Caucuses du Nevada : Vers un scénario idéal après le triomphe de Bernie Sanders ?

Après un débat furieusement historique mercredi dernier, les caucuses du Nevada placent Bernie SANDERS dans une position très favorable renforcée par la division de ses concurrents. Mais ce scenario idéal pourrait l'être encore plus en fonction du devenir de la candidature d'Elisabeth WARREN.

Avant d’évoquer les résultats désormais en grande partie connus des caucuses du Nevada, il est important de revenir sur le débat de mercredi dernier. Ce débat fut mémorable à bien des égards. D’abord, ce fut le premier débat avec Michaël BLOOMBERG, le milliardaire républicain qui veut devenir le candidat des démocrates. Ce dernier a passé une très mauvaise soirée. Ses politiques racistes en tant que maire de New-York, sa tendance à payer des victimes pour qu’elles ne portent pas plainte, l’absence de publication de ses déclarations d’impôts à l’image d’un certain Donald TRUMP et son opposition à Barack OBAMA, tout ceci a été rappelé et martelé par des candidats visiblement agacés par cet entrisme des républicains dans leur primaire et la captation de la candidature à la présidence par des milliardaires. Mais au-delà, les thèmes abordés et la présence de Michaël BLOOMBERG auront permis un passionnant débat quant à la mainmise des plus fortunés sur les élections et la solidarité entre plus fortunés que Bernie SANDERS a qualifié de « socialisme des riches » par opposition au « socialisme démocratique » qu’il prône. Enfin, il y eu des débats techniques mais intéressants sur la meilleure façon pour les démocrates d’élargir leur audience auprès des américains. Certains prônent de chercher les voix parmi les républicains modérés. D’autres prônent de mobiliser parmi les abstentionnistes désespérés qu’un des deux grands partis mettent en œuvre une véritable politique sociale. Enfin d’autres prônent de rassembler les deux en même temps… Dans tous les cas un débat très intéressant et qui ne s’arrête pas à ce que je viens de citer. Au cours de ce débat, si Michaël BLOOMBERG a été éviscéré par ses concurrents, Bernie SANDERS et Elisabeth WARREN semblaient être ceux qui s’en sont sorti le mieux.

Quelques jours plus tard, la victoire de Bernie Sanders dans les caucuses du Nevada est tout simplement indiscutable. Dans un système complexe où des délégués locaux sont élus après deux tours de scrutins, c’est le nombre de ces délégués qui compte davantage que le vote populaire initial ou final. De toute façon, SANDERS est en tête dans les trois, profitant d’un petit effet de loupe en raison de la nature de la désignation. Le nombre de délégués locaux est converti par la suite en délégués nationaux de manière proportionnelle mais seuls les candidats ayant dépassés le seuil des 15% de délégués locaux peuvent obtenir des délégués nationaux. Or, à l’exception de Bernie SANDERS et de Joe BIDEN, ancien favori dans cet Etat, aucun autre démocrate n’est clairement en position de remporter des délégués nationaux qui siègent à la Convention démocrate et votent pour désigner le candidat. Pete BUTTIGIEG pourrait en glaner un ou deux, ce qui demeure dérisoire.

Surtout, cette victoire est impressionnante car le Sénateur du Vermont s’impose dans un scrutin organisé exclusivement par le parti démocrate du Nevada, ce qui augmentait le risque de manipulations. Que nenni, le score de Bernie SANDERS a sans doute rendu cela impossible si certains avaient été tentés. Car le score, plus d’un tiers des voix dans le vote populaire et près de la moitié des délégués locaux, est également impressionnant. Bernie SANDERS triomphe dans le Nevada et, surtout, enchaîne une troisième performance importante sur trois Etats : Premier au vote populaire et deuxième en nombre de délégués dans l’Iowa, premier lors de la primaire du New Hampshire, le Sénateur est clairement désormais le favori de ces primaires. Certains grands esprits démocrates qui savent mieux que tout le monde comment gagner une élection et l’ont bien démontré en 2016… crient au loup tandis que d’autres commencent à dire que les candidats démocrates pour la chambre des représentants et le Sénat devrait commencer à s’aligner sur la ligne politique de Bernie SANDERS. Les commentaires, toujours globalement défavorables à l’égard du Sénateur socialiste, commencent cependant à changer.  

