Hongrie : ici aussi on vous entend M. Wauquiez

Il y a quelques jours, je participais à une conférence organisée par l’Institut Français de Budapest intitulée « Après Moscou, Bruxelles ? ». Le titre, volontairement provocateur, faisait allusion à une domination européenne qui aurait pris la suite d’une domination soviétique. Cette logique a quelques adeptes en Hongrie – pas seulement d’ailleurs – et est régulièrement entretenue par le parti extrémiste Jobbik.

Il y a quelques jours, je participais à une conférence organisée par l’Institut Français de Budapest intitulée « Après Moscou, Bruxelles ? ». Le titre, volontairement provocateur, faisait allusion à une domination européenne qui aurait pris la suite d’une domination soviétique. Cette logique a quelques adeptes en Hongrie – pas seulement d’ailleurs – et est régulièrement entretenue par le parti extrémiste Jobbik. Durant la conférence, un député européen hongrois et un chercheur français ont démontré qu’en réalité, Bruxelles et Moscou n’avaient quasiment rien en commun.

Au moment du débat, qui suivait, un spectateur hongrois a pris la parole. Après avoir rappelé les déclarations de Laurent Wauquiez concernant le choix d’une Union Européenne restreinte autour de 6 pays, il a exprimé une forte désapprobation quant à cette position et a posé la question de la considération qu’avait « l’Ouest » de l’U.E pour les pays d’Europe Centrale et Orientale. Cette question aurait pu paraître anecdotique si elle n’avait été posée dans un français excellent et surtout si elle ne s’apparentait pas à un cri du cœur.

Je crois n’avoir jamais été aussi pro-européen que depuis que je suis dans cette partie de l’Europe. Je ne suis pas un eurobéat et je suis conscient des difficultés actuelles de l’Union. Mais l’Europe dans laquelle on vit aujourd’hui est plus large qu’une volonté franco-française. Il faut d’ailleurs arrêter de penser que l’Union Européenne c’est la France, l’Allemagne et le Benelux… voire l’Italie et l’Espagne.

La plupart des articles de presse concernant la Hongrie ont pour sujet Viktor Orban et l’omniprésence de son parti dans toutes les sphères du pouvoir. Certains parlent de dictature, d’autres de démocratie dirigée, ou d’autres encore d’un système en cohérence avec l’histoire et la culture du pays. Trouver le bon qualificatif ne m’intéresse guère tant la réalité est complexe. Cependant, en 2011, lorsque le Parlement Hongrois adopte une nouvelle constitution, l’Union Européenne veille et parvient à limiter ce que d’aucuns appellent une dérive autoritaire. Si l’U.E laisse tomber ces pays, qui, la prochaine fois, viendra taper du poing sur la table ?

Le second argument est issu d’un sentiment que l’on a en France, véhiculés par plusieurs médias nationaux. Il paraitrait que les Hongrois n’aiment pas l’Europe. Dans les dernières enquêtes que l’on peut lire, environ 2/3 des Hongrois sont favorables à l’Union Européenne. Il est vrai que dans un pays où près de 98% des investissements publics (174 milliards d’euros depuis 2004) sont réalisés par l’Union, il serait stupide d’être contre. Néanmoins, lorsque l’Europe débloque des fonds pour des projets de très hautes technologies – les lasers dernièrement – qui remporte les appels d’offres ? Les entreprises françaises souvent. L’Union vient de débloquer 9 milliards d’euros pour la protection de l’environnement et la valorisation des déchets dans le pays, qui est sur le coup ? Les entreprises françaises. Je pourrai continuer et multiplier les exemples. La France est le troisième partenaire du pays, après l’Allemagne et la Russie et bénéficie de fait et indirectement, de ces fonds communautaires.

Le troisième argument est sans doute le plus simple : qu'ont fait ces pays pour qu'on les exclue de l'Union ? La Hongrie est un des bons élèves de l'U.E. Elle a mis en ordre ses comptes publics, a ramené le déficit public en dessous de la barre des 3%, a adopté sans grande difficulté les normes européennes... Là encore, les exemples sont nombreux.

La Hongrie apporte également beaucoup à l’Europe. Outre une histoire, une culture et de nombreuses inventions qui ont changé notre quotidien – du bouton pour les vêtements au moteur électrique, en passant par le téléphone ou le Rubik’s cube, le pays œuvre à la dynamique intégratrice européenne. Il y a dix ans, dix pays rejoignaient l’Union Européenne. On leur promettait prospérité et estime mutuelle. Mais ces pays, on ne les connaît, en France, pas plus aujourd’hui qu’auparavant. Françoise Pons titrait dans le Figaro « Dix ans après l’élargissement, on connaît mieux la Patagonie que la Hongrie ». Pire encore, sous prétexte de turbulences communautaires, on voudrait les congédier. C’est faire un mauvais procès au pays qui, ne serait-ce que pendant sa présidence tournante en 2011, n’a cessé de prôner une réelle intégration de la zone dans l’Europe et une nouvelle dynamique de projets au sein de l’Union.

Aujourd’hui, le problème n’est pas que l’Europe soit trop grande ou trop petite. Le problème c’est la gouvernance de l’Union ; son Parlement dénué de pouvoir qui devrait lui incomber, l’absence de projets et d’une vision européenne, le double jeu des représentants qui vendent à Bruxelles une politique qu’ils dénoncent dans leur propre pays, le copinage et les places en or dont bénéficient certains élus qui jettent l’opprobre sur le reste…
Il faut changer les institutions européennes et leur mode de fonctionnement c’est certain. Mais pas sûr que désigner les derniers entrants communautaires comme boucs émissaires arrangera quelque chose.

Et en plus, pour l’image de la France, c’est très mauvais.

Note : cet article reflète la pensée de son auteur. Le service pour lequel il travaille ne sont en aucun cas garant des propos qui sont tenus ici.

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