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Le Club de Mediapart sam. 1 oct. 2016 1/10/2016 Édition de la mi-journée

Elégie 70s - Reformation exceptionnelle de Malicorne aux Francofolies de La Rochelle, trente ans après

Malicorne fut ce groupe mythique du folk français des années 70, mené par Gabriel Yacoub qui continua ensuite en carrière solo. Un Yacoub parfois surnommé le Dylan français, pas seulement à cause de son chant très nasal, mais aussi parce qu'il électrifia ses instruments et choisit de ne jamais s'enfermer dans un pur décalque du répertoire traditionnel.

Malicorne fut ce groupe mythique du folk français des années 70, mené par Gabriel Yacoub qui continua ensuite en carrière solo. Un Yacoub parfois surnommé le Dylan français, pas seulement à cause de son chant très nasal, mais aussi parce qu'il électrifia ses instruments et choisit de ne jamais s'enfermer dans un pur décalque du répertoire traditionnel. Yacoub, qui avait quitté en 1973 le groupe d'Alan Stivell car il souhaitait chanter en Français plutôt qu'apprendre phonétiquement des paroles en Breton, voulait avec Malicorne faire vivre les anciennes chansons françaises comme d'autres, outre-Atlantique, le faisaient avec leur propre répertoire traditionnel. D'où l'étonnement pensif qui me saisit parfois face au mépris de ceux pour lesquels « folk français = bourrée et passé enjolivé », mais qui vont joyeusement consommer, tout épris d'authenticité qu'ils s'estiment être, la tradition réinventée des autres - sous l'étiquette world - pourtant elle aussi électrifiée et rendue accessible. Il n'y a pourtant pas loin des émotions ressenties à l'écoute d'Ali Farka Touré, à celle qu'exprimaient dans les années 70 Le mariage anglais, Les tristes noces, Pierre de Grenoble ou l'Ecolier assassin. Autant de titres d'ailleurs très sombres, la marque de Malicorne se reconnaissant dans ces ténébreuses histoires de mariages forcés, de guerre et de mort. Rien assurément d'un passé enchanté et ripoliné.

 

Malicorne : l'écolier assassin

 

© joueurdeflutiau

Le succès de Malicorne, en dehors de la qualité des musiciens qui composaient le groupe et de son inventivité, fut aussi celui d'avoir réussi à sortir du strict public folk. Disque d'or dans les années 70, Malicorne vit d'ailleurs une de ses chansons les plus connues, le prince d'Orange, datant du XVIe siècle, passer au Pop club de José Arthur comme chanson pop de la semaine......

 

Le Prince d'orange, 30 ans après, à La Rochelle

 

Le concert de ce jeudi 15 juillet était annoncé comme « Gabriel Yacoub invite Malicorne » - ainsi que d'autres invités qui reprenaient certains titres du groupe. Mais le public qui remplissait le théâtre de la Coursive, en majorité âgé de 50-60 ans, venait d'abord assister à la reformation unique du groupe qu'il avait connu. On voyait pourtant dans la salle de tous jeunes gens... et d'autres, comme moi, pour lesquels Malicorne fut la bande-son de leur enfance, sans doute celle de toute une génération dont les parents vivaient leur « après-68 », à coups de plateau du Larzac, de rivières ardéchoises et de masures à restaurer au milieu des joncs.

 

Comment parle-t'on d'un imaginaire ? Vinyles aux pochettes écornées, photos en noir et blanc où l'on voit des enfants nus et blonds dans les rivières d'Ardèche, de la Drôme ou de Lozère, lumière d'été dans les sous-bois et sur les longues robes blanches que portait aussi bien Marie, la chanteuse et joueuse de dulcimer du groupe, que celles qui l'écoutaient alors. Et, au travers de la richesse vocale exceptionnelle de Malicorne, un rapport intime à la nature qui était aussi celui de cette génération.

 

Marions les roses

 

 

L'émotion mêlée de tristesse qui saisissait nombre de membres du public ce soir là n'était pas due au seul sentiment de ce moment unique (il est clair que le groupe ne se reformera pas). Sans doute la musique de Malicorne fut-elle aussi celle de cette longue descente vers le désenchantement tout au long des années 70 - un désenchantement que l'après 81 finirait d'ancrer. Des utopies rurales qui touts ne furent pas douces, des rivières sombres et des hivers désolés. Une musique qui par son absence de mièvrerie sonna comme un harmonie consolatrice au milieu de ce qui fut aussi le bad trip de nombre de « néos »(-ruraux) et hippies.

 

C'était du coup une autre consolation de voir combien les membres du groupe avaient survécu à cette descente et à cette fin - quitte pour certains à s'être engagés dans des chemins plus légers (et lors du concert, l'on comprenait à demi-mot voire très explicitement que les membres du groupe n'avaient pas voulu s'enfermer dans cette tristesse là). Mais qu'ils aient su la mettre en mots et l'accompagner, de cela je les remercie.

 

Le luneux, La Rochelle

 

 

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Tous les commentaires
--Toujours touchant les commentaires, particulièrement ceux des rares Anglais ou Américains qui connaissaient ce groupe génial à l'époque, toujours aussi bon et intemporel IMO...