Acte 5 - Scène 5 - D’un rien, beaucoup !

Rosa CORONA - ACTE 5 : Des pensées dans mon jardin Acte 5 - Scène 5 - D’un rien, beaucoup ! (Le père, Ulysse, Rosa. Jo est parti au petit coin…) Pas convaincus par les mille et une choses à entamer ?

Rosa CORONA - ACTE 5 : Des pensées dans mon jardin
Acte 5 - Scène 5 - D’un rien, beaucoup !
(Le père, Ulysse, Rosa. Jo est parti au petit coin…)

Le père :

-En fait, tu vois Ulysse, le nœud du problème, ça a été la gouvernance : le qui...et comment on décidait…

Ulysse :

-Ça, j’ai peur que ce soit pas drôle et bien trop compliqué pour moi…

Le père :

-Mais bizarrement, c’était là qu’on a le plus avancé et rapidement. La défiance était devenue telle que toute nouvelle idée plausible pouvait prendre...dans un sens comme dans l’autre...vers le meilleur comme pour le pire. Il s’en était d’ailleurs fallu de peu que les crétins l’emportent…


Ulysse :

-Oh…

La mère :

-Ton père est toujours un peu brutal quand il parle des majorités peureuses, pleureuses qui sèment la division, la haine, le repli sur soi. Il aimait à répéter les propos d’Yves Michaud, quelque chose comme : la différence aujourd’hui ne se fait plus autant sur le bien et le mal, mais sur l’intelligence et la connerie…

Jo :

-Ouais, ce Michaud, mi-froid,  c’est quand même un gars qui avait lancé l’Université de Tous Les Savoirs !

La mère :

-Eh, tonton ! Je n’ai pas eu le temps de donner la conclusion de ce Yves. Il dit nettement  : « Et les forces de la connerie sont démentielles ! »

Le père :

-Mais déjà, la Convention Citoyenne pour le Climat avait ouvert la voie. Les 150 gugusses tirés au sort, s’étaient réunis, avaient auditionné, puis pondu des propositions non partisanes. Reprises un peu, beaucoup, pas passionnément ni à la folie, mais c’était un début…


Jo :

-...continuons le...combat !

Le père :

-Ensuite, des tas d’élus avaient pris des initiatives pour l’autonomie énergétique de leur commune de façon très positive...

S’étaient mis en place des tas de circuits d’alimentation, de répartitions de services et de soutien, de production de masques par exemple, par sentiment de solidarité. Des maires, et cela confirmait l’importance de ce maillage, continuaient de faire fonctionner des conseils d’habitants avec un souci de démocratie efficace.

Rosa :

-Ah, enfin, tout n’était pas noir ou gris foncé…

Ulysse :

-Non, non, il y avait cinquante nuances de gris…

Le père :

-Ah, petit coquin. Tu connais ce livre…

Rosa :

-Mais il n’y a qu’une nuance de blanc…

Marie :

-Ah, t’es bien jeune encore, mais des nuances de blancs, c’est pas ce qui manque. Blanc cassé. Blanc d'Espagne. Blanc d'ivoire. Blanc écru. Blanc neige...

Ulysse :

-Et même, cuisse de nymphe…


La mère :

-Moi, je mettrais dans les blancs, tous ces actes de solidarités, bonnes nouvelles, bonnes actions et beaucoup de dévouement : des concierges, des facteurs, des bénévoles âgés et étudiants, des médiateurs qui n’ont pas mégoté sur leur temps pour aider les plus démunis…

Le père essaie de reprendre le fil de sa démonstration :

-Et puis sont venues se greffer des votations locales d’abord indicatives et incitatives ; des prises en compte plus respectueuses des avis en suggérant des amendements possibles, des choix à partir de quatre hypothèses, qui permettaient moins le tout noir ou tout blanc ou de se réfugier dans un « milieu » indifférent…

Ulysse :

-What ?

Le père :

-Oui ! En avançant quatre propositions, on peut faire le bilan de groupes « Très pour », « plutôt pour », « peu convaincus » et enfin « très hostiles ». Ainsi on voit mieux les tendances (très pour et plutôt pour » et ce qu’il faut à tout prix éviter, représenté par les « très contre ». Car s’il n’y a pas trois options, on peut avoir tendance à choisir celle du milieu. Celle qui fait le moins moins avancer, et qui ressemble beaucoup aux S.O. sans opinion, et aux abstentionnistes.

Cette façon de procéder, c’est l’inverse du référendum, où, avec un oui ou un non, où tu as tendance à voter contre celui qui propose la question, quelle que soit d’ailleurs la question !

Ulysse :

-Hum, hum…Faut voir. Et alors ?

Le père :

-Le camp des « très hostiles, contre tout, contre les autres et contre les « contre » a finalement été très minoritaire.

Rosa :

-C’est fort de café.

