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Le Club de Mediapart jeu. 28 avr. 2016 28/4/2016 Dernière édition

Encore des parents pas comme les autres

A l’école primaire Joséphine Baker de Pantin (Seine-Saint-Denis), la directrice de l’école interdit aux mères de famille voilées* d’accompagner des sorties scolaires. A la maternelle, à une centaine de mètres de là, elles le peuvent. Parce que cette interdiction n’a pas de fondement juridique. Interdire quelque chose sans base juridique sur le motif d’une appartenance religieuse, cela s’appelle de la discrimination.

A l’école primaire Joséphine Baker de Pantin (Seine-Saint-Denis), la directrice de l’école interdit aux mères de famille voilées* d’accompagner des sorties scolaires. A la maternelle, à une centaine de mètres de là, elles le peuvent. Parce que cette interdiction n’a pas de fondement juridique. Interdire quelque chose sans base juridique sur le motif d’une appartenance religieuse, cela s’appelle de la discrimination.

Je suis membre de la FCPE, et une des onze parents élus au conseil d’école. La FCPE est une association laïque de parents d’élèves. Jamais je ne permettrai que le contenu laïc des enseignements ou l’égalité entre filles et garçons à l’école soient remis en cause. Mais si je respecte les convictions laïques des directeurs d’établissement, je suis comme les parents de la FCPE de Pantin, comme la FCPE au niveau national, choquée par l’interprétation détournée de la loi qui est pratiquée : si cette dernière interdit aux intervenants réguliers à l’école, fussent-ils bénévoles, de porter des signes religieux ostensibles, cette clause ne s’applique pas aux parents bénévoles intervenant ponctuellement dans l’encadrement de sorties scolaires, comme le souligne la décision de la Halde du 14 mai 2007 ou les précisions apportées par le Ministère de l’Éducation nationale au Journal officiel du 21 mai 2008.

 

Malgré cela cette situation continue. Dans l’école de ma fille, dans d’autres écoles en France. En faisant sentir un peu plus chaque jour à certains parents qu’ils ne sont pas des parents comme les autres, pas des parents éligibles à cette petite forme de reconnaissance et de respect social que représente souvent le droit d’accompagner une sortie. Avec aussi cette ironie qu’alors que les enseignants se désolent souvent, dans les quartiers populaires, du faible intérêt des parents pour la scolarité de leurs enfants, la porte de l’école est barrée à certains parents qui se trouvent être parmi ceux qui voudraient s’investir dans l’école. Ignore–t'on que chaque exclusion de ce type fait grandir l’amertume ?

 

Nous avons alerté l’inspecteur du secteur, qui se défausse (la seule erreur de la directrice aurait été de dire explicitement à une mère la raison de son exclusion… il aurait fallu j’imagine mentir : à peu près du même niveau que de dire à un jeune homme devant une boite de nuit « c’est une soirée privée » plutôt que « non vous êtes noir »).

 

Voici, ci-dessous, la lettre que nous adressons aujourd’hui au ministre, en espérant une réponse – et surtout des actes en cohérence avec les précisions même du ministère il y a deux an et demi déjà.

 

Johanna Siméant

 

*(je parle ici d’un voile qui couvre les cheveux mais pas du tout le visage, d’un foulard comme on le dit aussi).

 

 

__________________________________________________________________________________________

 

Ecole élémentaire Josephine BAKER

93 500 PANTIN

Ministère de l’Éducation nationale,

de la Jeunesse et de la Vie associative
110 rue de Grenelle
75357 Paris SP 07

Pantin, le 29 janvier 2011,

 

OBJET : Accompagnement des sorties scolaires et pratiques discriminatoires

Monsieur le Ministre de l'Education Nationale, de la Jeunesse et de la Vie associative,

 

 

Les représentants de parents d'élèves FCPE de l'école Joséphine Baker à Pantin (93500) tiennent à vous alerter au sujet de pratiques discriminatoires à l'encontre de parents.

 

Après une première tentative de conciliation auprès de la Directrice de l'école, sans succès, après avoir sollicité la médiation de Monsieur l'inspecteur de l'Education nationale de secteur, qui n'a pas donné suite à notre demande de rendez-vous, nous voici amenés à vous informer personnellement de la situation.

 

De quoi s'agit-il ?

 

Le 19 novembre 2010, Madame A. demandait à la maîtresse de son enfant si la sortie scolaire était maintenue et si elle avait besoin de parent accompagnateur. Il lui a été affirmé, aussi bien par l'enseignante que par la directrice de l'école, le jour même, que les mères de famille qui portent le foulard ne pouvaient pas accompagner les élèves et que c'était « la loi ».

