Denis Butterbach, maire "En Marche" de Valmunster (57) :"Faire autrement m'a séduit"

Maire d'une commune de 100 habitants, Valmunster en Moselle, chef d'entreprises, enseignant, attaché parlementaire : Denis Butterbach cumule. "Marcheur" de la la 1ère heure, il veut appliquer à la politique son expérience de chef d'entreprises. Rencontre.

 

Denis Butterbach, 59 ans, a vécu plusieurs vies et porte différentes casquettes. Ingénieur de formation, il débute chez Total qu'il quitte pour créer « Arma Ingénierie », devenu en 15 ans le plus important bureau d'étude indépendant dans un triangle Paris-Lille-Belfort. Vendu fin 2007, Denis se diversifie en assurant une formation à l'ENIM, une spécialisation en 5ème année sur l'innovation avec une option « Opmind », «  Open your mind  » (ouvrez votre esprit). Tout en créant une start-up à Nancy dont le slogan est «  générateur de solutions  »  : «  CRYOSCAN  » avec 7 salariés travaillent sur les machines de laboratoire et les nanotechnologies. Trésorier de l'association des anciens de l'ENIM, organisateur de conférences, au total, 60 heures par semaine en comptant, depuis 2014, le mandat de maire de Valmunster et de conseiller communautaire. Seules soupapes de décompression, le vélo et sa collection de voitures américaines.

 

Quand avez-vous adhéré à «  En Marche  » et pourquoi  ?

 

«  En juillet 2016. C'est par le biais de la formation sur l'innovation que j'assure à l'ENIM, «  comment faire autrement  », que, très tôt, la démarche de Macron m'a intéressé. Plutôt à gauche en 1981, passé à droite puis ni à gauche ni à droite, j'ai découvert le monde politique tardivement et constaté son retard par rapport à ce qui se fait dans le monde industriel. En politique, le président doit être un entrepreneur, favoriser l’humain tout en préservant l’équilibre financier : ce que Macron a dit pendant la campagne était proche de mes valeurs et allait dans le sens de mes convictions. Une façon différente de faire de la politique  : gauche et droite, ni gauche ni droite, il veut casser le «  système  ». C'est le faire autrement qui m'a séduit. Il a une démarche de chef d'entreprise. Lors d'une réunion à Metz en décembre 2016, j'avais apprécié l'homme et son discours. J'apparais sur le site « En Marche » comme le 5ème maire de France à témoigner son soutien et à l'avoir parrainé.  ».

 

 

Pourquoi directeur de campagne d'Hélène Zannier et non pas candidat député vous-même  ?

 

«  Un député, c'est comme un chef d'entreprise, un chef d'orchestre qui fait travailler les femmes et les hommes dans l’harmonie. Je correspondais aux critères de sélection  : issu de la société civile, présent dans la ruralité, ayant une vision du monde industrie et aimant les contacts humains. Mais, le métier de député est plus compliqué que je ne le pensais  : assez carré, pragmatique et cartésien, je risquais d'être frustré de ne pas pouvoir aller suffisamment au fond des choses. Aussi ai-je demandé un avis à André Bohl, ancien sénateur-maire de Creutzwald que je connais de très longue date, d'abord chez Total.J'ai suivi ses conseils  : assez sensible, je n'ai pas le «  cuir  » suffisamment épais et j'aurais souffert car plus homme de terrain et d'action. Hélène Zannier, désignée candidate par LREM et rencontrée au comité «  En Marche  » de Saint Avold, m'a sollicité pour être son directeur de campagne. 5 semaines intenses à «  labourer  » la 7ème circonscription et ses 107 communes  : intéressant sur le plan managérial et riche en rencontres. Avec, au bout, son élection dans la circonscription de Boulay-Saint Avold.».

 

 

Depuis le 1er septembre, vous êtes l'un des 4 attachés parlementaires d'Hélène Zannier.

