PARIS: GRANDE MANIFESTATION DE SOUTIEN AUX COMPATRIOTES ANGLOPHONES CAMEROUNAIS

MOBILISATION SAMEDI 25 FÉVRIER À LA PORTE D'AUTEUIL, DES CAMEROUNAIS DE FRANCE ET DE TOUTES LES PERSONNES ÉPRISES DE LA DÉMOCRATIE AU SUJET DE LA CRISE ANGLOPHONE, DES ATTEINTES AUX LIBERTÉS, ET DU VIVRE-ENSEMBLE AU CAMEROUN. VENEZ NOMBREUX À PARTIR DE 14H00
  • Date Du 25 février 2017 Au 25 février 2017
  • Lieu Paris Porte d'Auteuil, Métro Porte d'Auteuil, Ligne 10 Michel Ange d'Auteuil, Ligne 9 Rassemblement à la sortie du métro
  • Réservation, inscription RASSEMBLEMENT OUVERT À TOUTES LES PERSONNES ÉPRISES DES LIBERTÉS
  • Information Après l'impressionnant déploiement policier, les arrestations musclées, les incarcérations des leaders de la société civile anglophone, la coupure depuis 01 mois des réseaux sociaux dans une partie du pays et l'échec des deux tentatives de négociations, comment en finir avec la crise anglophone trop longtemps niée par les dirigeants camerounais? Comment comprendre la remise en cause de l'allégeance au drapeau d'une partie de la population? Nous devons collectivement œuvrer à mettre définitivement un terme à la marginalisation institutionnalisée de la minorité anglophone et aux violations brutales des droits de l'Homme dont elle fait l'objet.

 

manif25fevrier

LE COLLECTIF ESEKA, POUR UN CAMEROUN NOUVEAU ORGANISE:

UNE GRANDE MANIFESTATION DE SOUTIEN AUX COMPATRIOTES DES RÉGIONS DU NORD-OUEST ET SUD-OUEST DU CAMEROUN

SAMEDI 25 FEVRIER 2017. 14 H 00
PARIS. PORTE D’AUTEUIL

(Métro : Porte d’Auteuil. Ligne 10. Michel-Ange Auteuil. Ligne 9. Rassemblement à la sortie du Métro Porte d’Auteuil)

• APPEL POUR UN DIALOGUE NATIONAL ET UNE GOUVERNANCE NOUVELLE AU CAMEROUN


• SOUTIEN ET SOLIDARITÉ AVEC LES VICTIMES DE LA REPRESSION POLICIÈRE DANS LES RÉGIONS DU NORD-OUEST ET DU SUD-OUEST AU CAMEROUN.


• APPEL POUR LA LIBÉRATION DES LEADERS ET PERSONNES INTERPELLÉES ET DETENUES.


• APPEL POUR LE RÉTABLISSEMENT DE LA CONNEXION INTERNET DANS CES DEUX REGIONS


• APPEL POUR UN DIALOGUE NATIONAL ET UNE GOUVERNANCE NOUVELLE AU CAMEROUN

 

RASSEMBLONS-NOUS POUR UN DIALOGUE NATIONAL SOUVERAIN

CONTACTS :


0751049061 / 07 84 24 74 76
06 30 195061 / 06 77 04 47 90

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Cameroun - Crise anglophone: Le rappeur Valsero présente les excuses des «francophones»

Par Pierre Arnaud NTCHAPDA | Cameroon-Info.Net

valsero

Artiste Général Valséro Archives

Valsero crie sa solidarité aux populations de la zone anglophone en colère contre le Gouvernement camerounais. Dans une tribune parue ces jours-ci, le rappeur contestataire compatit à la «douleur» des populations des Régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Il dénonce les mauvais traitements et les accusations portées contre leurs leaders par le régime de Yaoundé. Car pour lui, «fermer sa gueule, être toujours d’accord et d’avis, ne jamais se plaindre, ne jamais critiquer, ne jamais s’opposer, ne jamais proposer, ne jamais donner son avis, ne jamais se lever, ne jamais pleurer et ne jamais hurler sa colère et sa frustration...». Celui qui est aussi membre du parti politique Croire au Cameroun (Crac) s’excuse surtout pour la relative indifférence de la frange des Camerounais francophones dont il fait partie. 

