des artistes (réédition)

Gabriel Schemoul Gabriel Schemoul

Il y en a tant de celles et ceux qui nous épicent.
Tant ?
Pas tant que ça !
Mais j'en découvre tant.

De celles et ceux qui lustrent nos écailles muettes et rabotent nos censures apeurées en constances salutaires. De celles et ceux à qui il faudrait donc répondre avec des fièvres épaisses, des tendresses sensibles. Nous pourrions - pour elles, pour eux - prendre le temps de faire s'élever devant leurs corps donnés, en leurs esprits qui s'offrent, des élégies vivantes pour remercier le temps qu'elles et qu'ils écument pour apaiser nos frappes et soumettre les quelques abandons qui nous percent les flancs.

De mots simples et ronds - il faut savoir aussi chercher derrière ce qui nous semble cru - elles couvrent de douceurs nos parterres desséchés.
De mots sobres et billes - il faut savoir aussi chercher derrière ce qui nous semble brut - ils inondent de plaisirs nos champs mis en jachères.

Elles allongent des images devant nos yeux défaits.
Ils explosent des portraits trop longtemps restés stables.

Elles modèlent de l'air avec la grâce d'une vue.
Ils sculptent dans l'espace ce qui se cachait là.

Elles reproduisent l'écho de toutes joies enfouies.
Ils rechantent un couplet connus des pauvres gens.

Des artistes !
Des artistes ? Enfin, c'est donc ce qu'on dit d'eux, le terme est équivoque, il ne me semble pas qu'il soit approprié. C'est un peu réducteur. Il y a transcendance dans leurs modestes efforts.

Des femmes, des hommes.
En pleines chairs, en hautes âmes.

Ne serait-ce que pendant un soupçon d'heure froide dans nos jours dissolus, elles abrègent les coups de congénères obtus, ils sonnent la retraite de quelques poids soudés à nos épaules frêles.

Ils nous faut remercier.

Des poètes, des anges.

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