Mediapart et Le Crieur au Festival d'Avignon

Du 8 au 18 juillet, Mediapart et la Revue du Crieur vous proposent, chaque jour, de mettre l'Histoire mondiale de la France en examen. En compagnie des auteur.e.s de ce projet collectif et de Patrick Boucheron, professeur au Collège de France. Entrée libre et gratuite, à 11h, sur le site Pasteur de l'Université (intra-muros)

L’Histoire mondiale de la France (Le Seuil), dirigée par Patrick Boucheron, professeur d’Histoire au Collège de France, plus grand succès d’édition en histoire de ces dernières années (plus de 100 000 exemplaires vendus, prix Aujourd’hui 2017), a été souvent admirée, beaucoup copiée, parfois rejetée, mais rarement critiquée.

Avec un peu de recul, il est temps de se pencher à nouveau sur un travail collectif qui fut parfois réduit à un symptôme politique ou à un objet de polémiques, afin d’en faire une véritable lecture critique. C’est-à-dire à la fois une relecture et une mise en examen.

La principale attaque, qui fut adressée, depuis le camp conservateur, à l’Histoire mondiale de la France, est d’avoir décrit un pays qui n’existerait que par les apports de l’étranger. Ce reproche outré a fait écran aux autres questions que les choix et les approches de ce projet peuvent pourtant soulever. En compagnie de celui qui l’a dirigé, Patrick Boucheron et d’auteur.e.s de cette Histoire mondiale de la France, les Ateliers de la pensée du Festival d’Avignon, Mediapart, la Revue du Crieur et Entre-temps, la revue numérique d'histoire actuelle du Collège de France, proposent un dispositif original pour relire cette histoire de France « made in monde ».

Chacune des huit séances (d’une heure et demi chacune) se déroulera en quatre temps, de 11h à 12H30 avec une lecture d'une des dates de l'Histoire mondiale de la France par des élèves de l'ERACM (Ecole régionale d'acteurs de Cannes et Marseille), un entretien avec l'auteur.e de la date en question, une discussion critique sur cette Histoire mondiale de la France et un moment ouvert au public. 

Venez nous rejoindre (entrée libre et gratuite) pour les ateliers de la pensée du Festival d'Avignon sur le site Pasteur de l'université d'Avignon (rue Pasteur, intra muros) du lundi au jeudi, à 11h, entre le 8 et le 18 juillet.

• Lundi 8 juillet. 11H-12H30  Une histoire dépeuplée ? A partir de: « 1848. Le Printemps des peuples »

L’histoire mondiale de la France, en faisant la part belle aux grandes dates, verse-t-elle dans une histoire des grands hommes ? Le peuple est-il, sinon absent, du moins négligé dans un tel récit ?  L’Histoire mondiale de la France demeure une histoire vue d’en haut, alors que certains tentent, dans le même temps, une Histoire populaire de la France, ou promeuvent la nécessité d’une History from below ?

Avec Quentin Deluermoz, Maître de conférences à l’Université Paris 13.

• Mardi 9 juillet. 11H-12H30 Une histoire exceptionnelle ? A partir de « 1883. Du Zambèze à la Corrèze, une seule langue mondiale »

Une « histoire mondiale » constitue-t-elle une côte mal taillée pour un pays comme le nôtre, ou est-ce qu’il demeure un mystère micheletien qui fait que la France, c’est, souvent et encore, plus que la France ? Est-ce que les autres « histoires mondiales » qui ont émergé, de l’Italie, de la Sicile, de la Flandre ou de la Catalogne sont de simples déclinaisons de cette Histoire mondiale de la France ? Peut-on faire des histoires mondiales de n’importe quel territoire de la même façon ? Faut-il distinguer les projets d’histoire mondiale, d’histoire globale, d’histoires à parts égales ?

Avec Pierre Singaravélou, Professeur à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne et coordinateur de l’Histoire mondiale de la France.

• Mercredi 10 juillet. 11H-12H30 Une histoire désorientée ? A partir de : « 1961. Les Damnés de la terre pleurent Frantz Fanon ».