«En tant que francophone je tenais à te présenter mes sincères excuses et ceux des milliers d’autres francophones qui pensent comme moi. Je sais que nous ne sommes pas assez expressifs, mais beaucoup de cœurs, d’âmes et d’esprits francophones souffrent avec vous et même autant  que vous. Ce silence pourrait s’apparenter à de la lâcheté ou a une muette acceptation de la situation. Mais non. C’est plutôt de la honte», écrit l’auteur du tube  «lettre au président».  

VALSERO: LE LINGE SALE SE LAVE EN FAMILLE

Mon frère anglophone.

En ce moment où tu te sens seul et abandonné par ta famille, tes concitoyens et tes dirigeants, je tenais à ce dont tu saches que je partage entièrement ta douleur.  Je ressens profondément chacune de tes souffrances. Nous sommes une famille, un peuple, un pays. Lorsqu’un membre de la famille, une partie du peuple ou du pays souffrent, c’est toute la famille, tout le peuple, et tout le pays qui souffre.

Je ressens et partage ta frustration. Je peux ressentir la tiédeur  de tes larmes le long de ma joue et tes cris de douleur et souffrance endolorissent ma gorge. Comme chacun d’entre nous, tu travailles et participes à la grandeur de notre pays à tous.

Ta sueur et ton sang ont contribué à fabriquer le béton qui constitue le socle de notre indépendance et de notre unité nationale.

Tu as marqué de ton empreinte chacune de nos victoires et tu as fait tienne chacune de nos douleurs et chacune de nos défaites. Voilà pourquoi, il m’est inacceptable et inconcevable que tu sois taxé de terroriste –intégriste et traiter comme tel dans la manifestation fut-elle bruyante d’une de nos revendications….Oui frère ce sont nos revendications a tous.

Je n’accepte pas que tu sois qualifié d’anti-patriote. Si faire preuve de patriotisme veut dire :

Fermer sa gueule, être toujours d’accord et d’avis, ne jamais se plaindre, ne jamais critiquer, ne jamais s’opposer, ne jamais proposer, ne jamais donner son avis, ne jamais se lever, ne jamais pleurer et ne jamais hurler sa colère et sa frustration…

Alors je suis le premier terroriste.

Nous sommes tous patriotes, car ce pays, cette patrie, nous appartient à tous. Maintenant c’est qui le bon patriote ? Celui qui revendique une meilleure gouvernance ou celui qui impunément vandalise les caisses de l’État quitte à mettre à mal la cohésion sociale.

Mon frère anglophone… Je sais que tu souffres, car je souffre avec toi. Mais, ne restons pas prisonniers des chaines de la colonisation , ce lourd héritage colonial nous empêche d’imaginer tous ensemble avec nos particularités et nos différences la société qui nous convient à tous, qui nous prend tous en compte et qui garantit les principes de cohésion sociale et de développement  global.

De grâce frères et sœurs, ne soyons pas rigides, intolérants, intransigeantes, et fixes sur nos décisions. Soyons toujours prompts à faire évoluer le débat. Car il s’agit bien d’un débat.

À ceux qui nous dirigent,

Il n’est pas valeureux pour un État de traiter ses concitoyens comme des bêtes sauvages. Ça ne grandit pas un État de déshumaniser sa population, quelle que soit la situation qui se présente.

Tout comme il est inacceptable et impardonnable que des concitoyens foulent aux pieds et souillent les valeurs, les emblèmes, les bases et les fondements d’un État, de son pays, de sa patrie. Éradiquons le radical qui sommeille en chacun d’entre nous.  Extirpons de nos esprits le poison de la haine.

Mon frère anglophone.

En tant que francophone je tenais à te présenter mes sincères excuses et ceux des milliers d’autres francophones qui pensent comme moi. Je sais que nous ne sommes pas assez expressifs, mais beaucoup de cœurs, d’âmes et d’esprits francophones souffrent avec vous et même autant  que vous. Ce silence pourrait s’apparenter a de la lâcheté ou a une muette acceptation de la situation. Mais non.

C’est plutôt de la honte.

En tant que francophone j’ai honte de mon silence, de mon attitude discriminatoire, de mon intolérance. J’ai honte de toutes ces fêtes, de toutes ces bières, de cet internet que j’utilise, de voir mes enfants aller à l’école, au lycée, à l’université librement. Pendant qu’a quelques kilomètres, des Camerounais, des frères et des sœurs, des membres de ma famille souffrent, sont bunkerisés, mis en quarantaine et piégés par un cordon de sécurité militariser.

