Je m'adresse à toi citoyenne, citoyen

Lentement mais sûrement les fondations de notre société, posées sur les ruines de la seconde guerre mondiale et élaborées par le Conseil National de la Résistance, ont été grignotées jusqu'à l'effondrement.

Je m'adresse à toi citoyenne, citoyen,

J'en appelle à ton humanité et à ton entendement. Lentement mais sûrement les fondations de notre société, posées sur les ruines de la seconde guerre mondiale et élaborées par le Conseil National de la Résistance, ont été grignotées jusqu'à l'effondrement. Aujourd'hui le régime sous lequel nous vivons, que nous appellerons ultralibéral, n'a plus rien en commun avec les idéaux humanistes qui animaient les femmes et les hommes au sortir du nazisme et de la collaboration. Ne nous voilons pas la face, l'ultralibéralisme est un totalitarisme au même titre que le nazisme ou le stalinisme. Ce totalitarisme a pris une telle ampleur, s'est immiscé si profondément dans nos vies que beaucoup d'entre nous n'ont plus conscience d'être sous l'emprise d'un dogme auprès duquel la sainte inquisition semblerait bien modérée. (Voir cet excellent cours du collège de France qui analyse en finesse la déconstruction progressive de la notion de droit par le dogme ultralibéral). Dès leur plus jeune âge, nos enfants sont soumis à un catéchisme rigoureux où l'on apprend à compter avec des billets de banque, où les cours de science et technologie servent d'apprentissage au consumérisme, où la création d'une start-up est une première communion valant rite initiatique, où les cours d'histoire-géographie vantent la compétitivité des villes et territoires comme ultime objectif, où les cours de civisme se limitent à réciter par cœur la grandeur de notre démocratie.

Mais comment croire à cette fable démocratique quand le président de la république est élu par 10% des citoyens, quand l'essentiel des lois et décrets qui nous gouvernent est imposé par ordonnances, quand l'état d'urgence permanent permet de s'affranchir de toute justice et que cette justice corrompue est au service des puissants ? Comment croire à cette fable démocratique quand la révolte des gilets jaunes est réprimée dans le sang en écho aux massacres de la Commune par l'infâme Thiers, quand les milices policières braquent leurs armes sur nos enfants, maintenus à genoux les mains sur la tête, quand ces mêmes milices frappent nos mères dans la rue, les assassinent à leur balcon, écrasent et tuent à coup de bottes un brave père de famille, quand l'état couvre les meurtres racistes de nos jeunes, quand tant de vidéos devenues virales montrent des violences policières et des propos dignes de figurer dans des films de série B sur les Waffen-SS ou le Ku Klux Klan. Comment croire à cette fable démocratique quand 20% de la population vit dans des conditions misérables et sans avenir, subissant au quotidien le racisme, l'humiliation et la haine des milices policières, et est réduite à devoir choisir entre le chômage et l'esclavage au compte des proxénètes de la consommation ? Je ne parle pas du fichage systématique des syndicalistes ou de la persécution des lanceurs d'alertes. Je ne parle pas de l'acharnement contre les inspecteurs du travail ou des impôts qui souhaitent simplement faire leur travail en dénonçant les méfaits et tricheries des puissants. Je ne parle pas des millions de caméras de vidéo-surveillance, des fichiers de police sur chaque citoyen, de l’espionnage généralisé qui fait que toutes nos communications sont potentiellement sur écoute. Je ne parle pas du détournement du langage qui transforme les usagers en clients, les citoyens en consommateurs, les noms des biens publics en marques. Mais comment croire à cette fable démocratique alors que nous subissons une constitution qu'Aristote aurait qualifiée de monarchique il y a déjà 2300 ans, laquelle monarchie est elle-même à genoux devant une poignée de seigneurs vivant dans une opulence qui rendrait jaloux Louis XIV ou la dynastie des Borgia ?

