Acte 5 - Scène 6 : Stratégie, tactique et tic-tac

Rosa CORONA - ACTE 5 : Des pensées dans mon jardin Acte 5 - Scène 6 : Stratégie, tactique et tic-tac (Rosa et Jo) On peut y aller par quatre chemins, mais l'un est meilleur.

Rosa CORONA - ACTE 5 : Des pensées dans mon jardin

Acte 5 - Scène : Stratégie, tactique et tic-tac

(Rosa et Jo)

Jo :

-Tu sais, faut pas croire que je suis fâché avec ton père…


Rosa :

-Pourquoi tu dis ça ?

Jo :

-On pourrait parfois croire qu’on n’est d’accord sur rien…


Rosa :

-Parce qu’il te remballe tout le temps avec ton « Tous ensemble, tous ensemble ! » ?

Jo :

-Oh, ça c’est pour rigoler...Mais on dirait que lui, il joue au philosophe écolo et moi au crypto-prolo…

…Que je crois encore au Grand Soir quand lui chante « la matinée se lève » de Jean Ferrat avec la belle voix de Christine Sèvre…


Rosa :

-C’est une très jolie chanson, c’est vrai. Mais alors ?

Jo :

-Alors ? Tous les deux on avait fait tout ce qu’on a raconté, pour qu’on ne revienne pas en arrière.

Rosa :

-Et vous avez gagné ! Enfin presque…

Jo :

-T’es gentille, mais ce serait trop beau et l’histoire n’est de toute façon jamais jouée ni gagnée définitivement.

Rosa :

-Mais quand même, avec tout ce qui a été fait en si peu de temps...Cela me rappelle Lilian Thuram qui disait que les rapports entre noirs et blancs et entre hommes et femmes, même si c’était encore très, très très, très loin de l’idéal, cela avait évolué dans la tête des gens de façon extraordinaire dans l’échelle du Temps, en quelques décennies…

Jo :

-Tu fais bien de me rappeler cet exemple…

Rosa :

-Alors, le problème c’était quoi vraiment ?

Jo :

-Dans notre camp aussi, il y avait ceux qui voulaient « tout de suite » et ceux qui préféraient une lente maturation pédagogique…Les uns pensaient prochaines élections, les autres programmes au long cours...

Rosa :

-Ça je comprends.


Jo :
-...Ceux qui voulaient de la démocratie partout, tout le temps, et d’autres qui avançaient qu’on n’avancerait pas…

Rosa :

-Normal.

Jo :

-...Ceux qui voulaient beaucoup de local et qui mettaient le global pour après, et ceux qui pensaient que si c’était pas global on serait vite coincé au local…

Rosa :

-Pas bête...

Jo :

-...Ceux qui privilégiaient rapatrier les productions et ceux qui pensaient à l’abondante main d’œuvre pauvre du fameux commerce équitable…

Rosa :

-Aïe, j’entends les frontières qui reviennent...

Jo :

...Ceux qui revendiquaient le pouvoir de tous dans l’entreprise et ceux qui optaient pour davantage de contrôle et de partage des responsabilités…

Rosa :

-Ça devient plus complexe en effet.

Jo :

...Ceux qui voulaient un max de diversité où chacun garderait son nom et ses idées les plus chères et d’autres pour qui importait un rapport de force uni contre tous les trop riches, trop individualistes et trop cons…

Rosa :

-Ça fait du monde aussi.

Jo :

…Ceux qui fumaient de l’herbe, ceux qui marchaient au beaujolais pas que nouveau, ceux qui aimaient plus que tout le foot, ceux qui cherchaient une femme, ou un homme...

Rosa :

-La liste n'est jamais close…

Jo :

-Et encore, je dois en avoir oublié en chemin…Bon, il y avait mille et une manière de concevoir les choses. Moi, j’étais assez pour une sorte de cabinet-fantôme, qui communiquerait sur chaque décision - car à cette époque encore, faire une proposition avant d'en prendre la décision n’était pas du tout le lot commun – pas plus qu'en argumentant une alternative crédible...Ou alors la réponse, c'était : jamais le moment...

