Marafa Hamidou Yaya, despotisme légal et catastrophes au Cameroun

Les Camerounais découvrent dans la douleur d’une catastrophe ferroviaire,les ravages d’une culture du crime politique qui a consisté à criminaliser systématiquement la compétence professionnelle et la probité morale incarnées par des grands serviteurs de l’État comme Marafa Hamidou Yaya;au profit d’une incurie gouvernementale tribale et familiale essentiellement destinée à pérenniser la dictature

Par Olivier Tchouaffe PhD et Joël Didier Engo, Président du C2LP

En réponse à la tragique catastrophe ferroviaire d’Eseka du 21 octobre 2016, où selon les autorités camerounaises, 79 personnes ont péri et des milliers ont été blessés, Marafa Hamidou Yaya a interpellé le réticent président camerounais à s’impliquer personnellement. Juste mettre une valeur financière sur les morts et payer les factures d’hôpital des blessés, avant de redécoller vers la Suisse pour des vacances répétitives et prolongées, n’est pas une option cette fois.

De même, cette intervention énergique de Marafa n’est pas la première. En 2011, il avait déjà averti le Président, qui était alors limité à deux mandats de (07) sept ans par la constitution, de ne pas se représenter comme président à vie. Cet avis a été considéré comme un crime de lèse-majesté par le chef de l’État et Marafa est maintenant confiné dans une cellule carcérale.

Le Président a choisi de faire valoir ses privilèges monarchiques contre les avis courageux de Marafa, qui était pourtant présenté comme un cacique du régime.

Ce devoir de préserver les droits constitutionnels des Camerounais ordinaires a été remercié par la privation de ses droits civils et politiques. Le régime de Yaoundé a pris la triste habitude d’incarcérer tous les Camerounais qu’il estime être des menaces en son sein. En effet, toute critique du statu quo dictatorial en place est considéré déloyale et dangereuse par le régime de Yaoundé. Dès lors les personnalités considérées comme concurrents politiques sont aussitôt emprisonnées après des jugements expéditifs prononcés par une justice aux ordres pour donner l’apparence de rester dans les limites de la légalité. Nous avons appelé cette supercherie «despotisme légal ». Il s’agit bel et bien de despotisme légal parce que les accusés n’ont aucune chance d’avoir raison devant la Cour, y compris des membres de haut rang du régime tel que Marafa. La conséquence visible de ce despotisme légal est de terrifier n’importe quel autre camerounais ordinaire afin d'évacuer ce qui est perçu comme du radicalisme politique de la sphère publique et privée.

Mettant en sourdine la paralysie de son propre sort carcéral, Marafa comprends que les Camerounais ordinaires méritent beaucoup plus que des mascarades de justice.

Ils méritent beaucoup plus que le sacrifice perpétuel. En effet, la présidence monarchique au Cameroun tire sa puissance de ce que le philosophe italien Giorgio Agamben définit comme vitae necisque potestas, le droit absolu du père sur la vie et la mort de son fils. Le président comme Pater– le père –les Domus-– le dominateur a le pouvoir de tuer ce qu’il a mis monde. Comme les Camerounais sont des «créature de Paul Biya» selon son ministre Jacques Famé Ndongo, ce pouvoir de vie et de mort donne naissance au concept d’Homo Sacer. Homo Sacer ne veut pas dire vie sacrée – mais c’est tout simplement la prérogative singulière du chef de l’État de donner la mort et à ce titre, le sacrifice devient la langue de la loi. Le président avait reconnu ce pouvoir de vie et de mort lors d’une de ses rares et célèbres interviews accordé en 1984 à l'ancien présentateur du journal télévisé de la télévision nationale M. Éric Chinje .

Ce despotisme légal est rappelé maintes et maintes fois aux Camerounais ordinaires, comme à l'occasion de cette catastrophe d’Eséka où il leur est à nouveau inculqué qu’ils ne seront jamais traités comme des citoyens dans un régime juridique qui exige le sacrifice. Après avoir fait partie de ce régime, Marafa Hamidou Yaya a surtout le mérite et l'intelligence de comprendre que, dans l’ensemble, les vices de certains dirigeants peuvent être excusés pour leurs brillantes vertus et performances. Par contre maintenir des hommes de petites vertus indéfiniment au pouvoir est une catastrophe pire qu’Eseka.

