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Billet de blog 14 mai 2022

D’une élection à l'autres : citoyennes/citoyens proches du burn-ou démocratiques

L’approche technique, technocratique et gestionnaire voulue par la finance et l’actionnariat recouvre tout, notamment la dimension humaine et ce faisant, rend difficile toute alternative politique. Les ultras libéraux de « Renaissance » ont absorbé l’essentiel des médias qui ne se cachent même plus d’être exclusivement à leur service.

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Pris en otage depuis des décennies, les citoyennes et citoyens de ce pays n’en peuvent plus, le burn-out est proche. Les ultras libéraux ont réussi à installer durablement une approche exclusivement technique et technocratique qui exclue toute alternative politique. La gestion est présentée par ces commis de l’actionnariat et de la finance comme le seul mode de gouvernance possible. L’approche techniciste renvoie l’humain au vestiaire, elle est destinée aux seuls initiés et conduit à une disparition progressive du débat. La technique est faite pour apporter une réponse à un problème et non pas pour se substituer au vocabulaire politique et aux nécessaires espaces de débat d’où naissent différentes alternatives soumises au choix des citoyennes et citoyens. L’exemple le plus frappant de cet empêchement à débattre concerne l’Europe. Toute tentative de présenter la moindre alternative à l’existant est dénoncée par les ultras libéraux comme attentatoire à l’Union européenne et celui ou celle qui la soutient désigné (e) comme anti européen. Ce totalitarisme anti démocratique a conduit deux ex présidents de la république  Sarkozy et Hollande à s’allier en 2005 pour s’opposer à la décision des Françaises et Français de dire non au traité établissant une constitution pour l’Europe.
Est ce que ce vote disait non à l’Europe ?  bien sûr que non ; Ce vote disait non à cette Europe là! et était un encouragement à trouver une alternative pour amender ce traité. Notons que ces deux dirigeants n’ont pas été jugé pour abus de pouvoir et dévoiement de l’expression démocratique. Ce rappel pour aussi fastidieux soit il est un pilier essentiel de la prise en otage des citoyens. S’y ajoutent deux autres piliers, 1983 qui marque l’adhésion de la gauche de gouvernement au tout marché et la promotion de l’extrême droite initiée sous Mitterrand permettant à la finance de se maintenir à tout coup au pouvoir.
L’OPA réalisée par les ultra libéraux n’aurait pu avoir lieu sans l’absorption progressive du monde médiatique, cela s’est fait en plusieurs étapes : d’abord renforcer une culture, une appartenance commune entre journalistes et politiciens. Pour ce faire, installer l’idée qu’ils sont l’élite et qu’ils sont issus des plus grandes écoles. Manque de chance, qui dit grandes écoles dit polytechnique ou normale sup, qu’à cela ne tienne on popularisera en répétant à satiété que rien n’est mieux que  l’ENA et Sciences Popo. Ce qui correspond au niveau moyen des deux populations. Macron ayant raté par trois fois l’entrée rue d’ULM. Simultanément, on défera méthodiquement les garanties d’indépendance de la presse mises en place par le Conseil national de la résistance. Les représentants de la finance, Bolloré, Lagardère et tutti quanti ont beau jeu dès lors de déployer leurs ailes et de faire main basse sur un grand nombre de médias. Dès lors, la vie médiatique est sous contrôle, ceci est encore facilité par un certain conservatisme de gens de gauche « la presse, les médias bof ça a toujours été comme çà ! » Et pourtant les changements sont profonds… Prenons une station dite de service public comme France Inter. Bien sûr les programmes sur l’ensemble de la journée demeurent de qualité et facilitent l’émancipation, mais il n’en est pas de même des matinales qui dispensent depuis 2005 une information clairement idéologique. Se succèdent ainsi de demies heures en demies heures des éditorialistes du Figaro, des Echos, du Point.. Ce dernier au moment où j’écris ce billet nous explique que les Insoumis sont insoumis en France mais soumettant dans les dictatures… Le journaliste d’Inter lui demande en guise de conclusion : Quelle est la une du Point cette semaine ? « Mélenchon, l’autre Le Pen » … Vive le Service public privatisé ! Naturellement, aucun édito de la presse de gauche…
Quelques idéologues ont marqué leur passage sur cette antenne : Bernard Guetta devenu député européen LREM, Patrick Cohen Macroniste convaincu affiche une mine dégoûtée dès qu’il reçoit un invité de gauche à Càvous tv. Léa Salamé officie aux heures de grande écoute ; aboyeuse formée à l’école américaine… Attention niveau troisième sous sol… Ne pas se perdre…Thomas Legrand est toujours là…  Pour lui, lors des manifestations, il est beaucoup trop compliqué d’avoir deux sources, les syndicats et le ministère de l’intérieur pour rendre compte du nombre de manifestants… il a mené campagne pour un organisme indépendant, lequel organisme indépendant s’est avéré être clairement Macroniste. Après cette révélation, il ne s’est pas découragé pour autant, a repris sa campagne… Et maintenant, dans l’indifférence générale ne sont donnés dans les médias que les chiffres du ministère de l’intérieur. Quel progrès démocratique…Vive le service public privatisé !