Une alternative à une histoire mondiale de la France ne serait-elle pas, plutôt que le classique roman national, ou une prétendue histoire populaire, une histoire des lieux ? Les lieux de mémoire, les lieux symboliques, les lieux réels ne permettent-ils pas, davantage que les dates, de saisir ce qui fait un pays ? Est-ce qu’ainsi on ne se contente pas de faire le récit de nos dispersions plutôt que de nos possibles ? NB : penser à histoire environnementale peu présente.

Avec Emmanuelle Loyer, professeur d’histoire à Sciences Po Paris.

• Jeudi 11 juillet. 11H-12H30 Une histoire idéologique ? A partir de « 1968. « Un spectre hante la planète.»

Les conservateurs qui ont ciblé L’Histoire mondiale de la France ne sont-ils que des obsessionnels de l’identité française ou bien touchent-ils parfois juste quand ils prétendent déceler, derrière l’oecuménisme affiché de ce projet éditorial, une histoire engagée qui ne s’assumerait pas comme telle ? Pourquoi contourner des dates aussi essentielles que le 18 juin 1940, si ce n’est pas avec en tête l’idée de donner une lecture particulière, pour ne pas dire orientée, du récit français ? Et, inversement, l’Histoire mondiale de la France ne produit-elle pas un récit trop consensuel, pour ne pas dire centriste, où tout le monde peut se retrouver, en gommant pour cela certains clivages ?

Avec Ludivine Bantigny, maîtresse de conférences à l’université de Rouen.

• Lundi 15 juillet. 11H00-12H30 Une histoire en miettes ? A partir de « 1209 : Sus aux hérétiques ! »

Choisir de faire une histoire par les dates, même si on peut le justifier en jugeant que cela permet de ne pas intimider le lecteur, est-ce que cela fait un récit ou est-ce que cela produit une histoire en miettes ? Comment faire de l’histoire de France un « livre dont vous êtes le héros » sans faire du passé un magasin de curiosité, dans lequel il serait possible de ne piocher que ce qui vous plaît ou ce qui vous sert. A force de vouloir éviter le « roman national », n’y a-t-il pas un excès de discontinuité ?

Avec Florian Mazel, Professeur d’histoire médiévale à l’Université Rennes 2 et coordinateur de l’Histoire mondiale de la France.

• Mardi 16 juillet. 11H00-12H30. Une histoire patriotique ? A partir de « 1994 : Le génocide des Tutsis »

Alors que, dans l’Hexagone, l’Histoire mondiale de la France a été accusée par les conservateurs de diluer l’histoire de France et de faire la part trop belle aux apports extérieures, hors de nos frontières certains jugent que ce projet éditorial continue à exalter les grandeurs de la France comme le faisait un récit traditionnel, au point d’oublier, dans la version initiale de l’ouvrage, des pages sombres de cette histoire, à l’instar de l’action de la France pendant le génocide des Tutsis au Rwanda.

Avec Hèlène Dumas, historienne, auteure de Le Génocide au village. Le massacre des Tutsi au Rwanda (Le Seuil).

Mercredi 17 juillet. 11h-12H30. Une histoire métissée ? A partir de « 1923. A la croisée des exils »

L’Histoire mondiale de la France a été accusée de mener la guerre au « roman national », voire de réunir, pour reprendre les termes de l’académicien Alain Finkielkraut, les « fossoyeurs de l’héritage français ». En sous-texte, la place accordée aux migrations et aux apports de l’étranger. Au-delà de ces accusations, comment faire une histoire-monde qui ne soit pas une histoire seulement métissée ou épicée ?

Avec Anouche Kunth, chargée de recherches au CNRS.

Jeudi 18 juillet. 11H Une histoire hégémonique ? A partir de « 360. Paris vaut bien un empire. »

L’Histoire mondiale de la France est-elle une histoire hégémonique, au sens où elle prétendrait incarner une manière de pratiquer le métier d'historien et de concevoir l'Histoire de France ? Comment expliquer qu'elle ait été aussi peu critiquée ?

Avec Yann Potin, chargé d’études documentaires aux Archives nationales et coordinateur de l’Histoire mondiale de la France.

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