Du silence à la pop nord coréenne

Comme tous les dimanches, je m’en vais vous relater mes lectures et écoutes de la semaine pour partager un peu de ce rien avec vous.

Comme tous les dimanches, je m’en vais vous relater mes lectures et écoutes de la semaine pour partager un peu de ce rien avec vous.

J’ai passé beaucoup de temps avec Claude Régy depuis lundi. J’ai eu besoin de lui pour penser le silence. « Parler de son travail est une tricherie, seul le silence nous met face à l’inconnaissable, face au Réel. » Pour celui qui montait Pinter et Fosse comme personne, le savoir n’était qu’illusion.

Regy m’a tout naturellement amené à relire un peu Blanchot, quand il dit lui aussi que le silence est un langage en tant que tel, une sorte d’appel. Il rappelle que nous vivons dans un paradoxe en tant qu’être de parole, à la fois sommés de parler et fascinés par le silence...

Et puis, je suis allé faire un tour vers Angela Davis, après une belle conversation avec mon amie

Meta Tshiteya

. J’ai été étonné de l’entendre si bien parler le français, en 1979, alors qu’elle relatait ses années de prison et qu’elle évoquait le système raciste aux mains des blancs américains en rappelant que ce système avait à voir avec le validisme, l’exclusion des personnes en situation de handicap, et plus généralement avec l’édification d’un système capitaliste, reposant lui-même sur la privatisation d’un complexe carcéral visant le profit en brimant les minorités.

Saisi d’angoisse, je me suis soudain demandé s’il existait un groupe de pop nord coréen . Et je l’ai trouvé : le Norabong Band, qui reprend nos plus grands standards pop et les transforme en hymne patriotique à la gloire de Kim Jong Un.

J’ai eu peur; j’ai eu besoin d’écouter Keith Jarrett à l’orgue baroque.

Et puis, j’ai rejoint Theodore Monod dans le désert, quand son christianisme social propose de nous délivrer de tout ce qui nous encombre pour « une éthique du souci de l’autre », à l’image de Paul Ricoeur. Ainsi, on peut être chrétien et anarchiste, invoquer les bienfaits de l’église primitive, le pluralisme des idées et fuir l’institution...

« Mais quand on laisse faire les choses, c’est toujours le pire qui arrive », rappelle Monod en nous mettant en garde contre le libéralisme à tous crins.

Enfin, j’ai eu envie d’écouter la voix de Nico, en me souvenant qu’elle est morte d’un accident de vélo comme Jean Edern Hallier. La voix du Velvet Underground était aussi l’un des personnages de La Dolce Vita de Fellini. « Je te demande juste de parler » lui avait dit ce dernier avant de la filmer. Comme Warhol, il voulait son corps et son âme d’enfant de la fin de la guerre, déjà conquise par l’héroïne et désireuse de succomber aux paradis plutôt que de vivre comme tout le monde.

 

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