Oui j’ai honte que le radicalisme, l’intolérance, la xénophobie soient devenus le carburant qui nous anime. On a coutume de dire que le linge sale se lave en famille. Restons en famille et dans un esprit de famille lavons ce linge sans honte et sans complexe. Nous avons tous une part de responsabilité dans la situation actuelle.

Questionnons-nous. Questionnons nos actions, écoutons-nous, échangeons dans un cadre familial et convivial. À défaut, créons ce cadre et disons- nous tous.

Car le linge sale se lave en famille.

Une correspondance du rappeur camerounais  VALSERO

 

CAMEROUN: COMMENT SORTIR DE L'IMPASSE AUTOUR DU PROBLÈME ANGLOPHONE.... Par Achille Mbembe.

 

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Achille Mbembe, Professeur d’histoire et de science politique à l’université de Witwatersrand, Johannesburg, Afrique du Sud

Pendant très longtemps, le Cameroun a échappé aux radars de l’opinion africaine et internationale.

Dictature à huis-clos caractérise tout autant par son opacité que par sa brutalité, il a su ne jamais faire parler de lui sur la scène mondiale qu’a l’occasion des exploits – intermittents – de son équipe nationale de football – véritable symbole à la fois des énormes potentialités de ce peuple et de l’extraordinaire gâchis érige en principe de gouvernement par une élite vénale et prédatrice, dont une très grande partie, au demeurant, possède des passeports étrangers.

Ce drame à huis-clos de l’un des pays les plus énigmatiques du continent tire progressivement vers sa fin.

Et pour deux raisons.

D’une part, à cause de la confusion entre le cycle politique de la nation, la forme même de l’État et le cycle biologique de l’autocrate, il était naturel qu’au crépuscule de la vie de ce dernier, la vieillesse et la sénilité de l’un frappe presque mécaniquement l’autre.

Au fur et à mesure que s’accélère le déclin du cycle biologique du satrape, la brutalité ne suffira plus à masquer la désuétude du modèle politique, et les conflits découlant de son inadaptation.

Il y a en effet des régimes dont les fondements sont tellement pourris que ces derniers s’affaissent moralement longtemps avant leur chute objective. Une ou deux crises apparemment bénignes – mais mal gérées – suffisent alors à enclencher le processus de décomposition ouverte.

Dans le cas du Cameroun, deux plaies sont ouvertes que nul ne peut désormais cacher – l’enkystement du terrorisme (Boko Haram) dans la zone septentrionale du pays et la défection croissante de l’ex-Cameroun occidental, sur fonds de désordres à présent chroniques sur une grande partie de la frontière avec la Centrafrique.

Deuxième raison justement, ce qu’il faut bien appeler « la crise anglophone » – laquelle pose, au fond, la question très directe de la viabilité de l’État du Cameroun dans sa forme actuelle.

Dans sa forme actuelle, cet État n’est tout simplement plus viable, et il faut passer à autre chose. C’est ce que révèle, au grand jour, la crise anglophone.

À cause de la mutilation de la conscience historique des Camerounais depuis la défaite du mouvement nationaliste, la question dite anglophone est très mal posée aussi bien par ceux et celles qui sont entrés en dissidence que par ceux et celles (y compris dans l’intelligentsia), qui, aujourd’hui, appellent malheureusement à la répression.

Il y a en effet, pour des raisons d’ordre historique et juridique, une « spécificité » de la question anglophone.

Le reconnaitre est un préalable au dénouement du conflit en train de se mettre en place.

Le Cameroun d’après 1961 a hérité de « cultures politiques » et d’imaginaires de l’État et des institutions qui n’étaient pas les mêmes d’un côté comme de l’autre du Mongo.

Idem pour ce qui concerne les rapports entre l’État et la société, l’État et les « corps professionnels et intermédiaires ».

Pour définir les choses simplement, disons que l’on a hérité, d’un côté, d’un modèle « commandiste » (le modèle français) et, de l’autre, un modèle « coopératif » (le modèle britannique).

Au demeurant, le modèle britannique se voulait plus proche des modèles précoloniaux – lesquels privilégiaient justement l’inclusion et accordaient une plus-value au pluralisme. L' »indirect rule » était, de ce point de vue, une formule typique du gouvernement coopératif ou associatif.

