Après les caucuses de l'Iowa : Sanders/Buttigieg, un faux duel.

Après une longue attente, les résultats de la première étape de l'investiture démocrate pour la présidentielle américaine livrent leur vérité. Que retenir au delà du classement et des scores des candidats?

      Pour commencer, il faut reconnaitre que le duel Sanders/Buttigieg a de quoi donner des sueurs froides aux démocrates. Les deux représentent en effet des pans entiers de l'histoire contemporaine de cette famille politique. Sanders est le représentant d'un socialisme démocratique qui n'est pas sans rappeler Roosevelt (Franklin Delano) ou Robert Kennedy. Mais Buttigieg représente lui aussi un parti démocrate que l'on pensait disparu, le parti des petites villes et zones semi-urbaines ouvertes sur la diversité et favorables à certaines mesures sociales. Parmis les derniers représentants marquant de cette tendance, on peut citer John Kennedy, Lindon Johnson ou encore Jimmy Carter. Un affrontement en duel entre ces deux candidats promet de faire tanguer les fondements de la maison démocrate.

Mais il n'y a pas de duel, du moins pour le moment. Il reste des candidats qui n'ont pas perdu leurs chances de concurrencer les deux vainqueurs de l'Iowa. D'abord, il y a Elisabeth Warren qui, malgré une contre-dynamique sondagière, parvient à obtenir une solide troisième place et apparait comme la plus à même de rassembler les différentes familles démocrates. Si elle parvient à arriver en tête dans l'un des trois autres Etats votant en février, il faudra compter avec elle.

Ensuite il y a Biden. Ah, Joe ! Toujours vivant mais en surcis après une 4ème place humiliante. Le favori a du plomb dans l'aile et risque de voire ses électeurs potentiels se tourner vers l'option Buttigieg. Il faut cependant attendre les résultats en Caroline du Nord à la fin du mois où la sociologie des électeurs serait, dit-on, favorable à l'ancien vice-président très apprécié des électeurs afro-américains.

La sénatrice Amy Klobuchar est parvenue elle à exister mais demeure en marge de la grande compétition. Cependant, il ne faut pas l'oublier car son profil aurait de quoi intéresser un candidat désigné qui aurait besoin, par exemple, d'afficher une image d'ouverture envers les modérés pour contrebalancer le fait qu'il assume être socialiste (suivez mon regard...).

Enfin, il ya Bloomberg. Le milliardaire et ancien maire républicain de New-York innonde publicitairement les Etats-Unis. Durant la soirée électorale de l'Iowa, il y avait un clip Bloomberg à chaque page de publicité, soit toutes les 20 ou 30 minutes... L'argent fera-t-il la victoire de cette option ? Cela marquerait dans tous les cas un tournant libéral-conservateur et un retour des démocrates au parti des blue dogs, un parti élitiste ayant mis en oeuvre la prohibition, mesure emblématique du racisme social débridé du début du XXème siècle. Associer cette ligne aux Clintons est tentant mais Bloomberg est encore un cran plus conservateur, d'avantage proche d'un républicain néolibéral comme Romney ou Bush Ier.

Le duel est donc loin d'être installé. Demeure 4 grandes familles démocrates qu'il ne faut pas confondre. Buttigieg et Biden cherchent le soutient des sociaux-libéraux qui ont mené Obama à la victoire en 2008. Ils veulent apparaître comme favorables à des mesures sociales, sans revenir sur le modèle économique capitaliste. Klobuchar cherche les voix des libéraux démocrates, les électeurs des Clintons notamment mais aussi des déçus de Trump. Bloomberg vise quant à lui particulièrement les voix des non-affiliés, des républicains anti-Trump et des blue dogs démocrates. Etant donné que les primaires républicaines sont pliées d'avance, il cherche également à incarner une sorte de continuité avec la ligne néolibérale républicaine et clintonienne pour "battre Trump"... Enfin Sanders et Warren se disputent un électorat social-démocrate en pleine expansion. Seulement là où Sanders assume clairement une forme de radicalité par son étiquette socialiste, Warren chercher à apparaître comme une solution unificatrice. Aussi les jeux entre ces deux là ne sont pas encore faits et pourraient évoluer en fonction du ton que va prendre la campagne électorale à partir de maintenant.

Rien n'est joué et Trump est loin d'être réélu, comme l'affirment nos médias français, entre autres. Ces derniers semblent bien peu connaisseurs du système politique étasunien et se sont fait cette semaine les idiots relayant utilement les exagérations certes vendeuses des médias trumpistes qui, maintenant, affirment avoir raison car... la presse étrangère dit comme eux...

La suite le mardi 11 février pour la primaire ouverte du New Hampshire !

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