Parler puis agir

Les médias aident à « briser l’omerta » des affaires de harcèlement et violences sexuels, dans le monde du sport ces derniers jours. Qu’en est-il de leur monde ? Qu’en est-il des systèmes qu’ils dénoncent, dans lesquels tout le monde sait mais se tait, quand il s’agit exactement de la même problématique en leur sein ?

Après avoir parlé, mais ayant refusé d’aller en justice pour avancer, qu’en est-il de mon parcours ? Au point mort. Personne ne m’a aidée. Personne de la profession ne m’a accompagnée moralement dans ces épreuves. Pas de dédommagement financier, pas d’accompagnement médical, mais surtout : je suis au chômage depuis. Mes candidatures restent sans réponse ou ont des refus. Comment expliquer un trou dans son CV sans passer pour la femme hystérique qui dénoncera tout en permanence ? Je dois tout rebâtir, tout reconstruire, seule. Aucun syndicat n’a proposé d’aider dans les démarches. L’ancien employeur non plus. Combien sommes-nous dans cette situation ? Nombreuses et nombreux, ou non ? Je l’ignore. Je ne suis plus dans le système, j’en ai été éjectée. Je paie donc une double peine : avoir été harcelée et avoir parlé. Avoir refusé de rester travailler avec ces collègues qui sont restés. Refusé de leur dire bonjour chaque matin après avoir compris. 

Les personnes qui ont subi toute forme de violence, morale ou physique ou les deux, devraient être accompagnées et soutenues psychologiquement dans un premier temps. Et être accompagnées ensuite dans leur réinsertion dans le monde professionnel. Pourquoi existe-t-il tant d’associations ? Combien, comme moi, veulent en finir avec tout cela, arrêter de dénoncer, de parler, parce que ceci a déjà été fait, veulent avancer et tourner la page? Mais comment lorsque nous sommes entièrement seules ? Comment réussir à avancer, à se reconstruire, en étant bloquées malgré nous par un système qui nous a rejetées parce qu’à un instant T nous avons dérangé ? Cet instant T dure toujours pour ma part. Alors que de nombreux mois se sont écoulés. Que je veux travailler. Exercer ce métier qui me passionne. Ce pourquoi je suis faite. Reprendre là où on a voulu sciemment que je m’arrête. Vivre.

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