L’arbitraire étatique existait comme dans tout projet colonial. Mais il était tempéré par un degré relatif d’attachement à une certaine idée du « farines ».

Ruben Um Nyobe n’aurait jamais été assassiné sous la colonisation britannique. Comme Nkrumah, Jomo Kenyatta et bien d’autres, il aurait sans doute été mis en prison. Mais il aurait été effectivement libéré au cas où son parti venait à triompher lors d’élections qui, sous la colonisation britannique, étaient relativement libres.

La « francophonisation » de l’État, des institutions et de la culture politique sur le modèle colonial du « commandisme » est bel et bien la raison qui a conduit à l’impasse actuelle.

Pour en sortir, il faut donc entreprendre, sciemment, de « dé-francophoniser » l’État, c’est-à-dire, de véritablement le décoloniser.

Telle est l’opportunité quasi-historique que nous présente la dissidence anglophone. Mais elle n’est pas sans ambiguïté.

La dissidence anglophone a choisi de formuler ses revendications en des termes identitaires plutôt que dans des termes relativement plus universels qui auraient permis de revisiter « la question nationale » dans la perspective d’un véritable État panafricain démocratique et multiculturel.

En formulant ses revendications en termes identitaires – et donc à l’intérieur d’un paradigme purement colonial – elle n’a pas su s’attirer la sympathie des citoyens camerounais qui ne se reconnaissent ni dans la « britannité », ni dans la « francité ».

L’on veut bien croire que nos compatriotes d’outre-Mongo auraient de profondes affinités avec les sujets de sa Majesté la Reine d’Angleterre – affinités au nom desquelles ils seraient en droit de revendiquer l’existence, aujourd’hui, d’un État séparé appelé le « Cameroun britannique» !

Mais qu’en est-il des affinités culturelles et historiques qui les relient, bien avant l’épisode colonial, aux sociétés régionales voisines ?

Qu’en plein 21e siècle des Africains projettent de tuer et de se faire tuer au nom de la défense des traditions anglaises ou françaises serait le comble de l’absurdité dans un pays qui compte pourtant des intellectuels parmi les plus respectés du Continent.

Le véritable « problème national » est donc celui de la décolonisation de l’État et de sa radicale démocratisation.

Celle-ci passe par sa « dé-francophonisation » et son remplacement par un nouveau modèle coopératif et non commandiste.

Nous n’avons besoin ni d’un État « francophone », ni d’un État « anglophone », mais d’un État panafricain décolonisé, multiculturel, multinational et démocratique.

Le fédéralisme ou, à défaut, une régionalisation radicale, est la meilleure voie vers ce nouvel État multinational et multiculturel.

Au sein de ce nouvel État multinational et multiculturel, la question dite anglophone trouvera sa solution compte tenu de sa spécificité.

Mais les problèmes structurels de mauvaise gouvernance ou précisément de gouvernement par la négligence et la brutalité (qui affectent toutes les régions du Cameroun) trouveront également un début de solution.

Évidemment, aussi bien l’option fédéraliste que la régionalisation constituent de réels dangers pour l’élite prédatrice incrustée au pouvoir depuis 1958. La satrapie ne fonctionne-t-elle pas grâce à la centralisation des prébendes ?

Mais il faut aller de l’avant au lieu d’investir dans un modèle désuet, qui est devenu une menace potentielle pour la stabilité de la sous-région. Le modèle jacobiniste français a été abandonné par la France elle-même. Il n’y a aucune raison que les Africains demeurent des esclaves du mimétisme.

Ni statu quo, ni séparatisme donc.

Nous sommes obligés d’inventer autre chose.

Maintenant.

Dans l’immédiat, cela suppose de libérer tous les « captifs » raflés lors des ratissages en zone anglophone.

Cela suppose de mettre fin à la tragi-comédie qui consiste à les juger en français devant le Tribunal militaire de Yaoundé sur la base d’une loi de circonstance destinée à faire face aux terroristes de Boko Haram.

Cela suppose de rouvrir les communications électroniques et de mettre fin au blocus digital des provinces anglophones.

Bref, cela suppose de faire passer le Cameroun du statut d’un simple accident géographique à une véritable idée, en droit fil du projet nationaliste et panafricaniste, remis à jour dans les circonstances actuelles.

Achille Mbembe, Professeur d’histoire et de science politique à l’université de Witwatersrand, Johannesburg, Afrique du Sud

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