Noir (te) vous va si bien (Le) – film de Jacques Bral

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Pays Concerné : France

Réalisateur : Jacques Bral

Pays du réalisateur : France

Genre : drame

Type : fiction

Au petit matin, dans une cité HLM de la région parisienne, le corps inanimé d'une jeune femme d'origine orientale est retrouvé dans un container. Comment Cobra, jeune femme d'une vingtaine d'années, sérieuse mais déterminée, s'émancipant de la tradition familiale et culturelle sans rompre totalement avec celle-ci, a-t-elle pu connaître un fin si funeste ?

Réalisé par Jacques Bral Scénario par Jacques Bral
Avec Sofiia Manousha, Salim Kechiouche, Lounès Tazaïrt, Souad Amidou, Grégoire Leprince-Ringuet, Thierry Lhermitte, Julien Baumgartner, Sid Ahmed Agoumi, Delphine Rich, Elise Lhomeau, Lisa Makhedjouf, Magid Bouali
Produit par Thunder films international
Genre : MÉLODRAME
Tournage 2e trimestre 2011. 2011 -(tournage à partir du Mercredi 18 Mai 2011)
NOTE D'INTENTION C'est avec une intrigue relativement simple, celle des dernières semaines de la vie d'une jeune fille d'origine orientale, avec le ressort de la tragédie comme support, que Jacques Bral parvient à écrire un scénario périlleux et audacieux qui sait éviter les écueils et les poncifs qu'un tel sujet pouvait présenter, car rien n'est éludé dans ce mélodrame contemporain. Le tchador, l'intégration, l'islam, les banlieues, la libération des femmes, autant de thèmes qui traversent le scénario sans en être véritablement l'objet. Jacques Bral signe ici un film politique et poétique, sombre et lumineux sur nos "malentendus" culturels dont le prétexte et l'enjeu sont le corps des femmes mais aussi leurs désirs.
Ce sont elles, et en particulier Cobra, l'héroïne principale du film, qui tiennent la part belle et auxquelles le réalisateur rend la parole dans ce brouhaha au coeur duquel les sociétés occidentales et musulmanes les ont placées comme "sujet de société" et dont le film restitue avec justesse les contradictions, oppositions mais également les passerelles, similitudes.

"Le noir (te) vous va si bien" porte en lui seul dans son titre au choix, toute l'équivoque que le film porte en lui sans effet de démonstration. Du sensuel au mortel, du singulier à l'universel, du féminin au masculin, de l'intérieur à l'extérieur, de l'enfermement à la lumière, le film circule en faisant converger plutôt que s'opposer des cultures qui puisent l'une en l'autre des réponses à un même questionnement autour de la femme et du désir des hommes comme la fascination que deux cultures ont l'une pour l'autre. Toute l'audace et la finesse du propos réside dans ce regard où chacun ici a sa place et ses propres motivations "légitimes" pour convoiter Cobra de manière singulière.
Qu'ils aient comme horizon les tours de la Défense ou le désert du Maghreb, les hommes ont toujours pour horizon les femmes, ainsi sont-ils posés en spectateurs démunis, parfois patauds, dans ce scénario où les tirades empruntées au comique illuminent sa trame avec tendresse. Le père, inscrit dans sa tradition et dans l'immigration, se demande ce que le mot "alternative" peut bien signifier dans le journal; Serge, sentant l'éternel célibat le gagner se demande "si on peut avoir deux religions, comme on a la double nationalité" pour épouser une jeune fille différente des "autres"; François son père, s'il n'a pas d'avis ni d'objection au projet de son fils, enjambe la religion et s'incline devant la beauté magnétique de Cobra, car pour lui "Si Dieu existe, c'est certainement une femme"; Richard, qui a toujours aimé les belles filles, se sent pris au dépourvu et piégé parce que choisi "pour toujours".
Des scènes comiques qui aèrent un film sombre et parviennent ainsi à instaurer un climat vaporeux dans cette histoire de femmes, dont Cobra incarne telle Ève, l'éternel féminin. Rythmé comme une litanie, le film se déploie autour des allers-retours de Cobra entre travail et maison, détermination et assujettissement, tradition et désir, tempérament et culture, candeur et découverte. Déterminées les femmes le sont toutes dans ce film, de tempérament, de culture, de traditions, de désirs, les leurs et ceux que les hommes leurs imposent subrepticement, comme on pose jalousement un voile sur une chevelure ainsi emprisonnée, à son insu. C'est en introduisant un "voile" sur la chevelure et le corps féminin et en le soulevant, de façon pudique et poétique que Jacques Bral parvient à écrire un film atemporel et pourtant inscrit dans son temps, un film qui s'élève au delà du religieux en s'inscrivant dans le parti pris du quotidien profane et charnel et c'est en cela qu'il interroge le politique.

Ainsi, autour de scènes de repas, qu'il s'agisse de la cuisson des pâtes, "sept minutes exactement", de la préparation du couscous avec le "concombre du chinois parce qu'il est meilleur", ou du repas succulent concocté avec "le frigo vide de Richard", comme avec l'introduction de scènes éminemment sensuelles où le désir ambivalent affleure n'importe où, dans le baiser initiatique et langoureux entre Anaïs et Cobra, le baiser furtif dans les toilettes des hommes entre Serge et Cobra, celui intempestif et fougueux qu'elle donne à Richard, le film ramène sans cesse à la vie parvenant à faire presque oublier au spectateur la tragédie initiale qui lui est proposée à voir comme fin.
La force du propos et du scénario réside dans cette capacité à faire oublier, dans une narration simple et essentiellement charnelle du quotidien, comme l'est celui des femmes, la tragédie, qui comme toute tragédie, surgit de façon inopinée, absurde, comme le sont des sociétés qui s'observent, s'envient, s'estiment, ne parvenant pas à sortir de leur "malentendu", comme on ne saurait trouver une issue honorable à une scène de ménage, sans queue ni tête.
Dans l'épicerie de Moncef, le raisin est bon, François en achètera deux fois, faute de savoir parler. À côté de l'épicerie de Moncef, le Chinois vend des concombres meilleurs et moins chers, alors on les mange sans rien dire, l'orgueil à peine blessé. La fille de l'épicier de Moncef meurt, étranglée, faute de qui, de quoi ?
La guerre des sexes ou des cultures ? Il y a trop d'intérêts et de complicités entre ces faux ennemis qui s'apprivoisent et s'estiment, tel est le propos grave du film et toute sa lumière même si et parce que Le noir (te) vous va si bien.
Le navire quitte les rats !

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