Le père, encore :

-Mais on aurait pu aussi, reprendre ce qu’il y avait de bien dans les débats des syndicats. Certes, ils s’empaillaient dans des rapports d’activités et d’orientation interminables ; mais au moins, ils pouvaient bien mettre en évidence leurs divergences dans des amendements -il est vrai, parfois caricaturaux- mais qui étaient tous votés ! Après, cela pouvait certes finir dans l’oubli et la division, mais pas plus que ceux des Conseils dans les tiroirs. Même ceux de la Cour des Comptes qui n’avait pas dit que des choses intelligentes, restaient souvent sans aucun effet… !

Ulysse :

-Pfuit ! Des recommandations, tu parles…tout le monde s’en foutait. Vous aviez donc quand même des principes …

Le père :

-En gros, le meilleur chemin était quand même de privilégier la responsabilité de chacun plutôt que l’interdiction, de favoriser le bon choix plutôt que la suppression, de proposer et de suivre un label, d'ajouter un logo informatif incitatif...

Ulysse :

-Ça me fait penser à la déclaration simplifiée qui n’avait jamais été si compliquée…

Le père :

-Bref, ça a avancé avec un maître-mot : partir du local, à chaque fois que c’était possible...

(Bref silence)

La mère :

-Bon les amis, on va se prendre un petit quelque chose. J’ai peur que vous atterrissiez maintenant - comme par hasard - sur les débats sans fin, des couleurs des socialismes, de la dictature verte ou pas, de l’anarchie et du chaos…

Rosa :

-T’as raison maman, c’est l’heure du chocolat !

Ulysse :

-Mais "noir ou blanc" ?

La mère encore :

-Sinon, cela va aussi être l’heure aussi de "sécurité et libertés"…

Ulysse :

- Pour lutter contre le virus, on avait simplement besoin d’une nouvelle loi sécurité et liberté, avec juste un peu moins de liberté !

Si on parlait d’informatique et numérique, les néo-technologies capables de tout résoudre, il n’y avait qu’à inventer un nouveau site pour ceux qui ne maîtrisaient pas l’informatique, non ?

La mère :

-Que tu es bête quand tu t’y mets…

Rosa :

-D’immigration et racisme....avec des saisonniers étrangers exploités mais indispensables...

Ulysse :

-ça me fait penser à la blague : -Voyez, quand on me dit : « je ne suis pas raciste, mais… », c’est le "mais" qui me gêne. -Ah, parce que raciste, ça peut passer ?

La mère :

-Arrête Ulysse, ça devient insupportable !

Et tout à la fin, on évoquerait les femmes ! Quand même...

Rosa :

-Avec les handicapés et les SDF…

Le père et Ulysse semblent médusés.

-Pourquoi, on n’est pas bon, là-dedans ?

La mère :

-Ce serait dommage qu’il n’y ait pas de femmes en avant...après !

Marie :

-Les infirmières ? C’est plein plein de femmes. Les aides-soignantes ? Encore plus. Les aides à domicile, aussi ! Les aides-ménagères : quasi toutes. Les caissières et vendeuses...d’ailleurs on a du mal à employer le métier au masculin !

Les travailleurs sociales et les enseignants ? De plus en plus de femmes ! Ces métiers sont dits « de femmes » : il s’agit d’éduquer, de soigner, d’assister, de nettoyer, d’écouter, de servir… bref, de faire appel à des « compétences présumées innées », si « naturelles » quand on est femme…

Le père :

-Si ce sont des compétences innées, donc pas de besoin de formation ni de sur-rémunération...Le tour était joué !

Rosa :

-Si, si. Autant...sur le mariage ou non.

...La mort, choisie ou non.

...La vieillesse et la dépendance.

...En passant sur les médias et les réseaux sociaux.

...Le doute constant et le complot.

Ulysse :

-Les médias ? Ça c’était pourtant un terrain super : quand on regardait les infos en boucle, il y avait une chose qui était bien : on oubliait tous ses soucis : grèves, manifs, guerres, catastrophes. Il n’y avait que la santé qui comptait...On entendait des choses comme ça : - « Faudrait une bonne guerre, une terrible révolution, couper des têtes, une bonne pandémie, pour repartir à zéro et reconstruire sur des bases saines et humaines ».

Bon, tout ça n’est peut-être pas très humain…

Pas mal, hein ? Ou comme ceci : « -Tout est tellement anxiogène, qu’on a même la trouille de regarder la télé et les JT permanents. Il nous faudrait une bonne chaîne où il n’y ait que des pubs ! »

La mère :

-Tu exagères toujours Ulysse, et c’était parfois pas drôle ; mais c’est vrai, tu as quand même raison, mais on peut pas tout dire ni en vingt-quatre heures, ni en cinq actes, ni en mangeant. Voilà, je voulais allier votre cerveau primitif émotionnel avec sa couche extérieure de la cognition, de plus en plus ordonnée, pour notre plus grand plaisir à tous, en mangeant maintenant du chocolat...

Ulysse :

-Ah bon, il n'y a pas fromage et le dessert…C'est "ou", comme noir ou blanc!

 

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