Car au-delà d’un enchaînement de bons résultats et de victoires qui n’est pas si important d’un point de vue comptable, deux éléments font de la présente situation un scenario idéal pour le socialiste démocratique. D’abord, si le Sénateur n’est pas milliardaire, il dispose de très nombreux petits donateurs et est en capacité de faire campagne dans les Etats qui suivent, notamment ceux qui voteront le 3 mars prochain lors du fameux Super Tuesday comptant pour plus d’un tiers de l’ensemble des délégués. En comparaison, Joe BIDEN et Pete BUTTIGIEG ou Amy KLOBUCHAR n’ont plus un sous à dépenser et ne peuvent plus faire campagne. Mais surtout, le Sénateur SANDERS peut compter sur une bienvenue danse de la mort entre ses concurrents. Les résultats du Nevada auraient dû pousser au retrait au moins un ou deux candidats n’ayant plus d’argent dans un contexte où Michaël BLOOMBERG et son armée de spots publicitaires rendent les candidats libéraux d’autant moins visibles. Mais ils se maintiennent, tous, sans la moindre exception. Ils sont tous le meilleur choix pour battre TRUMP, BLOOMBERG et SANDERS (comme le prouve leurs résultats aux primaires…), ils sont tous très inquiets de voir Bernie SANDERS ou Michaël BLOOMBERG candidat des démocrates et c’est pour éviter cela que le maintien de leur candidature est une évidence. Résultat ? Personne n’a abandonné et tous continuent à se piétiner. La division de ses concurrents et leur incapacité à s’imposer sur les autres pour devenir le principal challenger de Bernie SANDERS font de ce dernier un leader solide qui, au fur et à mesure que les primaires avanceront, sera de moins en moins atteignable, qu’il y ait union de ses adversaires ou non, sauf à ce que les élites démocrates détruisent leur propre procédure.

Mais il n’y a pas que parmi les libéraux que les candidats se maintiennent. Le milliardaire Tom STEYER, qui avait beaucoup investit dans le Nevada, réalise un score piteux. Cependant, il a personnellement les moyens de continuer sa campagne. Un point important est que ce candidat qui se positionne comme écologiste (malgré une fortune peu écologique) a été le premier à refuser d’entrer dans la logique du  « Stop Bernie ». Il y a fort à parier que cela augure un futur ralliement si les millions de Tom STEYER ne lui permettent pas d’être dans la course. Tulsi GABBARD, représentante de Hawaï, se maintient également malgré de faibles moyens et des scores dérisoires. A l’instar de l’entrepreneur Andrew YANG qui s’est déjà retiré de la course, Tulsi GABBARD représente une micro-concurrence pour Bernie SANDERS qui l’affecte autant qu’une piqure de moustique. Son retrait futur semble inéluctable.

Un mot enfin sur un cas particulier, celui d’Elisabeth WARREN. Son score dans le Nevada est mauvais comme il le fut dans le New Hampshire. Alors que SANDERS – dont la ligne politique est proche de la sienne – devient le favori et qu’elle enchaîne les déceptions, la Sénatrice aurait toutes les raisons d’abandonner et de se ranger derrière-lui. Mais WARREN ne veut pas car, depuis quelques jours et sa destruction sans pitié du milliardaire républicain et candidat à la primaire démocrate Michaël BLOOMBERG, le téléphone s’est remis à sonner, les dons ont recommencé à arriver. En bref, alors que sa campagne est en panne depuis près de deux mois, la Sénatrice du Massachussetts retrouve du carburant et de l’espoir. Rien n’indique particulièrement que ce regain d’intérêt se concrétisera dans les résultats des prochains Etats mais Elisabeth WARREN dispose d’une nouvelle chance inespérée. Tom PEREZ et l’establishment démocrate ont de toute façon de quoi avoir peur car si WARREN ne parvient pas à se relancer, cela la conduira à un retrait inévitable et donc à un probable ralliement à SANDERS. Mais, si une dynamique est réellement en train de se mettre en place, elle ne se ferait pas au dépend de SANDERS mais des candidats libéraux, ce qui pourrait conduire à un incroyable scenario où seuls Bernie SANDERS et Elisabeth WARREN seraient en capacité d’être investis.

Evidemment, ce duel de rêve implique aussi que les résultats de Michaël BLOOMBERG le limitent à un rôle de figurant conservateur, d’où sa nature peu probable mais pas impossible.

Demeure au-delà de ces spéculations incertaines une seule certitude : le favori des primaires démocrates s’appelle Bernie SANDERS et, malgré des attaques toujours plus violentes, le Sénateur du Vermont déroule sans qu’il semble possible pour les élites démocrates de faire quoi que ce soit pour l’empêcher d’être l’adversaire de Donald TRUMP.  

Prochaine étape en Caroline du Sud, la dernière avant le Super Tuesday où nous saurons si la campagne de Joe BIDEN patine toujours. Si il n’arrive pas en tête dans cet Etat, ce serait presque un arrêt de mort pour la campagne de l’ancien Vice-président et favori de ces primaires avant février. Les autres candidats libéraux seront tous présents, ce qui devrait l’affaiblir d’autant plus. Bernie SANDERS lui peut se contenter d’une bonne deuxième place mais les effets de dynamiques observés permettent de supposer qu’il fasse bien mieux que cela. Enfin nous verrons si WARREN peut revenir dans la course et, si c’est le cas, avec quelles voix.

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