Mme Michaëlle JEAN, NOUS REFUSONS UNE FRANCOPHONIE SILENCIEUSE SUR LES VIOLATIONS DES DROITS HUMAINS ET LA MAUVAISE GOUVERNANCE

Visite officielle de la SG de l'OIF au Cameroun : © Paul Biya


Francophonie : Comment Michaëlle Jean a évité les questions qui fâchent

 Par Edmond Kamguia K., La Nouvelle Expression

La secrétaire générale de l'organisation internationale  de la francophonie (Oif) a achevé jeudi 16 avril sa visite officielle au Cameroun. Elle n’a pas rencontré l’opposition et a gardé le silence sur certains sujets relatifs à la bonne gouvernance, comme la loi non appliquée sur la déclaration des biens.

La première femme à exercer la fonction de secrétaire générale de l'Organisation internationale  de la francophonie (Oif) Michaëlle Jean est donc venue au Cameroun pour un séjour  dont le calendrier, certes chargé, n’a pas prévu de rencontre ni avec l’opposition parlementaire ni avec l’opposition tout court. Si on peut comprendre le fait  qu’elle soit venue rencontrer Paul Biya non seulement dans le cadre de la coopération entre l’Oif et le Cameroun, mais aussi  pour le remercier pour le rôle qu’il a joué parmi ses pairs au  XVème sommet de la francophonie de Dakar, au Sénégal, le 30 novembre 2014 pour sa désignation  par consensus, on peut s’interroger  sur certaines  choses. Notamment sur la façon de Michaëlle Jean  d’effleurer  à  peine les questions relatives aux élections, à  la démocratie et à la bonne  gouvernance dans un pays qui, malgré des efforts,  n’a pas définitivement  quitté le tableau des pays les plus corrompus du monde.

Des doléances non écoutées…

Le Cameroun étant appelé  à  organiser plusieurs  élections à la fois en 2018, Michaëlle Jean  aurait pu prévoir une rencontre avec l’ensemble des parties impliquées dans le déroulement des élections. Pour se faire une idée plus juste de la situation réelle après les sénatoriales du 14 avril 2013 et après les législatives et municipales du 30 septembre 2013. Des  doléances abondent pour perfectionner le  processus électoral dans notre pays. La rencontre effectuée avec les responsables d’Elections Cameroon (Elecam) aurait gagnée  en qualité à travers des échanges que l’on pourrait  imaginer plus riches et plus fructueux.

Entrée en fonction début janvier 2015, la secrétaire générale de l'Organisation internationale  de la francophonie (Oif)  Michaëlle Jean ne maîtrise peut-être pas encore tous les enjeux, tous  les défis et toutes les contraintes de l’Oif. Tel est l’avis de certains diplomates sur cette question délicate.

Sacrée  bonne excuse pour  une débutante…

Sauf que son expérience d’ancienne  gouverneure générale  et commandante en chef du Canada aurait pu lui permettre de s’exprimer  avec conviction et sans hypocrisie  sur des questions qui fâchent, y compris sur les élections.  Lors de son audience au palais de l’Unité, à Yaoundé, du  mardi 14 avril 2015  à 12 h ou lors du déjeuner offert par Paul Biya  et  Chantal Biya à 13h le même jour, Michaëlle Jean  aurait pu faire des recommandations, des suggestions ou une interpellation  au Cameroun  sur la nécessité par exemple d’adopter une biométrie complète, mais aussi d’appliquer la loi sur la déclaration des biens à travers une éventuelle signature des décrets d’application par le président de la République. Ce d’autant que l’Oif fait partie des institutions  qui participent  aux efforts financiers et matériels visant l’organisation des élections libres, régulières, transparentes et démocratiques  au Cameroun. Et qui promeut aussi  la bonne  gouvernance.

Occasion manquée

L’Oif envoie régulièrement des observateurs électoraux lors des élections dans notre pays depuis presque deux décennies. En dehors de la société civile constituée des associations des femmes et des jeunes que  Michaëlle Jean a rencontrés lors de son séjour, les  partis politiques de l’opposition -  qui n’ont pas été sollicités - auraient pu aider Michaëlle Jean à mieux cerner les manquements ou les lacunes observées. Ce fut une occasion manquée de saisir la réalité des faits. Après la Guinée  où en mars dernier elle a séjourné pour des raisons  humanitaires,  à cause  de l’épidémie de la fièvre hémorragique du virus Ebola qui a  sévi et fait des milliers de morts en Guinée comme au Liberia et en Sierra Leone, Michaëlle Jean  a cependant eu un entretien avec le ministre des Relations extérieures Pierre Moukoko Mbonjo et une importante séance de travail avec une bonne vingtaine de ministres concernés par la coopération avec  la francophonie.

