© Jonasz © Jonasz
Une fois n’est pas coutume. Tout le monde est sur le sable mais ce sont ceux qui n’ont rien qui ont le privilège d’être devant. Viennent ensuite les sièges bas, puis les sièges hauts précédant les stations debout battant les semelles de tongs, et, pour finir, les tribunes jouxtant les immeubles du front de mer à la plage de la Grande Conche.

Les plus éprouvés, toutes zones confondues, sont malgré tout ceux qui font étoile de mer à grands renforts de serviettes de bain et de sacs de plage. Il s’agit de préserver bec et ongles le carré qui accueillera les proches retardataires. On piétine leurs serviettes, on les enjambe, on les bouscule, on les couvre de sable et de « oups ! Pardon ! ». Ils ne bronchent pas, stoïques, dans la poussière de ce soir d’étuve.
Mais, miracle de la musique, tous les regards se tourneront tout à l’heure vers la mer d’où doit jaillir « Un violon sur le sable ».
Pour l’heure, la fourmilière s’agite, levant une tempête de sable sec. Bien sûr, ceux qui ont des sièges hauts et qui veulent être plus près de la scène, creusent le sable dans l’espoir d’en faire des sièges bas. Mais leurs efforts restent vains. Impossible d’enfoncer efficacement ces foutus sièges dans un sablier aussi désespérant. N’osant affronter l’ire des sièges bas des rangs arrière, ils se résignent à s’asseoir dans le sable. Et, c’est ainsi que les sièges hauts deviennent, qui tables à tarots, qui tables à apéros. Car, cagnard aidant, la pépie gagne et la raison succombe aux bouteilles emperlées des glacières.

L’attente fiévreuse est quand même plus guindée qu’à Woodstock. Malgré cela, des écharpes bleues de chichons parviennent par moments aux narines des plus vieux qui peuvent ainsi prendre la mesure du temps passé depuis l’époque heureuse.
Voisins, voisines ne se jaugent même pas. Ils se parlent d’entrée de jeu, échangent, rient et débouchent les premières bouteilles du pique-nique.

—    J’adore regarder les gens arriver, leur tenue, leurs mimiques, je m’imagine leur vie…

—    Ah ! Vous aussi ? C’est vrai, on fait comme à la terrasse des cafés à regarder passer le monde.

Justement. Du monde il y en a : 40.000 ? 50.000 ? Une cohue où le burlesque le dispute parfois au pathétique :

Le courtois : « Allez-y. Passez. Moi je vais aider votre dame. »

Le discourtois : « Mais elle n’est pas avec moi ! »

La dame concernée, rictus forcé : « !!!!!! ».

Pas de temps à perdre en vaines courbettes.

L’orchestre est en place. La nuit est attentive. Cinquante milles visages levés boivent l’instant. Les quatre-vingt musiciens envoient le premier accord somptueux à la mer qui en offre l’écho au ciel. Frissons dans ce gigantesque orphéon marin qui fait trembler la nuit.

http://www.violonsurlesable.com/

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Tous les commentaires

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Désolée, j'ai trouvé pour les violons, mais pas pour faire la foule, ni le sable....