dans le laboratoire

Ne sais si je resterai !

Thomas Lannes Thomas Lannes

 

le verbe s'agite
le froid le chaud
le vrai le faux

dans le bécher
après
posé sur la paillasse
mélange insignifiant
résultat d'émulsions
sans odeur
sans vie

dans le laboratoire

J'ai écouté des hommes. Souvent vaines paroles. Obscurs mensonges osés. Parfois, pourtant, l'approche d'un éclair dans l’œil d'un chercheur. Quelques lumières diffuses rapidement soustraites aux regards innocents. Oracles fous ou prêcheurs bruts. J'ai écouté des hommes dans le laboratoire. Des croyants incertains, des fidèles immobiles et puis, refusant l'éprouvette, dans le grouillement sourd, un sur mille, une petite âme, muette, à la lueur indemne, qui lève encore le doigt.
J'ai la colère qui vibre devant tant de dégâts. Mais je ne tremble pas. C'est là, la colère seule qui ose sa démarque, laissant toujours mon corps là où je l'ai posé. Seule bouge l'interne processus de mon cœur récipient à l'écoute des hommes. Mes nerfs chatouillés gardent leur place vive. Je ne veux prendre part à l'espace nommé sans un aboutissement. Je crois au silence du cri. Au résultat de l'acte.

isolement salutaire
l'émotion qui se tient
éloignée
de la main du stratège

J'avais mis blouse blanche dans un temps où l'on voyait déjà le rebours du vide, l'invasion des "je sais". Trop vite déchirée dans les petites affaires des docteurs de la loi, la blouse m'a lâché. Des taches indélébiles ont mangé le tissu. Je ne pouvais comprendre qu'ils ne comprenaient pas. Et je n'ai donc trouvé, derrière le fatras de soliloques mièvres, que quelques rares comparses au prise avec l'acide, s'en voulant dissociés. Les indics conciliants, les vertueux savants sont venus àttachés à la meute pour nous montrer du doigt et ont juré devant les derniers incrédules que nos incompétences nous destinaient au trou.

je confie donc
à l'arbre
tant qu'il est encore là
ce que j'ai sur le cœur

sa sève acquiesce
au souci révélé

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