Michaëlle Jean  a aussi rencontré le Premier ministre, chef du gouvernement et des opérateurs économiques pour aborder entre autres sujets de la création d’emplois pour les jeunes et les femmes. L’Oif  est présent au Cameroun  à travers le bureau Afrique centrale et des Grands lacs de l’Agence universitaire de la Francophonie.  L’Oif se déploie  dans  ses  volets  culturel et éducatif;  sur le développement social et  le développement durable; sur  la justice et la solidarité, sur la démocratie et les questions de droits de l’homme et sur l’économie. Michaëlle Jean a mis l’accent sur ce dernier volet. Elle entend travailler pour une francophonie axée sur  l’économie, les femmes et les jeunes. Michaëlle Jean a effectué d’autres visites et  participé  jeudi après-midi à une conférence  avec des étudiants de l’Institut des Relations internationales du Cameroun (Iric).

Arrivée mercredi soir dans capitale politique  du Cameroun, Michaëlle Jean qui a été distinguée  par le  titre de «Docteur  Honoris Causa» à l’Université de Yaoundé I a quitté Yaoundé pour Paris jeudi 16 avril dans la soirée.

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Les Hommes politiques camerounais dénoncent le soutien à de Mme Michaëlle JEAN à "Elections Cameroun" (Elecam)

Par Jean-Bruno Tagne, Le Jour

La visite de la secrétaire générale de l’Oif, Michaëlle Jean à Elections Cameroon et le satisfécit qu’elle a accordé à l’équipe dirigeante de M. Fonkam Azu’u a choqué certains opposants.

À l’heure du bilan du séjour de Michaëlle Jean au Cameroun, les avis divergent.

 Si du côté du gouvernement on se satisfait d’une visite riche, certains observateurs se montrent plus critiques. Ils parlent de « folklore », d’une visite au cours de laquelle il y a eu finalement beaucoup de bruits pour pas grand-chose. C’est que beaucoup estiment que la secrétaire générale de l’Oif, tout au long de son séjour camerounais n’a pas évoqué les sujets qui intéressent de nombreux Camerounais.

«Elle est juste venue prendre des honneurs", analyse un enseignant de l’université de Yaoundé II. Il y a deux questions qu’on doit se poser : qu’est-ce qu’elle est venue faire et qu’est-ce que son séjour va nous apporter. Elle n’a rien dit sur les élections, n’a rien dit sur la durée des mandats au Cameroun, n’a rien dit sur la corruption, n’a rien dit sur le chômage des jeunes et sur l’insécurité. Elle n’a rien dit sur nos vrais problèmes. Quel sens peut-on donner à son séjour ici ? Aucun. Diouf osait des discours sur la démocratie et même sur l’alternance. On n’a rien entendu de ce genre venant de Mme Michaëlle Jean.»

Cet avis est partagé par Franck Essi, le secrétaire général du Cpp. «Le faste et la couverture qui ont accompagné la visite de Michaëlle Jean ne sont certainement pas proportionnels à ce que la francophonie nous apporte au quotidien dans la résolution de nos problèmes, dit-il. Ce faste traduit une fois de plus l’extraversion mentale de ceux qui nous dirigent. Il illustre la primauté systématiquement accordée aux instances occidentales comparativement aux institutions et événements africains. C’est dommage. D’autant plus que la francophonie participe d’un jeu qui ne sert pas nos intérêts fondamentaux. »

Au cours de sa visite au siège d’Elecam, la secrétaire générale de l’Oif s’est dite satisfaite par le travail de cet organe en charge du processus électoral au Cameroun. Toute chose qui a fait bondir certains hommes politiques de l’opposition. Eux qui n’ont de cesse de dénoncer une institution «peu crédible». Pour Sosthène Médard Lipot, cadre du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc), Michaëlle Jean est venue légitimer Elecam. «N’oublions pas qu’elle a bénéficié de la voix du Cameroun pour être portée au poste de secrétaire générale de l’Oif, avance-t-il. Il y a donc de sa part comme une forme de retour d’ascenseur. Mais c’est mauvais. Michaëlle Jean joue le jeu du régime de Yaoundé. Elecam n’est pas du tout crédible. Cette institution prétend avoir organisé des élections avec la biométrie au Cameroun. C’est faux. Vous avez vu la vraie biométrie au Nigéria. Elecam n’est pas un organe indépendant. Il y a de gros problèmes de démocratie dans ce pays et on aurait aimé entendre cette dame en parler. »

