le vol du vol

sans sans

ce soir les pipistrelles
invisibles danseuses
après
bien après
les hirondelles en chasse
et
plus haut
les martinets
croix fuselées au ciel

le soleil avait bien arrosé la terre
nous avions atterri
sur les cendres communes
de la nuit prolifique

ô foutez-moi la paix

j'ai touché ta cheville
parce que
ta jambe
sur l'escabeau dansait
et je passais par là

un reste de caresse dans le creux de la terre
nous avions essayé
de reprendre nos marques 

ô foutez-moi la paix

bien sûr les mots
dans la clarté obscure
des sens crus
jetés là
pirouettes sans flammes
juste quelques élans
pour une reconnaissance

alors que même un baiser à la terre
donné
le plus chaud
ne peut se résoudre à engourdir
nos peaux

ô foutez-moi la paix

et puis seul
nu
après rien
ce qu'on croit être tout
à disséquer l'espace
que l'insomnie nous offre

je renie l'homme
bâti
éduqué par vos sbires

foutez-moi donc la paix
avec vos analyses
vos savoirs fallacieux
vos mensonges éhontés
votre propre dégoût

vous n'avez eu de cesse
de vous croire créés
pour une vie rêvée

elle vous crache à la gueule
la vie
vous ne connaissez rien

aux pipistrelles
aux hirondelles
et aux hauts martinets
qui
eux seuls
dansent
sans se soucier de vous

ô foutez-moi la paix

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