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Billet de blog 18 nov. 2020

17 Novembre 2020 : Une commémoration nationale sous haute tension en Grèce

À Athènes, la commémoration nationale du 17 Novembre a été interdite cette année du fait de la pandémie de Covid-19. Mais la manifestation s’est tout de même déroulée, dénonçant une interdiction autoritaire du gouvernement conservateur, dans un climat de haute tension. 5000 policiers étaient présents en centre-ville et ont dispersé les manifestants avec violence.

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La date du 17 novembre est un jour de commémoration nationale et un jour férié pour les écoles en Grèce. Il salue la révolte majoritairement étudiante qui s’est dressée entre le 14 et le 17 novembre 1973. Farouchement opposés à la dictature militaire alors en place, des étudiants ont occupé plusieurs jours l’Ecole Polytechnique d’Athènes. Devant l’incapacité de la police à les déloger, c’est les chars de l’armée qui pénètrent dans l’enceinte de l’École le 17 novembre 1973, avec un bilan d’au moins 24 morts et de centaines de blessés. Polytechnique reste aujourd’hui un symbole fort pour la démocratie grecque. Chaque automne, des manifestations importantes pour la gauche défilent devant l’édifice. Mais cette année, les rassemblements ont été interdits à cause de la pandémie.

Le Premier Ministre conservateur Kyriákos Mitsotákis, élu en 2019, resserre son étau face aux oppositions. L’année dernière déjà, le 17 Novembre avait été marqué par une forte répression de la part de la police, qui avait repris le contrôle de l’ancien quartier anarchiste d’Exarchia. Une répression qui n’a rien de surprenant. Le Premier Ministre Mitsotakis et son neveu, le maire d’Athènes, Kostas Bakoyannis, ont vécu un drame familial bien particulier. Le beau-frère de Mitsotakis, et donc le père de Bakoyannis, fut assassiné par un groupe terroriste d’extrême gauche du nom… D’Organisation révolutionnaire du 17-Novembre (17N). Une affaire de famille qui expliquerait en partie la fermeté du gouvernement actuel envers les oppositions de gauche. Ainsi, les rassemblements de plus de 3 personnes ont été interdits entre le 15 et le 18 novembre. Mitsotákis a évoqué cette année que « la priorité serait la protection de la santé publique ». Pourtant, quelques semaines avant, les rassemblements lors de la fête nationale de Grèce du 28 octobre n’avaient pas été interdits.  

Manifestation du KKE à proximité de l’ambassade américaine © EFSYN

Au matin du 17 Novembre, ne respectant pas le décret, le KKE (le Parti Communiste Grec), a manifesté dans les rues d’Athènes. Les manifestants communistes respectaient les gestes barrières et portaient un masque. Le secrétaire général du Comité central du Parti communiste grec, Dimitris Koutsoumbas, a déclaré dans un discours le matin :

« Il est inacceptable, sous prétexte de pandémie, de prendre des mesures anti-populaires réactionnaires pour interdire les célébrations de l’École polytechnique (…) Interdire les rassemblements de plus de trois personnes, surtout aujourd'hui, est inacceptable, antidémocratique, inconstitutionnel. »

La manifestation s’est rassemblée devant l’ambassade américaine pour dénoncer, selon les termes de Koutsoumbas, « l'impérialisme américain » que le pays aurait subi à cause de la politique des États-Unis et de l'OTAN. Les partis de gauche Syriza et MeRA se sont également mobilisés dans la journée.

Derrière l’université nationale d’Athènes à Panepistimio, encadrée par la police, le fond de la rue disparait sous les gaz lacrymogènes. © Coline Englebert

 Dans l’après-midi, un cortège de manifestants se forme aux environs de 14h devant la place de Panepistimio. 5000 policiers sont déployés, 6000 selon des sources militantes, et un hélicoptère survole la ville dans une atmosphère pesante. Par groupes, les policiers surveillent les rues du centre-ville. A moto, ils sillonnent l’ensemble des grands boulevards. Moins d’une heure plus tard, le cortège des manifestants est dispersé avec force. Des MAT (CRS grecs) sont largement déployés et utilisent des canons à eau ainsi que des grenades de désencerclement. Des déflagrations retentissent sur la place avant que celle-ci ne disparaisse sous les gaz lacrymogènes. Un député communiste est blessé et des dizaines de manifestants sont interpellés. D’autres heurts, notamment à Omonia, seront observés. Dans la soirée, des manifestants s’en prendront à un commissariat de police. C’est un 17 Novembre sous haute tension qui s’achève dans un contexte de crise sanitaire et de revendications réprimées. 

" 17 novembre 2020: C'est ainsi que la Nouvelle Démocratie a honoré la junte" © Perseus999

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