Rosa :
-C’est pas l’moment de quoi ?

Jo :

- C’est pas l’moment de se laisser retarder par les contraintes environnementales…de creuser encore plus la dette...de se mettre à dos les "jesais pas qui"...

Rosa :

-Ou… ?

Jo :

-C’est pas l’moment de confier à BlackRock la finance pour sauver l’Europe…


Rosa :

-C’est pas trop compliqué...Ou trop simple ?
Jo :

-Plus simple, « c’est pas l’moment d’offrir une médaille en chocolat aux soignants » !

Rosa :

-C’est pas très positif tes trucs :

Jo :

-Oh, tu tiens bien d’ton père


Rosa :

-Ah bon…


Jo :

-Je l’remets à l’indicatif positif : c’est maintenant le moment de faire mieux respecter les normes environnementales...maintenant le moment de mettre en pratique les propositions d’imposition de Thomas Piketti...maintenant le moment de créer ce Sur-SMIC du Care...de lancer un revenu de base...de…


Rosa :

-Tu vois : quand tu veux, on peut…

Jo (qui feint de s’en aller) :

-Oh, tu m’énerves, t’es comme ton père…D’après le Président, qui n'avait pas chipoté pour enlever cinq malheureux euros sur l’allocation-logement, il n’y avait alors pas d’argent magique. On n’en doutait pas : on n’est pas des ploucs. Au plus fort moment de la crise, ce sont des millions et milliards qui ont cependant été débloqués…Et cela avait déjà été une fois le cas pour sauver les banques lors d’une crise où elles étaient pourtant bien impliquées !

Rosa :

-Et alors, à la fin, c’est qui, qui gagne ?

Jo :

-Eh bien, on a fait un mix !

Rosa :

-Une compil ?

Jo :

-Non ça aurait été imbuvable. On a pioché ce qui paraissait le plus attirant pour les non convaincus.

Rosa :

-Ah, bon...et ça a donné quelque chose ce « machin » ?

Jo :

-Une des personnalités préférées des Français a accepté de prêter son nom et beaucoup de son temps comme servir de porte-parole pour synthétiser les débats, prendre la décision finale et signer les papiers comme il se doit pour acter.

Rosa :

-Pas un politique alors ?

Jo :

-On voulait lui adjoindre une jeune femme quasi inconnue qui avait été très impliquée dans la convention citoyenne tirée au sort et au moins qu’elle tente l’essai. Ce serait elle qu’on verrait le plus souvent.


Rosa :

-Et puis ?

Jo :

-Et puis, on a créé des sortes de ministères interdisciplinaires du Mieux-Vivre, avec pareil : des gens qui avaient déjà bien bossé les sujets à qui on a adjoint des citoyens lambda volontaires et temporaires.

Rosa :

-On y avait jamais pensé avant ?

Jo :

-Faut croire que cela devait passer pour trop révolutionnaire.

Rosa :

-Et ça a fonctionné pas trop mal…

Jo :

-Pas pire qu’avant, c’est sûr et c’est déjà ça. On a pas mal réussi à appliquer : choix, décision et responsabilité. On a évité un moment le pire : la guerre civile. Faut se rappeler que la défiance était au paroxysme dans la société. Qu’après les Gilets jaunes et toutes les violences de deux côtés, on a eu des clans irréductibles anti-tout. On a même eu droit à des hostilités anti-verts, anti-écolos...Comme si la dictature devait changer de camp. Incroyable, non ?

Rosa :

-Alors le résultat pour toi ressemble à scénario idéal ?

Jo :

-Pas loin. En tout cas on n’a pas encore trouvé la jeune femme porte-parole, qui nous aurait tellement fait de bien…

 

(De loin)

Le père :

-Rosa ? Rosa !

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