La pandémie qui nous frappe a mis au jour, s'il le fallait, de manière douloureuse et cruelle les véritables motivations de l'ultralibéralisme. L'État ne s'en tient plus qu'à deux rôles : s'assurer que les lois n'entravent pas le profit des puissants et armer des milices policières pour étouffer toute velléité de révolte. L'éducation, la santé, l'eau, l'énergie, les transports, la sécurité sociale, l'écologie, la culture, la recherche... plus rien de tout cela ne fait partie des prérogatives de l'État ultralibéral. Les 35.000 morts ou plus dans notre pays (si l'on compte les décès hors hôpitaux et EHPAD), l'un des plus riches du monde, ne sont pas le fruit du hasard ou de l'incompétence crasse de nos gouvernants. Ces morts traduisent simplement l'inconcevable : l'indifférence totale des puissants pour nos vies. Cette analyse démontre par des arguments rationnels que de simples mesures auraient suffit à sauver plus de 30.000 vies. À la lumière des conclusions de cette analyse, on ne peut que se révolter a posteriori du maintien du premier tour des élections municipales et de la date si tardive du confinement. Sans parler des images abjectes du président Macron ou de son fidèle premier ministre fanfaronnant mi-mars à visage découvert sur l’innocuité du virus ou de celles plus tardives d'un préfet de police Papon-parisien se moquant des cadavres qui n'auraient pas respecté les gestes barrières.

La dernière trouvaille de la classe dirigeante juste avant le dé-confinement est à ce titre particulièrement révoltante : s'assurer du monopole des masques dans les temples de la consommation pour encore faire plus de profit et ramener la population à la consommation et aux pompes à essence. Il y a en France bien plus de voitures et de téléphones portables que d'habitants. Et nous ne serions pas capables de produire quelques malheureux petits carrés de tissus pour chacune et chacun d'entre nous ? Nous ne serions pas capable de produire des tests à grande échelle pour localiser les foyers de propagation et ainsi protéger nos corps et nos libertés ? Pendant ce temps, le nain politique qui nous gouverne, synthèse de Trump et Sarkozy, puise 8 milliards d'euros dans nos caisses pour les offrir aux patrons de l'automobile et autorise le déploiement d'une application de surveillance à grande échelle malgré les mises en garde des scientifiques (cf. ce précédent post). Et toujours pas de tests...

Mais ne nous leurrons pas, cette pandémie n'est que le premier signe annonciateur de catastrophes bien plus meurtrières. Même si nous venons à bout de ce virus, d'autres suivront mais surtout, surtout, la catastrophe écologique qui nous attend risque d'anéantir une bonne partie de l'espèce humaine. L'eau, sans laquelle aucune vie n'est possible, sera l'un des facteurs clés de cette catastrophe. Et que fait le président Macron en réponse à ce risque majeur ? Il finance à outrance le secteur automobile avec l'argent du peuple et il privatise nos barrages, principales ressources en eau. Ainsi, comme le montre si bien le documentaire sus-cité, nos vies seront entre les mains de quelques individus quand l'eau viendra à manquer dans 10 ans, dans 20 ans peut-être ? Sans doute avant mais certainement pas après. Car aujourd'hui il n'y a guère plus que Donald Trump ou Claude Allègre pour nier l'effet dévastateur de la surconsommation humaine sur la nature et le climat et pour nier les catastrophes à venir. Les puissants, dont le président Macron n'est que le serviteur zélé, en sont bien conscients et investissent en parfaite connaissance de cause. Est-ce ce monde là que nous voulons laisser à nos enfants ?