Pour sa part, Franck Essi estime que Elecam ne mérite pas les félicitations de la secrétaire générale de l’Oif. «Nous savons tant que Camerounais que notre processus électoral est très loin de satisfaire aux normes de transparence, d’impartialité et d’équité, observe-t-il. L’exemple du voisin nigérian vient encore nous rappeler que sur le bulletin unique et la biométrie intégrale, le gouvernement et Elecam font preuve de mauvaise foi. Dès lors, en plus de participer à légitimer des processus électoraux bancals, la Francophonie ne peut échapper à la critique d’être l’un des instruments de domination culturelle et politique de la France sur les pays africains. Le moins qu’on puisse faire est de ne pas lui accorder plus d’importance que le principe de réalisme politique nous oblige à avoir. C’est en revitalisant nos propres organisations et institutions que nous pourrons espérer nous développer en tant que Camerounais et Africains.»

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Michaëlle Jean refuse de se prononcer sur la plainte d’Issa Tchiroma Bakary contre trois journaux locaux

Par Yves Junior NGANGUE | Cameroon-Info.Net

http://camer.be/41343/11:1/cameroun-issa-tchiroma-porte-plainte-contre-trois-journaux-cameroon.html


Lors de sa conférence de presse, Michaëlle Jean a demandé à l’auteur de la question de daigner la retourner au Ministre de la communication présent dans la pièce au moment de l’échange.

Arrivée au Cameroun le lundi 13 Avril pour une visite de travail, la secrétaire générale de la Francophonie a fait le bilan de son séjour de 04 jours au cours d’une conférence de presse qui s’est tenue au Hilton Hôtel de Yaoundé jeudi 16 Avril 2015 à 18 h.

Plusieurs personnalités de premier plan au rang desquelles se trouvaient le Ministre de la communication Issa Tchiroma Bakary, son collègue des relations extérieures Pierre Moukoko Mbonjo, ainsi que quelques grosses pointures du paysage médiatique Francophone à l’instar du PDG du groupe Africa 24 M. Constant Nemale, ont pris part à l’évènement.

Dans un propos liminaire particulièrement dense, Mme Michaëlle Jean est revenue sur les temps forts de sa visite dans notre pays. «J’ai eu une discussion très nourrie avec le président de la république SE Paul Biya … J’ai trouvé une économie dynamique et diversifiée».

S’agissant de l’engouement qui s’est ressentie tout au long des quatre jours qu’a duré son séjour, la SG de l’organisation internationale de la francophonie a indiqué que malgré les routes qui étaient barrées, elle n’a pas ressentie l’exaspération sur les visages. J’ai vu, a-t-elle rappelé, les gens aux abords des rues, riant et souriant… J’ai trouvé un pays avec un potentiel immense, l’Afrique du 21ème siècle est en marche… Je repars mais avec le désir de revenir plus vite. A-t-elle également martelé.

Michaëlle Jean fait ses adieux au Cameroun

Par ailleurs, lors du traditionnel jeu de questions réponses, rétorquant à une préoccupation du journaliste William Bayiha de Spectrum TV, relativement aux poursuites exercées en ce moment sur certains journaux locaux, après la reprise des informations publiées sur le site internet de le Monde Afrique, au sujet de la santé du couple présidentiel Camerounais. Mme Michaëlle Jean a demandé à l’auteur de la question de la retourner au ministre de la communication Issa Tchiroma Bakary présent sur les lieux au moment de l’échange.

Au sujet du sort des lycéennes enlevées par la secte islamique Nigériane Boko Haram à Chibok, et réagissant à la question d’un journaliste, la SG de l’OIF a exprimé ses vives inquiétudes : «comment est-ce qu’on a pu atteindre un tel degré d’impuissance, alors que nous avons même la possibilité de repérer un caillou dans un désert ».

En guise de révélation majeure, Mme Michaëlle Jean a annoncé l’implémentation prochaine au Cameroun de l’IFADEM, qui est un institut de formation des maîtres d’écoles à distance.

Au terme de cette conférence de presse qui s’est achevée autour de 19 heures 18 minutes, la SG de l’OIF reprendra le chemin de l’aéroport international de Yaoundé Nsimalen d’où son avion (Air France, vol commercial) décollera autour de 23 heures  pour Paris.

Le Comité de Libération des Prisonniers Politiques au Cameroun (CL2P)
http://www.cl2p.org

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