dessus le marché, nous payons un impôt dessus, comme si nous en avions perçu la somme !... Qui s'y est opposé ?... La mesure venait d'un gouvernement qui se disait de gauche. Les contrats de première embauche dispensent les entreprises de charges salariales : ce sont nos impôts qui les financent. Comme nos inpôts financent les recherches pharmaceutiques qui se retrouvent privatisées une fois que les investissements sont amortis, et il en est de même pour les autoroutes. Il est notoire que les mesures administratives ne manquent pas pour imposer aux salariés ce qu'ils préfèreraient éviter, alors qu'il n'est pas prélevé le moindre pourcentage sur les mouvements de capitaux qui peuvent fuir quand bon leur semble sans même avoir jamais investi ou marqué la moindre solidarité de fait avec les populations, comme les exemples de l'Argentine, de la Grèce et d'autres pays le montrent.

Rien d'étonnant à celà : la France est le pays au monde où les grands groupes de presse sont dirigés par les patrons de l'industrie et de la vente d'armes. C'est au prix de ce silence poli que notre pays a, jusqu'à présent, pu échapper à la guerre civile.

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