Primaire du New Hampshire : Une hiérarchie s’installe mais gare au Pare-feu.

Le New Hampshire a confirmé en partie les dynamiques de l'Iowa. Seulement, nous ne sommes qu'à la moitié des consultations démocrates de février et le moment du "pare-feu" est arrivé. Demeure un camps libéral très divisé avant même l'arrivée de Michael BLOOMBERG et un Bernie SANDERS qui s'impose parmis les démocrates les plus à gauche.

    La primaire du New Hampshire, primaire ouverte à l’ensemble des citoyens de l’Etat, a livré sa vérité et c’est Bernie SANDERS qui est en tête avec un peu moins de 26% des voix. Ainsi, le socialiste démocratique peut revendiquer la faveur du vote populaire dans les deux premiers Etats ayant été consultés. Mais surtout, il creuse l’écart avec Elisabeth WARREN, qui n’en obtient que 9,2%, et a vu Andrew YANG, un plus petit concurrent, abandonner après ses 3% dans le New Hampshire. SANDERS s’impose donc comme le candidat de la gauche du parti démocrate.

Du côté des trois familles libérales, c’est plus compliqué. Le favori, Joe BIDEN, est très bas dans le New Hampshire avec un peu plus de 8% des voix. Surtout, cette primaire a non seulement conforté Pete BUTTIGIEG dans sa place, provisoire, de challenger principal de Bernie SANDERS, mais elle a aussi lancé la campagne de la Sénatrice Amy KLOBUCHAR, jusqu’ici hors-course. Avec un peu moins de 20% des voix, elle profite d’un débat où elle a assumé son hostilité à Bernie SANDERS et au socialisme, s’attirant les voix libérales de démocrates comme de républicains puisque la primaire est ouverte. Si l’on rajoute l’arrivée prochaine de Michael BLOOMBERG, on comprend qu’il y a des embouteillages du côté des libéraux.

Tout cela est très bon pour SANDERS, aussi il aura fallut atténuer cette victoire sur des chaînes d’informations presque toutes libérales. C’est pour cela que, puisque nos médias nationaux semblent copier/coller les informations de leurs confrères américains, vous verrez peut-être passer quelques articles vous expliquant pourquoi en fait Sanders a perdu l’élection qu’il vient de remporter… Il faut dire que, en 2016, SANDERS s’est imposé contre CLINTON avec 60% des voix dans le New Hampshire. Il est cette année à 26% des voix, ce qui conduit CNN et compagnie à conclure que ce score est un échec. Pourtant, il n’y avait plus que 2 candidats en 2016 contre une dizaine en 2020, dont 5 candidats au-dessus des 5% des voix. Cette donnée devrait conduire à relativiser les comparaisons de scores mais elle fut analysée de manière absolue, sans prise en compte du contexte. Attention donc aux articles vous expliquant que le vainqueur a perdu.

Ce qui est le plus intéressant, c’est que tout ce qui vient de se passer dans l’Iowa et le New Hampshire peut avoir une importance déterminante pour la suite, ou pas du tout. Le mois d’ouverture des primaires, février, peut en effet être divisé en deux phases, le lancement et ce qui est décrit aux Etats-Unis comme le « pare-feu » (firewall). L’Iowa et le New Hampshire sont en effet le caucus et la primaire de tous les espoirs, l’investissement financier nécessaire étant plus abordable pour un candidat concentrant sa campagne dans ces premiers Etats. Les plus petits candidats jouent gros dans ces Etats du lancement afin de créer une surprise qui se mue en dynamique. Typiquement, Amy KLOBUCHAR et Pete BUTTIGIEG ont réussi cette partie. Seulement les primaires démocrates ne se résument pas à ces deux Etats précoces. D’ici la fin du mois, deux autres Etats vont être consultés : le Nevada et la Caroline du Sud. Or les démocrates de ces deux Etats ont tendance à dédire les résultats de l’Iowa et du New Hampshire et à remettre en course des favoris en difficulté. C’est pourquoi Joe BIDEN doit remporter ou au moins faire un score dans ces deux Etats pour effacer son début raté et empêcher que KLOBUCHAR ou BUTTIGIEG, ou les deux, émergent plus encore et, surtout, que BLOOMBERG apparaisse comme le sauveur des libéraux à sa place. Il compte notamment pour cela sur le vote des afro-américains qui étaient peu nombreux à voter dans l’Iowa et le New Hampshire.

Différemment, les candidats socialistes connaîtront deux campagnes importantes mais pas dramatiques. Si Bernie SANDERS remporte ou fait un bon score dans l’un de ces Etats, ce sera tout à son avantage. S’il perd, ce ne sera pas une surprise. Les caucuses du Nevada particulièrement peuvent lui sourire s’il profite du report des voix d’Elisabeth WARREN, mais les sondages donnent SANDERS également compétitif en Caroline du Sud, là où Clinton l’avait largement battu en 2016. Du côté d’Elisabeth WARREN, réussir à dépasser SANDERS lors d’une de ces deux compétitions sera un enjeu mais la dynamique n’est pour le moment pas là et ces Etats ne sont pas à priori plus favorables à elle qu’à Bernie.

Nous finissons donc le lancement de ces primaires avec plus de questions et d’incertitudes qu’avant du côté des libéraux.
Du côté des socialistes, en revanche, Sanders se démarque. Une chose est sûre, il faudra attendre la fin du mois de mars pour constater les principaux équilibres. Mais en attendant, l’étape du « pare-feu » pourrait se retourner contre les modérés, divisés, tandis que SANDERS, faisant le plein des voix socialistes, pourrait s’imposer même dans des Etats où personne ne l’attend. Si le Sénateur du Vermont s’impose également dans ces deux Etats, il sera difficile d’aller le chercher. Mais le « pare-feu » pourrait aussi faire le ménage chez les libéraux en douchant les espoirs de KLOBUCHAR ou BUTTIGIEG et relancer Joe BIDEN. Dans le cas contraire, la campagne de l’ancien Vice-président risque de tourner court.

Retour aux caucuses le 20 février dans le Nevada, où l’application de remontée des résultats, la même que dans l’Iowa, a été abandonnée. La partie de poker est loin d’y être jouée mais Joe Biden joue presque déjà tapis.

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