Acte 5 – Scène 9 : Epilogue

Acte 5 : Des pensées dans mon jardin Acte 5 – Scène 9 : Epilogue Comme promis, à la fin, Jo retrouve l'article faisant foi de la défaite de Léo Nibéral. Une victoire de Covid19 savoureusement appréciée particulièrement par Rosa...

Rosa Corona - Acte 5 : Des pensées dans mon jardin
Acte 5 – Scène 9 : Epilogue

Jo, de plus en plus euphorique, a alors ressorti le vieil article qui lui tenait tant à cœur…

- Oh, j’ai retrouvé ce papier : on vit une époque formidable !

Rosa surprise :

- Tu nous le lis là ?

Le père :

- Lilas, encore de la littérature…

Ulysse :

- Cool, c’est rétro vintage...

Jo inspire...et lit à haute voix :

...Léo Nibéral terrassé par Covid19

 

Le dernier affrontement des deux superpuissances a été sanglant. Les armées de Léo Nibéral longtemps jugées supérieures ont été défaites par la subtilité de Covid19, l’agent pourtant maléfique sur la Planète-Terre menacée. Récit.

 

Installé à grands renforts de dollars et de Propaganda subtile, l’empire de Léo Nibéral avait réussi à vampiriser tout ce qui restait de notre étoile, pourtant déjà exsangue.

Covid19, alors méprisé s’était transformé physiquement au point de devenir quasi invisible en démultipliant sa Force en nano-activisme de guérilla.

Quand son ennemi répandait son emprise ostensiblement tentaculaire dans les rouages de la politique, de la finance et de l’économie, via la publicité, les médias, l’éducation et les loisirs, lui, s’appliqua à s’y coller comme une sangsue.

Subrepticement, et malignement il se nicha dans une contrée loin des GPS capitalo-libéraux. Il parvint à corrompre relativement facilement quelques espèces en voie d’extinction, tout heureuses de se trouver un chantre de leur libération.

Leur nom de code – Pangolin ou Chiroptère - ne disait plus rien à personne, sauf à quelques villageois reclus, phylogénéticiens et taxinomistes bannis.

Aussitôt conclus, par le biais de circuits courts et d’une économie circulaire qui commençait à montrer son efficacité, Covid19 bâtit un réseau de propagation subtil car silencieux et gratuit.

Il réussit à s’introduire dans une première ville, dont nous tiendrons secret le nom, afin de ne point la placer au ban de l’Histoire.

A propos d’Histoire, l’affaire allait prouver avec éclat qu’elle était loin d’être à sa fin, comme l’avait pompeusement avancé un certain Fukuhiama, natif de Chicago, comme son nom ne l’indiquait pas.

De ville en ville, un peu comme des apôtres - comparaison n’est pas raison - Covid19 utilisa quasi tous les moyens mis à sa disposition par la puissance de Léo : paquebots de croisières, porte-avions, charters, pour essaimer son armée.

Il ne négligea aucun lieu même bienveillant : ici un marché, là une rencontre évangéliste, un stade de foot. Il n’avait pas choisi la confrontation directe sur les points sensibles comme la Bourse ou le Pentagone. Il ne refit pas le coup des tours jumelles.

Ce fut tellement subtil, que dans des lieux aussi sacrés que la Maison blanche, le 10 de Down Street, à Brasilia ou à Milan, on s’éclatait dans l’insolent orgueil de la toute-puissance.

Le choc fut rude, monta inexorablement en puissance au point de cancériser toutes les défenses adverses. Surprises, désorientées puis paniquées, elles utilisèrent pourtant toutes leurs recettes éculées à leur disposition : le déni, la moquerie, le mépris et la menace.

Mais il était trop tard. Covid19 arrêta les avions. Arrêta les écoles. Arrêta les commerces et peut-être même arrêta Franklin.

Seule la connerie était pléthorique : on faisait trop ou pas assez, trop tôt et trop tard. Il fallait relocaliser et vite. Il fallait planifier et bien. Il fallait ; en fait, il aurait fallu.

Léo Nibéral s’aperçut brutalement que les infirmières, les brancardiers, les agents d’entretien, de surface, de propreté et les aides-soignantes existaient.

Plus ou moins nombreux, râleurs - même s’ils n’étaient pas bolcheviques dans l’âme - il les envoya au front.

En première ligne, premiers de corvées comme on l’a entendu à ce moment-là. Même mal payés, ils firent leur devoir.

Le problème, c’est que l’économie entière allait subir un choc impensable, quelques secondes avant. Léo Nibéral se mit à compter ses masques : plus rien. Ses gels alcoolisés : pas assez. Ses respirateurs, bien moins vendus que les aspirateurs : à l’encan.

Et Covid19 put commencer à se frotter les mains de gel hydroalcoolique ; à continuer à avancer masqué pour savourer son coup. Pensez : ça ne serait plus jamais comme avant.

On allait repenser la vie et la santé. L’utile et les priorités ! Un comble de renversement...
Ses armées allaient enfin pouvoir s’exprimer et entrer en action.

Dans leurs réseaux de résistance, elles avaient gardé des recettes ancestrales et décriées : la solidarité et la fraternité.

Coup de balai pour Léo : il ne s’en remettrait pas de ce coup-là. Pangolin pourrait retourner appâter les fourmis avec sa carapace écailleuse. Un nouveau Goliath venait de tomber, terrassé.●

Le père :

-Sacré Jo !

Ulysse :

-Ouf…Cool. On devrait en faire un film. Ou...une série en cinq saisons et quelques épisodes.

La mère :

-Le ciel était redevenu bleu. Des bourgeons partout. Le chant des oiseaux revenu. Mais on en était à un tel point d’optimisme que voyant la fin de la pandémie, certains ne pouvaient se dire autre chose qu’ils n’y croyaient pas ! C’était trop beau ? Tiens, d’ailleurs, remarquaient-ils, il commençaient déjà à repleuvoir…

Ulysse :

-On va constituer des fichiers sur toutes les conneries qu’on a pu dire. Ça ferait un petit livret ?

Non, non… pas une simple table des matières…mais plutôt un serveur data tout chaud dans un pays très froid !

Rosa :

-Happy end, mais ça a été bien dur.

Ulysse :

-Dans cette pièce de cinq mètres carré, difficile est le passage à l’acte…

Ainsi coule la scène…

Comme est dit dans le texte, tragédie ne va pas sans ver.
Or Ulysse n’est pas Alexandre, hein ?

Le père :

-Et Carmina n’est pas plus Burana que Rosa Corona…

Ulysse :

-La geste a ses barrières...

Jo :

...Et la distanciation n’est pas que sociale…

Rosa :

-Preuve que la covid n’était pas qu’un entre-acte.

 

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