Pas de méprise néanmoins, le conservateur de gauche que j’évoque un peu plus haut dans ce billet, il faut bien trouver un qualificatif, est réellement de gauche. Peut être simplement minore t-il l’évolution de la structure politico-médiatique. Les partis politiques sont moribonds, remplacés par des mouvements éphémères par nature et dont les sympathisants toujours par nature sont volatiles. Finis donc les programmes de formations à destination des militants, finies également les analyses fouillées, travaillées permettant à l’électeur d’être éclairé sur les valeurs et le contenu des programmes. Tout ceci implique pour l’électeur de 2022 d’aller à la source, de chercher lui même l’information, de développer son sens critique, de cultiver le doute à la manière d’un sociologue Bourdieusien. Un simple exemple : en matière de sondage, un grand nombre d’opinions  avancent l’idée qu’une erreur s’est produite en ne voyant pas advenir le succès de Trump. Recherche faite, il apparaît que la dernière semaine avant élection Hillary Clinton était donné à 51% et Trump à 49% autrement dit dans la marche d’erreur des 3%. Et les grandes électeurs également très partagés. Une confusion s’est installée, où beaucoup ont crû à une erreur des sondages alors que la surprise fût la désignation de Trump comme candidat des Républicains et son irrésistible avancée par la suite. 

Autre exemple qui nécessite aujourd’hui pour l’électeur de faire des recherches par lui même : les médias, à des fins de disqualification évidentes, classent la France insoumise puis aujourd’hui l’union populaire à l’extrême gauche. Recherche faite, la France Insoumise n’apparaît dans les classifications officielles ni à gauche ni à l’extrême gauche. Amusant non ? Les exemples de ce type pourraient être multipliés par dizaines. Ceci tend à prouver que les forces ultra libérales ont réussi à absorber et mettre à leur service, la plus grosse partie du monde médiatique. Créer une alternative politique dans ces conditions devient plus que difficile. Macron a beau jeu de décliner ses fiches thématiques, puisqu’elles se réfèrent exclusivement à la commande de la finance et du patronat. Macron a pour tâche dans les cinq années à venir de tuer définitivement ce qui reste du service public : hôpitaux, éducation nationale, transports, justice…Il ne faut jamais oublier d’où vient Macron. Mise en place par Sarkozy, la commission Attali a été un formidable tremplin pour lui. Il a séduit financiers et  actionnaires en leur faisant la démonstration qu’avec le «  en même temps » il roulerait dans la farine une représentation politique épuisée, sans idées, en rupture avec la population. Dès lors, il dirigera le pays comme une entreprise, sans vision politique, en adaptant sa communication ; un jour blanc, un jour noir. On voit, ici, tout l’intérêt d’absorber des médias qui vont à l’envie renvoyer les opposants à  la culture dominante gestionnaire, technique et technocratique. Tout observateur peut faire le constat du parti pris idéologique et de l’entreprise de démolition initiée par le monde médiatique vis à vis de l’union populaire depuis son avènement. Cette adversité politico-médiatique   hors norme nous oblige à davantage d’engagement, d’implication, à penser par nous mêmes et à agir. La période où il suffisait d’être fidèle à son vote d’une élection à l’autre est bien terminée. Retour à la nécessité d’être combatif au quotidien, suivant en cela l’exemple de nos grands et arrières grands-parents. Les droits démocratiques et sociaux ont dû être conquis d’arrache-pied. Nous sommes dépositaires de cette lutte pour réduire les inégalités et conforter la vie démocratique. Montrons-nous en dignes.

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