Alors oui, il faut agir maintenant, quand il est encore temps. Si nous nous laissons endormir comme nous l'avons toujours fait, il sera trop tard. Nous n'aurons plus que nos larmes pour pleurer nos enfants assoiffés, nos mères sans soin rongées par le cancer de la pollution, nos hommes et nos femmes révoltées ensanglantées par des forces de
l'ordre déshumanisées. Non, ce monde dystopique n'est pas une vue de l'esprit. Une publication du centre patronal suisse pendant la période de confinement exprime parfaitement les inquiétudes des puissants : "Il faut éviter que certaines personnes soient tentées de s’habituer à la situation actuelle, voire de se laisser séduire par ses apparences insidieuses: beaucoup moins de circulation sur les routes, un ciel déserté par le trafic aérien, moins de bruit et d’agitation, le retour à une vie simple et à un commerce local, la fin de la société de consommation..." Voilà donc la véritable crainte des puissants : que les humains prennent conscience que notre société ultralibérale n'est qu'une course vers l'extinction de notre espèce et qu'il est possible de vivre autrement. Alors oui, il faut agir maintenant car les fondements même de l'ultralibéralisme, qui partage avec la nazisme une vision matérielle et utilitaire des masses humaines, ne permettront pas un changement de cap. Pour les puissants, mieux vaut une troisième guerre mondiale sur le modèle de 14-18 qu'une démocratie qui mette leurs profits en péril. Il faut être incroyablement crédule pour penser que l'actuelle pandémie pourrait infléchir d'un iota leur politique.  Un simple calcul montre la puissance démesurée des plus grandes fortunes. Celles-ci avoisinent les 100 milliards d'euros : de quoi recruter une armée d'un million de mercenaires à 1000 euros par mois pendant plusieurs années sans même affaiblir cette fortune ! Comment être naïf au point de penser que ces individus se laisseraient guider par quoi que ce soit d'autre que leur propre désir ? Ces individus n'ont pas de limite et représentent le plus grand danger qui pèse sur l'humanité. La destruction de notre système de santé et de nos hôpitaux, la destruction de nos universités et de tout notre système éducatif, la destruction de notre environnement écologique n'ont été mis en pause pendant deux petits mois que pour mieux repartir. Le profit qu'ils peuvent tirer de ces destructions est sans limite et représente une source miraculeuse pour l'inextinguible appétit des puissants.

Alors oui, Il est temps de construire l'avenir en constituant des cellules de résistance, en s'organisant pour être prêt.e.s le jour venu à nous défendre. Cela signifie rassembler le plus de données possible en les conservant en lieux sûrs pour tout ce qui touche les infrastructures liées à l'eau, l'énergie, la production de médicaments, les transports, les bâtiments publics... Nous en aurons un besoin impérieux quand les sources taries seront gardées par des armées de drones -- version 3.0 de ceux qui nous observent aujourd'hui -- quand Internet sera entièrement sous la coupe de quelques censeurs comme en Chine et comme il ne saurait tarder en Europe avec la 5G, quand la médecine ne sera plus accessible qu'aux plus riches et quand les industries du médicament auront mis la main sur la totalité du patrimoine biologique de notre planète. Il est temps de prévoir des réseaux parallèles pour communiquer sans être espionné.e.s, quitte à passer par d'autres pays où la législation est plus respectueuse qu'en France des libertés individuelles. Il est temps de s'informer en détail et en profondeur sur les milieux policiers et militaires, sur notre propre État devenu l'incarnation de la traîtrise et l'ennemi du bien public, afin d'anticiper les infamies en préparation.

Il est temps de se défendre et de remplacer les seigneurs d'aujourd'hui par une société juste et démocratique, fondée sur des valeurs humanistes, respectueuse du bien universel qu'est notre planète.

Je sais que nous sommes nombreuses et nombreux à être conscientes de l'urgence du changement. Ces dernières années, une multitude de cris de révoltes, de critiques argumentées et érudites, ont fleuri sur le Net et dans des publications plus ou moins locales pour dénoncer les dérives totalitaires de notre pays et les catastrophes écologiques à venir. Parfois humoristiques, parfois sérieuses, parfois sous forme artistique, souvent admirables d'intelligence, ces critiques expriment une indignation face à un monde qui nous échappe mais qui est bel et bien contrôlé par une oligarchie ultralibérale composée de quelques dizaines de familles. Pas un jour ne passe sans que leurs méfaits et ceux de leurs serviteurs ne soient révélés aux yeux de tous tandis que d'autres appels à résistance voient le jour. Parallèlement, dans toute la France, des groupes s'organisent pour construire un monde meilleur : AMAP, GAEC, magasins coopératifs, projets associatifs divers et variés, développement de logiciels libres... Souvent jeunes, ces groupes sont de formidables ateliers d'expérimentation de la démocratie en microsociété. Leurs expériences et leur savoir-faire sont indispensables pour construire la société de demain. Ce bouillonnement d'ingéniosité, d'inventivité, ces élans de générosité et de partage sont un espoir immense -- de ceux qui font vivre -- pour sortir de notre enfermement.

Je m'adresse à toi citoyenne, citoyen, j'en appelle à ton humanité et à ton entendement.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.