Olivier Tchouaffe PhD et Joël Didier Engo, Président du C2LP

 

 

 English version: Marafa Hamidou Yaya, Legal Despotism and catastrophes in Cameroon.

By Olivier Tchouaffe PhD and Joel Didier Engo, President of the C2LP

Responding to the tragic catastrophe of october 21, 2016, where according to the Cameroonian officials, 79 ordinary people lost their lives and thousands more were wounded at Eseka, Marafa Hamidou Yaya interpelled the reticent Cameroonian president and urged him to get involved personally. Just putting a financial value on the dead and paying the hospital bills of the wounded, before his clear pattern for taking off to Switzerland for extended vacation time, is not an option this time.

Similarly, Marafa’s energetic intervention is not the first one. Back in 2011, he warned the president, who was then limited to two seven years’ terms, not to change the constitution to make himself, basically, president for life. That advice was considered a crime of lese majesty by the head of state and Marafa is now confined to a prison cell.

The president chose to assert his monarchial privileges. Marafa’s courageous attempts to stand for ordinary Cameroonian’s rights was repaid with the privation of his own constitutional rights following the prince’s routine of incarcerating any ordinary Cameroonians he finds to be threats from within. In effects, any criticism of the status quo is taken as disloyal and dangerous by the regime of Yaoundé. Indeed, the Cameroonian government developed the unpleasant habit of continuously jailing ordinary Cameroonians it considered to be political competitors with trump-up charges to give the appearance of staying within the bounds of the legality, a process we called “Legal Despotism.” It is legal despotism because the accused do not stand a chance to win out in court, including high ranking member of the regime such as Marafa. The intended consequence of this legal despotism is to terrify any other ordinary Cameroonians into policing themselves and evacuate radical politics from the public and the private sphere.

Putting aside the impossibility of his own condition, Marafa understands that ordinary Cameroonians deserve much more that masquerades of justice. They deserve much more than perpetual sacrifice.

Indeed, the monarchial presidency in Cameroon derives its power from what Italian philosopher Giorgio Agamben defines as the absolute right of the father over the life and death of his sons. This is the power that makes the pater–the father–domus–head of the household, dominator. Here, life–vita, zoē–is only a correlate of the power to kill–nex. It is what the law presupposed in granting the father his right–there must be something for him to kill, namely, the life of his sons. And because the Romans thought there to be an “essential affinity” between this right and the power of imperium, exercised by the sovereign, man–as citizen, as bios politikos–was subject to sovereign decision regarding life and death, just as were the father’s sons. Here, man becomes homo sacer, sacred life–but this is simply life that can be killed and as such, sacrifice becomes the language of the law. Something the president himself recognized during a rare and famous interview with Eric Chinje in 1984.

As with this legal despotism, consequently, time and time again, ordinary Cameroonians, as with the Eseka’s catastrophe are reminded that they will never be treated equally in a legal regime that demands sacrifice. Marafa understands that, on balance, some leaders’vices can be excused for their brilliant virtues and political performances but maintaining power hungry men of little virtues in power is a catastrophe worse than Eseka.

Olivier Tchouaffe PhD and Joel Didier Engo, President of the C2LP

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camerountribunerecuperationmalsaine

Droit de Réponse à Cameroon-Tribune: «Catastrophe Ferroviaire d’Eseka, Récupération Malsaine » or «Rail disaster of Eseka, unhealthy recovery»

Version française: «Catastrophe Ferroviaire d’Eseka, Récupération Malsaine » Cameroon Tribune 11/2/2016,

Par Olivier Tchouaffe, PhD et Engo Joël Didier, Président du CL2P

Dans l’article «Catastrophe Ferroviaire d’Eseka, Récupération Malsaine» Camer.be 11/2/2016 , qui est un exemple d’une langue bois pure et dure, on nous parle "d’abus de la liberté d'expression sous le renouveau !" Nous sommes d'auilleurs surpris que l'article n'il ne soit pas demandé que les gens qui ont "abusé" de la liberté d'expression soient poursuivis pour "outrage au Chef de l'État". Après tout ce serait la suite logique à l'argumentation développée.

