du temps des lèvres

Edward Weston - Dunes (1936) - Edward Weston - Dunes (1936) -

Est-ce croire à une côte après petit naufrage ? Comme éparpillés leurs membres et puis le souffle court, sur le sable, sauvés de la vague funeste. Ils parlent d'autre part.

- Quel temps fait-il ?
- Il fait le temps que tu souhaites !
- Je ne souhaite rien de ce temps dont tu parles. Je sais qu'il est parjure, qu'il s'invente des mondes qui ne sont pas fidèles.
- Comment connais-tu le temps que peuvent t'offrir mes lèvres ?
- Tes lèvres ne m'offrent rien parce que je regarde tes lèvres et je vois que les images qu'elles dessinent sont bien distantes des mots bruts que tu tisses avec elles. Pourtant, tes douces lèvres, elles posent un paradoxe. Elles se démènent si fort à vibrer le contraire du miel de ta langue. La forme des mots que tu emploies déforment leur essentiel mouvement, cette forme n'est pas comme le désir attendu d'une tiède brise, douce et muette et sensée, sensuelle - car c'est ce qu'elles revendiquent pourtant -, ni même un facétieux soupçon que tu aurais d'un peu de profondeur. Les lèvres sont pauvres, nues, et elles ne cachent rien à bien y regarder. Ne les a-t-on pas promises seulement aux doux baisers ? Là, peut-être, elles ne peuvent mentir. Et encore ! Mais ceci est une autre fable, revenons-y plus tard. Quand elles baisent, tes lèvres, peut-être qu'elles ne mentent pas. Là, elles se contentent de nous broder un lien bien au delà des phrases.
- Mais que racontes-tu ?
- Je raconte ton temps. Ce temps que tu me chantes, tu dis qu'il n'est que mon souhait. Foutaises, hélas !
- Tu me demandais " Quel temps fait-il ? " et je te répondais.
- Tu ne répondais rien, rien d'autre qu'une pitoyable dérobade devant la hauteur sobre du thème. Le temps n'a plus le temps. On lui impose sa norme, la météo soustraite de son cœur à présent.
- Je ne te comprends pas !
- Il est temps que tu écoutes tes lèvres.
- Tu délires ! Tout ça n'a aucun sens.
- En es-tu bien certain ?

Perplexe, celui-là même qui croyait son " bien faire ". Les bras ballants devant ce vide ouvert sur son seuil, il pense à ses lèvres fermées.

Tant d'amplitude à couvrir pour la naissante pensée, à l'instant, pressante à formuler des mots qui la ferait saisir. De son nid à l'envol, l'oiseau a longue route. Si fait, que le sens se perd.

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