 

 

«  Avec Umit Yildirim, son suppléant et 2 autres attachés à Paris et à Saint Avold, ma volonté est d'apporter mon expertise, être une passerelle entre le monde de l'entreprise et le monde politique. Si j'avais été candidat, je n'aurais pas eu autant de temps à consacrer à ce que je considère comme fondamental. Je suis son conseiller économique à raison d'un jour et demi par semaine. On est complémentaires.On s'est engagés à contacter toutes les entreprises, les agriculteurs, les commerçants et les artisans de la circonscription, 8 000 personnes, pour les réunir par secteur et créer des groupes de travail et d’échanges. Cela permettra à l’équipe de mesurer vraiment les difficultés du territoire et de trouver ensemble des solutions »

 

 

 

Malgré fausses notes et couacs, tels Ferrand, Castaner, les 100 démocrates, le bilan est-il positif  ?

 

 

«  Les 100 «  marcheurs  » ou «  100 démocrates  » qui ont quitté LREM, c'est négligeable  : 100 sur 380 000 adhérents. On a cette déformation en France de voir toujours le mauvais côté des choses. 99, 999% sont d'accord avec LREM, pourquoi mettre le doigt sur ce qui ne va pas. Dans mes cours, j'ai une philosophie  : la règle des 5%. 5% de patrons voleurs, 5% de chômeurs qui trichent, 5% de profs qui ne font pas leur boulot. Pourquoi regarder uniquement ces 5% et non pas les 95 autres. Il faut positiver. Pour Richard Ferrand, c'est plus compliqué car cela touche à la morale et chacun peut avoir sa définition. Christophe Castaner et le manque de démocratie, c'est un non-événement  : il est courant de ne pas avoir de candidats dans les assemblées. Pour les «  marcheurs  » déçus et mécontents, les dysfonctionnements, les déceptions et le manque de démocratie, je reprends ma règle des 5%.Le président Macron nous a donné un cap, une vision, un objectif. J'aime bien son côté entrepreneurial intégrant l’humain et l’équilibre financier.  Je n'ai jamais été à un tel niveau de satisfaction.  »

 

 

13 milliards d'économie, baisse des dotations, suppression de la taxe d'habitation, le maire est-il inquiet  ?

 

«  Pourquoi avoir peur puisque l'Etat compensera intégralement la taxe d'habitation. 6 300€ pour Valmunster. Oui, il faut serrer la vis, faire des économies mais on ne touche pas aux petites communes, on va même les aider. La démarche est excellente  : on va demander aux 300 villes les plus riches de faire des efforts. On le fait au quotidien dans les entreprises, pourquoi ne pas le faire dans les grandes communes.  »

 

 

Avec toutes vos casquettes, quel est votre avenir politique  ?

 

 

«  Depuis que je ne suis plus patron, je n'ai pas l'impression de travailler  ; et pourtant, je travaille plus qu'avant. En 2014, j'ai dit être l'homme d'un seul mandat. Mais, je me vois plus en acteur au niveau de la communauté de communes, prendre des responsabilités dans mes compétences. Il y a un vrai travail à faire autrement. Il faut quelqu'un qui impulse, critique positivement, vient déranger pour faire avancer le «  schmilblic  ». Je suis peut-être celui qui a le profil le plus atypique mais je me verrais bien dans ce rôle plus qu'à Valmunster.  »

 

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VALMUNSTER EN BREF.

 

54% des communes françaises ont moins de 500 habitants et représentent 7% de la population. Valmunster, à 7 km de Boulay en Moselle, est de celles-là  : 74 habitants en 2004, 100 aujourd'hui. Connu pour son église romane du Xème siècle, joyau du patrimoine du Pays de Nied, ce village de 44 maisons détient la palme du civisme  : 82 votants sur 83 inscrits au 1er tour des municipales de 2014 et 83 au second. L'équipe municipale, jeune et dynamique, managée par Denis Butterbach, gère un budget annuel de 60 000€  ; c'est la 1ère année que la dotation de l'Etat est stable après 7 ans de baisses. Tous les impôts collectés sur la commune couvrent les dépenses scolaire et périscolaire. Le «  grand blues des maires  », il ne connaît pas. Epaulé par son équipe municipale, l’association des amis de l’église et le conseil de fabrique, c’est tout le village qui est dynamisé : 42 manifestations en 3 ans et demi ! La suite se traduit par des projets ambitieux qui mettront en valeur le patrimoine unique de la commune ainsi que sa visibilité tout en faisant aussi appel à du financement participatif.

 

 

 

 

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