Le militant anti-Linky Stéphane Lhomme mis en examen pour diffamation

À force d’accumuler les déclarations à l’emporte-pièce, Stéphane Lhomme a fini par se faire épingler par la justice. Le 3 août dernier, le Tribunal de grande instance (TGI) de Paris a mis en examen le conseiller municipal de Saint-Macaire (Gironde) pour diffamation, à la suite de trois plaintes déposées à son encontre par l’UFC Que Choisir.

Militantisme passionné
« Compteur malfaisant Linky : j’ai été mis en examen ce matin au TGI de Paris après une plainte des dirigeants de l’UFC Que Choisir : collabos d’Enedis ». Le 3 août dernier, Stephane Lhomme laissait éclater sa rage sur Twitter quelques heures après sa condamnation par la justice pour diffamation. Le militant de la cause anti-Linky avait publié sur son site internet une violente diatribe contre « UFC Que Choisir » et sa direction. En effet, à plusieurs reprises, l’association de défenseurs des consommateurs a tenu à rappeler que les ménages n’ont juridiquement pas le droit de s’opposer à l’installation des compteurs électriques Linky. Pourtant, Stéphane Lhomme invite régulièrement les communes et les habitants à violer la Loi, en résistant (parfois violemment) aux techniciens qui viennent mettre en place le nouveau matériel.

Récemment, la municipalité de Tarnos (Landes), qui avait pris sous l’impulsion de M. Lhomme une délibération pour refuser la pose du boitier sur son territoire, a été désavouée par le juge administratif. Une décision qui n’est pas une surprise, puisque le tribunal n’a fait qu’appliquer la règle en la matière, déjà rappelée par le passé par la Direction générale des collectivités locales (DGCL).

« Tous les ménages sont liés à leur fournisseur d’électricité, EDF le plus souvent, par un contrat. Il s’agit des conditions générales de vente [qui] s’appliquent aux deux parties, énergéticien et client » indiquait Élisabeth Chesnais, membre de l’UFC Que Choisir, en octobre dernier. « La partie intitulée “dispositif de comptage” est explicite. Il y est stipulé qu’Enedis “peut procéder à la modification ou au remplacement de ces éléments en fonction des évolutions technologiques” ». Or, continue-t-elle, « la pose du compteur Linky entre très précisément dans ce cadre, il n’y a aucune interprétation ni aucune lecture contraire possible ».

Un camouflet pour Stéphane Lhomme, qui a, aussitôt après sa mise en examen, publié sur son site Internet un « appel à souscription » pour l’aider à financer la procédure judiciaire qui l’oppose à l’UFC que Choisir. « Je ne souhaite cependant pas demander d’envoyer de l’argent directement à mon nom, je remercie donc à l’avance les gens qui voudront bien […] envoyer un petit quelque chose à l’association que j’ai créée et qui me paye : l’Observatoire du nucléaire » écrit-il dans son billet. À l’appui de sa demande d’aumône, une justification un peu branlante ; selon lui, « l’objectif de l’UFC Que Choisir n’est absolument pas d’obtenir au plus vite réparation et de laver son honneur […], mais bien de m’intimider et surtout de me ruiner. » Un brin exagéré ?

Le conseiller municipal de Saint-Macaire, c’est bien connu, joue de sa grandiloquence pour capter l’attention (et désormais, pour récolter des dons). « Bon client » des médias, il a tissé lui-même ses habits de grand prêtre de l’écologie au fil du temps, entrainant à sa suite de nombreux fidèles acquis à sa cause verte. Et à ses excès. Car le militantisme anti-Linky, comme toute œuvre de passion plutôt que de raison, enchaine les imprécisions, voire les contre-vérités, qui nuisent directement aux personnes qu’il prétend défendre.

« Malhonnêteté intellectuelle »
Le compteur Linky est dit « communicant », c’est-à-dire qu’il envoie via le courant porteur en ligne (CPL) — soit le réseau électrique — les informations relatives à la consommation d’un ménage, afin que le fournisseur — dans la plupart des cas Enedis — ajuste au mieux la quantité d’’énergie nécessaire. Résultat : une meilleure adéquation entre l’électricité consommée et électricité produite et, surtout, une facturation pour le client qui correspond à la réalité de sa consommation — ce qui n’était pas le cas avant.

Sauf que, d’après Stéphane Lhomme, le boitier porterait atteinte à la santé des personnes dites électrosensibles, qui souffriraient des rayonnements électromagnétiques émis lorsqu’il « communique » avec le fournisseur. Une thèse balayée d’un revers de manche par l’Agence nationale des fréquences (ANFR) et l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), qui ont à plusieurs reprises mentionné l’« innocuité » de l’appareil, celui-ci n’émettant pas plus d’ondes que le plus banal des objets du quotidien — comme une télévision par exemple.

Autre crainte : Linky, parce qu’il communique les données liées à la demande électrique des ménages, il risquerait de porter atteinte à la vie privée. D’après les contempteurs du compteur, la « courbe de charge », soit la représentation graphique de la consommation — dont une analyse poussée permet effectivement de déduire un certain nombre d’informations relatives à la vie privée des abonnés —, pourrait être utilisée par Enedis à des fins commerciales. Sauf que la Commission nationale informatique et liberté (CNIL) a là aussi estimé que Linky ne présentait aucun risque : la courbe de charge est enregistrée « en local » et ne remonte donc pas jusqu’au distributeur ; les clients, d’ailleurs, peuvent à tout moment désactiver ce stockage.

Malgré ces gages apportés, Stéphane Lhomme a tout de même exhorté les communes et les citoyens à refuser la pose du compteur. Rien moins, finalement, qu’une invitation en bonne et due forme à se mettre en situation illégale. Mais ce n’est pas la première fois que la contradiction s’abat sur le chef de file des militants anti-Linky. En juin dernier, il avait été pris en flagrant délit de « malhonnêteté intellectuelle ». Son tort ? Avoir récupéré des propos tenus par le Médiateur de l’énergie, pourtant favorables au compteur d’Enedis.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.