écrire des couleurs

Philippe Martz Philippe Martz

" Mais puisque je ne travaille pas dans l’espoir,
je ne peux jamais être désespéré. " 
 
              

Kenneth White

 

La pluie ravage les pétales des Seringats. Leurs fragrances s'isolent. D'autres fleurs subissent. Et la terre mouillée. L'odeur d'un temps passé. Le sommeil en sourdine aussi. Le parfum des draps rêches. Au réveil je renifle des restes. Sans larmes. Et ce qui dégouline est sec.
Je sais dehors les hommes dans leurs funestes habitudes. Bataillons entravés. Un flux de tendresses inassouvies. La règle est soumission. Que ferai-je de leurs paroles convenues ? Ne peux me contenter de ces balises éteintes. 

On ne prend même plus le temps de distiller les arpèges. Sauf de rares éperdu·es. La musique actuelle - jusqu'à l'indigestion - n'est qu'un courant sonore sans cesse reproduit. A l'identique. Plainte algorithmique sans véritables poussières vivantes. Et sans changer de forme. Mets le chant dans la gorge du robot, tu verras. Ce bruit qui fige le sang.
Ils s'abreuvent de cela. Un jet sans saveur. Une danse d'automates. Si la centrale saute ils n'auront plus de cordes.
Puisque la vie en vrac. Je déballe du vrac. Ils construisent ce qui tombe. Ce sont déjà des ruines à peine elles s'élèvent. 

Et si je dessinais je ne parlerais pas. C'est difficile d'écrire des couleurs.

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