L’article reconnait «la vétusté des équipements ferroviaires, le sous-équipement de l’hôpital d’Éseka et l’arrivée tardive des secours sur les lieux de l’accident, l‘absence d’une antenne locale de sapeur-pompiers ». Mais il range aussi ces critiques légitimes dans le régistre de la «démagogie».

Au Cameroun, un pays où la fonction du chef de l’État est considérée inviolable et sacrée, toute critique même légitime devient un crime de lèse-majesté.

Pourtant cette criminalisation de la critique ne débouche sur aucune reforme. Cet appel à la sécurité nationale est en effet une manœuvre démagogique pour ne pas reconnaitre le changement social qui s’impose comme une évidence. Encore plus, c’est l’idée que le changement est nécessairement mauvais. Comme nous l’avons démontré dans un article précèdent «Opposant: Généalogie d’une Déchéance de Droits Civiques au Cameroun», c’est l’idée que le soi-disant opposant n’est jamais perçu dans une logique de contribution. Dans l’histoire politique au Cameroun, du fait du culte de la personnalité du président, «l’opposant» veut seulement la chaise ou place du président. L’idée que «l’opposant» puisse aimer son pays n'est pas envisageable.

Ce genre de mentalité archaïque et bunkerisée est justement ce qui facilite le sacrifice comme culture légale. Tous ceux qui sont contre le «Pater» doivent être sacrifiés. Parce que toutes les personnes qui résistent au régime autoritaire du père sont stigmatiséés comme des ennemis du Peuple. Cela aboutit à un gouvernement paranoïaque où la fonction du régime est de désigner en permanence des ennemis. Toute forme d’opposition est de-legitimiséee et cela installe ce que Achille Mbembe appelle «Necropolitique» où le pouvoir du souverain est réduit à la décision consistant à déterminer qui a droit à la vie ou à mourir. Il y a clairement un travail d'introspection à faire sur nos mentalités et peut être commencerons-nous ainsi à reconnaitre que la manière dont nous réflechissons influence négativement notre perception du reste du monde. Ce serait aussi le déclic d'une prise de conscience générale sur le fait que les Hommes passent mais le Cameroun lui va rester.

 

English version: 'Rail disaster of Eseka, unhealthy recovery' Cameroon Tribune 11/2/2016,

By Olivier Tchouaffe, PhD, Joël Didier Engo President of the CL2P

Following the article "Disaster railway of Eseka, unhealthy recovery" Camer.be 11/2/2016 , is an example of pure Orwellian demagoguery. The article claims of "abuse of freedom of speech under the Renouveau!". We are even surprised that the article did not ask that people who "abuse" that so-called freedom of speech be charge "of insulting the head of State" which is the logical extension of his argument.

The article, however, acknowledges "the dilapidated state of the railway facilities, the lack of equipments at the hospital of Eseka, the late arrival of paramedics at the scene of the accident, and the lack of a local branch of firemen" but considered these legitimate criticisms as acts of "demagoguery."

Indeed, in Cameroon, a country where the function of the head of State is considered as inviolable and sacred, even legitimate criticism is considered to be a crime of lese-majesty.

Meanwhile, the criminalization of criticism does not lead to proper and urgent reforms. This call to national security is indeed a demagogic maneuver for a regime that does not recognize that social change is needed. Even more, it's the idea that change is necessarily bad.

As we have shown in a previous article "opponent: genealogy of a loss of civic rights in Cameroon" , it's the idea that the so-called opposition is never seen in a logic of contribution. In the political history in Cameroon soaked in the cult of the personality of the president, "the opponent" wants only the Chair of the president. The idea that "the opponent" can love his country is out of the question.

This sort of archaic bunkerized mentality is precisely what facilitates sacrifice as the language of the law. All who are against the "Pater" must be sacrificed. Folks who resist the authoritarian regime of the father are branded as enemy of the people. In this paranoid universe, the role of the government is to divide people between allies and enemies and lead to what Achille Mbembe called "Necropolitics" where the power of the sovereign is reduced to the decision of who is entitled to life or death. A mentality check is in order here and we need to begin to recognize that the way we think affect how we perceive the world.

Olivier Tchouaffe PhD and Joel Didier Engo, President of the CL2P

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