 

Madame A. se voyait ainsi écartée de la possibilité de se porter volontaire et d'être choisie, le cas échéant, comme parent d'élève accompagnateur au seul motif de son appartenance religieuse supposée.

 

Madame A. a donc souhaité rencontrer, en tant que parent d'élève, Madame la Directrice de l'école Joséphine Baker pour s'expliquer. Elle était assistée de la FCPE. L'entretien a eut lieu le vendredi 26 novembre 2010.

 

Madame la directrice, au cours de cet entretien, a affirmé à plusieurs reprises que la position de l'école -et la sienne propre- était de refuser, par principe, conformément à des « convictions personnelles », toutes les femmes qui portent un foulard.

 

Madame A. lui a demandé alors si c'était en fonction des vêtements qu'elle portait pour venir chercher son fils à l'école qu'elle avait motivé son choix. La réponse a été « oui ».

 

Madame A. a alors remarqué que, fonctionnaire par ailleurs, elle aurait aimé que Madame la Directrice lui fasse part de ses réserves et lui indique la démarche à suivre plutôt que de l'exclure a priori au motif de son appartenance religieuse.

 

Le comportement de cette directrice d'école est d'autant plus incompréhensible pour Madame A. - et fait localement figure d'exception - qu'elle accompagne régulièrement des élèves lors de sorties scolaires organisées par une autre école du quartier où son plus jeune enfant est scolarisé.

 

Déjà, à la rentrée 2007, la FCPE s'était émue de ces pratiques auprès de vos services. L'inspection de l'Education nationale de Pantin, au terme de rencontres et de débats, avait alors proposé que plus aucun parent accompagnateur ne soit sollicité dans cette école (!), ceci afin d'éviter l'organisation de pratiques susceptibles d'être qualifiées de discriminatoires comme l'indiquait la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité (HALDE) dans sa délibération N°2007-117 du 14 mai 2007.

 

Le Ministère de l'Education nationale, dans sa réponse publiée au Journal Officiel le 21/08/2008, avait bien précisé qu'il fallait, d'une part, que « le choix des intervenants soit uniquement fondé sur le souci d'assurer le bon fonctionnement du service » et, d'autre part, que le choix soit fait « sur proposition de l'enseignant (…) parmi les parents qui se proposent ».

 

Aujourd'hui, bien que respectant les convictions laïques des directions d'écoles (la FCPE étant elle-même une association laïque), il nous paraît humiliant et discriminatoire de signifier à certains parents qu'ils ne sont pas éligibles à être de « bons parents d'élèves », de ceux que l'on laisse s'investir dans la vie de l'école de leurs enfants alors que ces mêmes enfants les voient aussi tels qu'ils sont, chaque jour, à la porte de l'école. Voudrait-on signifier à certains parents qu'ils ne sont pas des parents comme les autres que l'on ne s'y prendrait pas autrement.

 

La situation de notre école, située en Zone d'Education Prioritaire, n'est malheureusement pas isolée.

 

Aussi, Monsieur le Ministre de l'Education Nationale, nous vous demandons solennellement d'intervenir, en votre qualité, pour que de telles pratiques ne soient pas tolérées et tolérables, en le signifiant expressément, notamment à Madame la Directrice de l'école Joséphine Baker à Pantin.

 

Nous vous demandons également de rendre obligatoire l'information concernant le besoin en parent accompagnateur dans le cahier de correspondance. En effet, comment un parent d'élève peut-il se porter volontaire pour accompagner une sortie (et être éventuellement choisi), s'il n'est pas préalablement informé de ce besoin de parent accompagnateur bénévole ?

 

Certains que vous ne laisserez pas perdurer de telles pratiques attentatoires à la dignité de la personne, nous vous prions, Monsieur le Ministre de l'Education nationale, de la Jeunesse et de la Vie associative, de recevoir l'expression de nos sentiments les plus respectueux.

 

 

 

Les représentants des parents d'élèves FCPE de l'école Joséphine BAKER

 

 

 

Copie : M. Jean-Jacques HAZAN, Président de la FCPE

M. Michel HERVIEU, Président de la FCPE de Seine-Saint-Denis

 

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« Un jour j'ai réalisé que j'habitais dans un pays où j'avais peur d'être noire. C'était un pays réservé aux Blancs. Il n'y avait pas de place pour les Noirs. J'étouffais aux États-Unis. Beaucoup d'entre nous sommes partis, pas parce que nous le voulions, mais parce que nous ne pouvions plus supporter ça… Je me suis sentie libérée à Paris. » Josephine Baker