Covid-19: Science, éthique et choix politiques

La covid-19 fait l'objet de communications et de propos contradictoires qui mêlent, sans distinction, faits scientifiques, contre-vérités et positionnements politiques. La science est instrumentalisée et perd de ce fait une légitimité qu'il serait pourtant important de préserver. Il conviendrait de rétablir la distinction entre science et choix politique.

La science s’immisce de manière régulière dans des débats de sociétés. Depuis deux ans il y est abondamment fait référence pour parler de la covid-19 et des décisions politiques qui sont prises pour y faire face. Des médecins s’expriment régulièrement dans les médias en invoquant la science. Les positions exprimées sont le plus souvent peu étayées et tendent à mélanger faits scientifiques et positionnement politique.

Dans un monde idéal il conviendrait qu’un scientifique établisse clairement les propos fondés sur la science et ceux qui relèvent de l’opinion personnelle. Il ne s’agit pas de minimiser la porter d’un discours clairement étayé, mais la confusion entre positionnement politique et science porte préjudice à la crédibilité de celle dernière

Parler avec autorité en raison du statut social que peut conférer l’aura d’un scientifique ne suffit pas à justifier un discours.

Ne pas respecter la distinction entre science et opinion politique pose un problème éthique ; cela relève de la désinformation. Il est compréhensible que des politiques puissent se saisir de faits scientifiques et en interpréter les conclusions de manière erronée. Cela est bien moins compréhensible lorsque les personnes amenées à s’exprimer sont des scientifiques, ou des personnes se présentant en tant que tel.

L’instrumentalisation de la science prend des dimensions inquiétantes depuis quelques temps. Il serait pourtant important de conserver la crédibilité légitime que devrait avoir la science.

Peut-être convient-il de préciser ce dont il s’agit. La science se réfère à une approche méthodologique. Elle consiste à décrire le monde qui nous entoure, à poser des hypothèses, à élaborer des expériences pour mettre ces hypothèses à l’épreuve, puis d’interpréter les résultats et d’identifier de nouvelles questions.

Afin d’établir la crédibilité scientifique il est impératif que la méthodologie appliquée puisse être librement passée en revue par d’autres scientifiques. Il convient que des équipes de scientifiques de part le monde aient accès à la méthodologie et aux données utilisées de façon à pouvoir reproduire les expériences. La comparaison des résultats obtenus est un élément fondamental de la démarche.

La science se doit d’énoncer les faits extrait des études menées. Il est bien entendu possible sinon souhaitable d’appuyer des décisions politiques sur des études scientifiques, mais il convient d’établir où s’arrête le fait scientifique et où le choix politique prend le pas. Ceci est particulièrement important lorsque des autorités du pays prennent la parole au nom de la science.

Ainsi, les faits scientifiques ne permettent d’énoncer l’immunité conférée par la maladie ou par un vaccin qu’au regard de la période d’observation d’un échantillon représentatif de personnes. Il est établi pour la covid-19 que l’immunité est effective sur six mois ; il est probable qu’elle le soit au-delà mais cela n’est pas établi scientifiquement et ne le sera qu’à plus long terme. Toutefois, cela ne justifie pas la surenchère vaccinale à court terme.

Dans le cas de la fièvre jaune, le vaccin établi en 1936 a longtemps eu une durée de validité admise de dix ans, jusqu’à ce que l’immunité à vie ai été entérinée par l’Organisation Mondiale de la Santé en 2016.

Vulgariser la science pour l’expliquer à un public aussi large que possible est le bienvenu. Toutefois, écrire des contre-vérités scientifiques au nom de la simplification de la science n’est en aucun cas justifié. Non le codage génétique au sein des cellules vivantes n’est pas à sens unique ; l’ARN messager peut être traduit en ADN et oui il y a des échanges entre le cytoplasme de la cellule et son noyau. Cela ne veut pas dire que l’ARN introduit dans la cellule représente un risque. A cet égard les cellules dans lesquelles se retrouve l’ARN messager injecté, sont en principe détruites par le système immunitaire, comme celui-ci il le ferait d’une cellule infectée par le virus. Le risque qui pourrait se présenter, mais qui n’est pas avéré serait lié à l’incorporation de l’ARN messager dans des cellules souches. Ces cellules situées notamment dans la moëlle osseuse sont la principale source de renouvellement de nos cellules. Cela pose la question du risque, à long terme, de maladies auto-immunes qui pourraient résulter d’une production de cellules simulant l’infection dans la durée. Ce risque est une possibilité qui ne se produira peut-être pas, mais qui ne peut être exclu.

Un vaccin est un acte biologique qui n’est pas neutre par nature ; il serait présomptueux de vouloir exclure de possibles interactions physiologiques. Le débat relatif au risque / bénéfice a certainement du sens. Il se pose notamment pour les jeunes pour lesquels le virus représente un risque limité, ainsi que pour les personnes ayant déjà contracté la maladie.

Il conviendrait en particulier d’éviter les contre-vérités comme par exemple le fait d’énoncer que moyennant des mesures drastiques le virus pourrait être éliminé, ou de nier l’immunité conférée par la maladie elle-même dans la perspective de l’atteinte de l’immunité collective.

La réalité scientifique est que les vaccins de Pfizer et d’Astra Zeneca sont encore en phase 3 d’expérimentation. Le protocole expérimental cours jusqu’en 2022 pour Pfizer et en 2023 pour Astra Zeneca. Les résultats publiés à ce stade ne reflètent pas de problèmes ayant une fréquence alarmante. Toutefois, il convient de ne pas préjuger du résultat des études à terme. Il ne s’agirait pas que le poids du politique vienne peser sur l’impartialité des résultats collectés. L’enjeu commercial est déjà suffisamment important pour les laboratoires pharmaceutiques qui ont beaucoup investis. Le principe de précaution est en droit de s’appliquer.

L’obligation vaccinale, à mots couverts, est pour le moins une atteinte grave aux libertés individuelles. Il est pour le moins ironique que l’on demande aux personnes qui se font vacciner de signer un ‘consentement éclairé’ alors même que le vaccin, en phase expérimentale, est exclu de la prise en charge d’éventuelles complications par les compagnies d’assurance.

 

Les décisions récentes du gouvernement semblent se focaliser sur la vaccination, comme si cela était l’objectif à atteindre, alors qu’il ne s’agit que d’un moyen. L’objectif de santé publique est peu ou mal argumenté. S’agit-il de protéger les plus fragiles, ou de poursuivre un objectif illusoire d’élimination du virus ?  Les déclarations technocratiques et souvent autoritaires de responsables appelés à s’exprimer au nom du gouvernement, ne sont pas de nature à remplacer un argumentaire qui en l’occurrence fait défaut.

Il conviendrait de remettre les principes démocratiques et des droits humains au centre du débat et de rendre sa juste place à la science.

Arrêter d’instrumentaliser la science, arrêter de brandir des épouvantails pour susciter des peurs irrationnelles, à contrario renouer avec plus de rationalité, apaiser le climat ambiant relève de la responsabilité des politiques et du gouvernement en particulier. Le monde change ; à court et moyen terme, la France va devoir faire face à des crises sociales, économiques et environnementales sans précédent. Une approche autoritariste est de nature à diviser la population, ce n’est pas une méthode qui permettra de faire face efficacement aux enjeux à venir.

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