Acte 5 - Scène 2 : Propos du café Démo (-cratie)

Rosa CORONA - Acte 5 : Des pensées dans mon jardin Acte 5 - Scène 2 : Propos du café Démo (-cratie) (Marie, la cousine de Bruxelles, la mère. Puis Ulysse et enfin, le père et Jo)

Rosa CORONA - Acte 5 : Des pensées dans mon jardin
Acte 5 - Scène 2 : Propos du café Démo (-cratie)

(Marie a repris la conversation téléphonique, avec la cousine de Bruxelles, entamée par la mère, qui est à côté d’elle. Puis arrivent Ulysse et enfin, le père et Jo)

Marie, à la cousine de Bruxelles :

-Il est 19h30. Tu sais, c’est l’heure où deux fois par semaine, le Père et Jo reviennent du Café-Démo. Ils sont allés aux nouvelles…Les news à partager et à proposer, avec les volontaires du pâté de maison. Autour d’une bière, évidemment bio. Au menu : valider un processus de propositions pour les décisions à prendre localement. Le débat aujourd’hui, c’est : la gouvernance !

Au téléphone, la cousine :

-Ouah, j’aurais bien aimé y être ! Comme d'hab', c'est trop bien !

Marie :

-La semaine passée, il y avait été question de désobéissance civile, des lanceurs d’alerte et de non-violence. Je sais que la suivante a déjà été annoncée : localement, les écologismes, une dictature verte ou... « anarchie-chaos ». Pour après, il y en a qui préparent déjà : urbanisme, jusqu’où pouvait-on aller dans la « révolution verte » ?

La cousine :

-Mais, c’est super, je ne connais pas ça chez nous…

Marie :

-Parfois et même souvent, un des joyeux drilles propose un bouquin, une émission, un lien informatique. Une archive.

Par exemple, ton ex-ami Mimi était tombé sur les dernières lignes d’une conclusion d’un personnage apprécié d’une époque antérieure difficile à dater, tant elle semblait lointaine.

La cousine :

-Oh, mon Mimi. Il va bien ?

Marie :

-Oui, oui ! La référence du bonhomme c’est un commandant – oui, parfaitement un Commandant, au prénom tombé en totale désuétude Jean-Yves. Jean-Yves Cousteau, qui s’était fendu d’un almanach, un peu comme Vermot en 1886...Il y faisait allusion, tiens-toi bien, au bonheur ! Il disait quelque chose comme ça : le bonheur ? C’est quelque chose avec plein d’inconnu, d’impasses, d’introversion ; il allie savoir et curiosité…et puis l’amour, la tendresse, la complicité, parfois le courage. Le partage et non la charité. Et puis, aussi, la création, l’imagination, l’utilisation de l’esprit, pour protéger l’univers qui nous entoure, non seulement parce que nous en aimons l’impressionnante beauté, la puissance et le mystère, peut-être qu’il pensait au sacré…mais parce que nous aimons les autres hommes – ceux qui vivent aujourd’hui, et ceux qui vivent demain ».

La cousine :

-Vraiment ? C’est un bon truc, ça. Bravo pour l’exemple ; je note...

La mère :

-Oh ! Le père et Jo, ne vont, j’espère, pas s’empailler une millième fois sur le ou les socialismes. Pur ou pas. Vraie ou seconde gauche. On est plus au XXème siècle !

(Ulysse entre)

Ulysse :

-Le bilan, encore le bilan ! Moi, ce qui m’intéresse, c’est les promesses ! Bon, alors aux prochaines élections, si on s’abstient encore, on favorisera qui ?

Marie :

-Tu parles tout seul maintenant ?

Ulysse :

-Non. J’ai l’impression d’entendre le genre de conversation à leur Café-Démo…cratie. « -On se demande bien si on peut peut-être encore compter sur un véritable sursaut de ceux qui s’en foutent toujours ? » ou quelque chose du genre : « On peut penser qu’il est également sain d’écouter la parole de ceux qui veulent parler à votre place ».

La mère :

-T’es un peu vache là, Ulysse…

Ulysse sur sa lancée prend les voix de son père et de son tonton :

-S’il reste un peu de temps après la crise sanitaire, il faudrait résoudre la crise économique. Après il faudrait résoudre la crise financière, et ensuite on verra si on a encore le temps pour la crise sociale, non ?

Bon après le virus, il faudra travailler trois-cents soixante-dix jours par an, peut-être même plus. Finis les RTT, les jours fériés, les semaines de congés consécutives et évidemment pas d’augmentation…On sait même pas si ça peut nous gâcher les vacances...à la maison !

…A votre avis, c’est quoi le mieux ? L’inflation maîtrisée sans croissance, ou l’emploi sans pouvoir d’achat ? Difficile, quand on n'avait déjà pas le moral.

…Après la crise financière, on avait beaucoup appris déjà : il y aurait moins de scandales, mais ils seraient de bien meilleure qualité.

…Un plan de sauvetage européen ? Si. Ja. No. Nein…Mondial ? Ja. Si. Nein. No. Bon, alors, il n’y a plus que le communiqué final qui puisse être commun.

…Avant je vendais du vent. Maintenant, je peux vendre du rêve. Je vais foncer ! Surtout qu’avec les nouvelles monnaies on ne sait même plus reconnaître les billets.

Marie :

-Non mais dit, c’est pas du tout ça. Qu’est-ce qui te prend ? On parlait de concret avec Michou de Bruxelles. Elle est baba de ce qui peut se faire. Pas comme toi, à tout dénigrer. Au moins quand on ne veut plus de quelque chose, on dit en même temps comment et par quoi le remplacer !...

Ulysse :

-Elle a au moins nonante-dix idées. Dis-lui qu'on verra ça tantôt...

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