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Le Club de Mediapart mar. 26 juil. 2016 26/7/2016 Édition de la mi-journée

Un violon, une foule heureuse, du sable, des gens

La plage se remplit comme un sablier de grains multicolores. Ça devient fébrile sur la grève. L’orchestre en jeans titille ses instruments, dernier tour de chauffe avant de défier le grondement de l’océan. La diva pousse la note. Le soleil donne encore. Deuxième soirée du « 24ème Violon sur le sable » sur la plage de la Grande Conche à Royan.

Ça s’énerve un brin dans les travées. Les chaises pliantes en bandoulière sur le dos, il assomme tous ceux qui sont à sa portée à chacun des tours brusques qu’il fait pour trouver une place, sa place. Un tee-shirt d’une université du Michigan fait déplacer toute une rangée : « Il avait qu’à arriver plus tôt s’il voulait être devant, merdalors ! », tente une voix. Excepté cette plainte incongrue, tout le monde s’en fout. La musique adoucit bien des choses.


- Ben, qu’est-ce que t’as fait du dossier de la chaise ?
- Merde, j’ai du le perdre en venant.
- Voilà, c’est malin. C’est comme si on avait des béquilles avec juste les poignées, maintenant.


Ça mate de tous les côtés chez les installés qui s’étirent avec ce regard tranquille et un rien condescendant de ceux qu’un sort confortable a gâtés.
- T as vu le mec ? Il a la tête de Kouchner en plus jeune.
- Ah, non ! Il est plus beau Kouchner.
- Il était…
- Et, là. La petite la même bouche qu’Adjani…


Une brune. Une auburn. Elles se parlent à museau touchant, mains en conque. Elles ont la même tête pointue de belette. Deux sœurs assurément. De qui parlent-elles ? D’une autre assurément. La brune narre en mimant une scène qui en vaut sûrement la peine. L’auburn opine, assurément.
Une robe de mousseline, de celles qui font de l’ombre aux fleurs les soirs d’été dans les jardins romantiques. Un chapeau de brousse. Un gilet fluo : « Demandez le programme ! ». Un ventru. Un maigre. Des nattes. Un chignon bien sage. Des cheveux fous.
Deux aïeux hilares : « On est là pour être heureux. On fait tous les festivals possibles en été. Ah ! La Rochelle cette année : immense ! » Il restera assis pendant tout le concert, mais elle ne ratera pas une seule stand by ovation en battant des mains comme une petite fille.
Tarots en cercle sur un plaid en attendant la joie. Debout, main en visière, portable à l’oreille : « T’es où ? » en cherchant l’autre. L’envie de pisser avant le début du concert : « Vous me gardez ma place ? ». Des travées brouillonnes à enjamber et revenir sans ce perdre dans ce labyrinthe de jambes.
Six filles, amplitude d’âges indéterminée. Heureuses d’être ensembles. Les pantalons en tailleur, les robes en amazone. Rires de cristal comme les flûtes qu’elles heurtent en les sortant de la glacière. Soupirs de femmes heureuses lorsqu’elles font péter le bouchon. « Tchin, les filles ! »
L’orchestre se chauffe toujours. « Geneviève ! Ouh ! Ouh ! Geneviève ! ». En bonne élue locale elle fait un petit signe vague de la main. Elle n’a manifestement pas vu qui à lancé l’appel ni même d’où il émanait. Ah ! Ce soleil rasant dans les yeux ! Les grands écrans gonflables sont malmenés par la brise du soir. Les derniers maillots se couvrent.
Applaudissement nourris avec les doigts pleins de beurre sur certains extraits connus. Ça saucissonne sec sur les travées.


Deux amoureux un peu à l’écart. Ils sont beaux comme le jour. Elle le regarde sans rien dire lisser un petit carré de sable. Elle penche la tête légèrement pour mieux voir ce qu’il fait. De l’index, il vient de tracer « Je t’m ». Sur scène, l’orchestre s’est arrêté de jouer ; c’est assez pour la répétition. Les amoureux se regardent en riant. Le temps s’est arrêté.


Foule heureuse. « Prenez soin de votre voisin ! »


Le ciel voûte un peu plus son bleu nuit sur le sable encore tiède, écrin d’encre, chambre d'écho pour le chant des baleines. L’océan retient son souffle. Le spectacle et la magie peuvent commencer… sur scène.


http://www.violonsurlesable.com/accueil/imagezoom-929

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Tous les commentaires

Cette année, en Juillet 2015, les dates du violon sur le sable seront : les 25, 28 et 31 Juillet.

"La salle la plus belle du monde", dit Brigitte Engerer, dans les bras de Philippe Tranchet, après y avoir joué le concerto n°5 de Beethoven... Cette année Bertrand Chamaillou viendra jouer Ravel, Le lever du jour de Daphnis et Chloé.

Sur la plage de Royan, pieds nus, qu'est-ce qu'on entend bien ! et sans chichis ...

Vite aller retrouver, Philippe Tranchet, qui s'exprimait, hier, au micro d'Olivier Belamy, dans Passion Classique,  sur Radio Classique, mercredi 1ier juillet à 18h ...

 

 Entendre le 31 juillet 2015, sur la plage de Royan, les pieds dans le sable, la tête dans les étoiles, Lever du jour, suite de Daphnis et Chloé, de Maurice Ravel, avec au piano, Bertrand Chamaillou...

© newhope123